Le retrait des aviateurs français en question

[Afghanistan] Le retrait des aviateurs français en question

Engagée en Afghanistan depuis la fin de l’année 2001, aux côtés de ses alliés américains et britanniques, la France est aujourd’hui un des plus gros contingent déployé dans ce pays. Initialement envoyés sur place pour traquer Oussama Ben Laden et le régime dictatorial des Talibans, les soldats français ont depuis repris à leur compte d’autres fonctions comme la sécurisation de certaines régions, la formation des militaires et policiers locaux, ou encore l’assistance logistique à certaines opérations humanitaires. Ben Laden est mort, un ersatz de démocratie est revenu en Afghanistan et pourtant nos troupes, y compris nos aviateurs, persistent à rester dans le pays. Pourquoi ? Eh bien principalement pour des raisons politiques. Petit retour en arrière.

A l’automne 2001, donc la France rejoint la coalition internationale qui se forme suite aux attaques terroristes dont l’Amérique a été victime au matin du mardi 11 septembre 2001 lorsque quatre avions de ligne ont été détournés et forcés de s’écraser à New York pour deux d’entre eux, sur le Pentagone pour le troisième, et dans une forêt de la côte est pour le dernier. Ces attentats firent plus de 3 000 morts. Le monde était alors sous le choc. En France le Président de la République Jacques Chirac, en accord avec son Premier Ministre Lionel Jospin, envoie immédiatement des membres du COS, le Commandement des Opérations Spéciales, en Afghanistan où se cacherait l’homme d’affaire et terroriste saoudien Oussama Ben Laden qui au nom de son organisation Al-Qaïda a revendiqué ces attaques. Grâce aux différents services de renseignement, on découvre rapidement que le régime fondamentaliste des Talibans a apporté une aide logistique et diplomatique à Ben Laden et à ses fanatiques. Quelques semaines plus tard, les premières frappes aériennes commencent pour les pilotes français de la Marine et de l’Armée de l’Air avec leurs Mirage 2000D, leurs Super Etendard Modernisés, et leurs Rafale.

Dassault Rafale M

En 2008, le Président de la République Nicolas Sarkozy décide, en accord avec son Premier Ministre François Fillon, de renforcer le dispositif français dans ce pays. Cette décision, incomprise sur le moment par l’opinion publique, était logique. En effet, la France venait de réintégrer le commandement unifié de l’OTAN et celui-ci avait déjà fort à faire en Afghanistan. Un renfort français était donc nécessaire. L’Aviation Légère de l’Armée de Terre va alourdir son dispositif. Aux Gazelles, Puma, et Cougar déjà déployés s’ajoutent désormais des hélicoptères de combat Tigre HAP et de transport Caracal HUS. L’arsenal français sur place est donc à ce moment très conséquent.

Aérospatiale SA-341 Gazelle Viviane

Quatre ans plus tard, le même Nicolas Sarkozy annonce, en pleine campagne pour sa réélection, que les troupes combattantes quitteront le pays d’ici à fin 2013, et qu’un minimum de six mois supplémentaires sera nécessaire pour le rapatriement de toute la logistique sur place. Seulement, voilà son principal concurrent ne voit pas les choses du même oeil. En effet, il annonce que s’il remporte la Présidentielle, il anticipera ce retrait d’un an. Et c’est justement lui, François Hollande, qui a été élu Président de la République le 6 mai 2012. Le retrait des troupes mais aussi des moyens aériens de combat sera effectif dès décembre 2012, avec un retrait complet des forces françaises sur place à l’été 2013, unités de soutien logistique et opérationnel compris.

Car dans ce domaine aussi les aviateurs sont présents, avec leurs Transall, leurs C-130H et H-30, leurs CN-235M, leurs « stations-services volantes » C-135Fr, mais aussi leurs Awacs, Hawkeye, et autres Atlantique. Sans compter les drones, que la France fait quotidiennement voler sur place. Et en l’absence de réels moyens de transport stratégique, les A400M sont encore en attente de réception et les A310 et A340 réduits au transport de personnels et de fret léger, le ministère de la défense nationale devra obligatoirement faire appel aux transporteurs privés russes et ukrainiens et à leurs flottes d’Antonov An-70, An-124, et autre Illyushin Il-76.

Alors oui, ce retrait programmé doit se faire, oui il va être anticiper par le nouveau président, et ce pas uniquement pour des raisons purement politiciennes, mais également parce que les Français le demandent avec insistance. Car si l’Armée de l’Air n’y a pas perdu le moindre avion de chasse ni pilote (hormis en accident), il en est tout autrement de l’Armée de Terre, qui avec 83 soldats tués, a payé un très lourd tribut à ce conflit. Ces 83 soldats sont autant de familles touchées dans leur chair, de régiments meurtris, et de villes endeuillées, qui toutes réunis pèsent très fortement sur une opinion publique française de plus en plus hostile à cette guerre qu’elle ne comprend pas, n’accepte plus, et donc assez naturellement rejette en bloc. Le Président de la République François Hollande n’a donc pas le choix et doit rappeler au plus vite les troupes, comme il l’a annoncé.

Boeing E-3F SDA

Mais la France n’est pas seule. Barack Obama, le Président des Etats-Unis, a lui aussi annoncé un calendrier de retrait de ses unités de combat en Afghanistan, comme il l’avait fait précédemment en Irak. Début 2014, il ne devrait plus y avoir aucun de ses soldats, aviateurs, « marines« , MP, sur le sol afghan. D’autres pays comme le Royaume Uni se sont engagés dans cette direction.

Ah oui, petit rappel pour nos lecteurs belges, canadiens, et autres qui ne seraient pas coutumiers des questions constitutionnelles hexagonales, chez nous le Président de la République est également Chef des Armées et peut donc décider de faire rentrer les soldats au pays sans consulter le Parlement. Tandis qu’il lui est désormais obligatoire de passer par une consultation des députés et sénateurs pour déployer nos forces à l’étranger. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ? Affaire donc à suivre que ce retrait de plus en plus imminent.

Photos (c) Ministère de la Défense Nationale.

4 COMMENTAIRES

  1. Un Dassault Mirage 5 des Pakistan Air Force s’est écrasé vendredi dans le Sud du pays. Les deux pilotes ont réussi à s’éjecter à temps. Selon les médias locaux, l’avion qui a décollé d’une base aérienne de Masroor à proximité de la grande ville pakistanaise de Karachi, était en train d’effectuer un vol d’entraînement.

    Le contrôle de l’appareil a été perdu pour des raisons qui sont encore inconnues, et l’avion est tombé sur le sol. La zone de l’accident a été bouclée par les militaires. Les Forces aériennes ont déjà commencé à enquêter sur l’incident.
    La Voix de la Russie

  2. Bonne analyse. Il est vrai que le tournant politique est le plus important. Surtout pour notre pays qui ne peut pas faire la différence là bas. On peut à la limite sécuriser une région mais pas plus.

    Quant aux moyens techniques, on a jamais eu les moyens adéquates pour notre déploiment. Nos hélicoptère notamment ont été une énorme épine dans le pied de nos troupes sur place. Pas assez nombreux pour fournir de vrais appuis.

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