Oh rassurez vous, malgré le titre de ce sujet, point de parti pris politique ou idéologique dans mon sujet, mais juste une triste constatation sur ce qu’est devenue au fil des ans l’aéronavale américaine. Faut dire aussi que ça peut faire peur pour tous ceux qui comme moi ont grandi avec les BD de Buck Danny sur la table de chevet.

Bon je m’explique : je viens de revoir à la télé le film culte américain « Nimitz, retour vers l’enfer » dans lequel (si jamais quelqu’un ici ne l’avait jamais vu, sait on jamais) un porte-avions américain se retrouve projeté de 1979 à 1941 à quelques heures du matin du 7 décembre. Alors oui, les jets de combat y sont magnifiques tout comme les coucous japonais et notamment les répliques de Zéro, mais ce qui me frappe toujours c’est la couleur, ou plutôt les couleurs.

En effet, à cette époque de la Guerre Froide, les ternes livrées grises dites « basses visibilités » n’avaient pas encore envahies les fuselages, ailes, et empennage des avions de la marine américaine. Mais surtout, on avait le plaisir de découvrir que pour quasiment chaque mission correspondait un avion différent. Aujourd’hui c’est simple, si on n’excepte les bimoteurs E-2C Hawkeye et C-2A Greyhound, pratiquement tous les aéronefs présents sur un pont d’envol ou dans les hangars d’un porte-avions américains sont des représentants des lignées Hornet et Seahawk. Entre les F/A-18A et B et F/A-18C et D, les F/A-18E et F, les EA-18G d’un côté, et de l’autre les SH-60, HH-60, et MH-60 on a l’impression de toujours voir le même hélicoptère et le même avion reproduits encore et encore. Avec discernement, on peut aisément considérer que cette mode du gris uniforme sur les avions est apparue plus ou moins avec la Guerre du Golfe de 1990, c’est à dire la fin de l’affrontement idéologique est-ouest et la chute du Mur de Berlin, entraînant l’arrêt de la menace communiste sur les USA.

Boeing F/A-18E Super Hornet du Squadron VFA-81 de l'US Navy.

Petit retour en arrière de trente ou trente-cinq ans, si vous me le permettez. A l’époque c’est simple (et un rien manichéen) d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Les gentils sont aisément reconnaissable, ils ont la bannière étoilée et la Liberté comme valeurs, les méchants eux ont le drapeau rouge et le couteau entre les dents. C’était simple la Guerre Froide… ah oui j’oubliais au milieu, nous, les pauvres Européens qui attendions la fin de cette stupide guerre en croisant les doigts pour qu’une bombe nucléaire ne tombe pas sur le bout du nez. Grosso modo ça donne ça, et je m’en excuse immédiatement auprès de mes amis profs à Science-po pour les raccourcis que je prends avec l’Histoire. Donc les Américains sont les gentils, aujourd’hui on dit les « gendarmes du monde« , et pour garantir la pax-america, ils ont des tas de bases aériennes, de cantonnements, et bien sûr ce qui nous intéressent là tout de suite maintenant, des porte-avions. Pas deux comme la France et son duo Clémenceau-Foch, non une grosse dizaine, dont les deux tiers sont en permanence à la mer.

Donc entre les CV et les CVN (respectivement à propulsion diésel et nucléaire), l’US Navy dispose de quelques porte-avions dans le monde, et donc autant de centaines d’aéronefs de combat qu’elle peut déployer ça et là. Car oui, avec les Américains on ne rigole pas, un porte-avions c’est une centaine d’avions et hélicoptères.

Petit tour d’horizon un brin nostalgique dans les années 75-85. A l’époque les chasseurs ont de la classe, de la gueule, du panache, ils se nomment F-4 Phantom II, F-8 Crusader, et (et là j’en vois qui ont déjà des paillettes dans les yeux) bien entendu F-14 Tomcat. Ces trois là déjà c’est nettement plus sexy que le Hornet ou le Super Hornet, d’autant que les empennage portent les couleurs de l’unité, les cocardes sont hyper voyantes, et les fuselages resplendissants. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Car après avoir protéger le navire, intercepter les avions ennemis, peut être faudrait il penser à frapper le territoire d’en-face. Et entre un A-4 Skyhawk, un (et en fait là comment dire que c’est moi qui en ai des larmes aux yeux) A-6 Intruder ou encore un A-7 Corsair II bizarrement y a de quoi satisfaire même le plus blasé des aérophiles.

Continuons nos pérégrinations temporelles dans l’US Navy de cette époque avec la mise à mal des risques sous-marins : entre le bimoteur S-2 Tracker (qui n’a pas seulement combattu le feu dans le sud de la France) qui vivait ses dernières heures et le flambant biréacteur S-3 Viking d’un côté et de l’autre les SH-2 Seasprite et SH-3 Sea King à voilure tournante les submersibles soviétiques n’avaient qu’à bien se tenir… à distance. La guerre électronique et la reconnaissance foisonnaient là encore, entre les RF-4 Phantom II et RF-8 Crusader directement dérivés des chasseurs cités auparavant, mais aussi déjà les E-2C, ou encore les EA-3 et RA-3 Skywarrior, les derniers RA-5 Vigilant et EA-6B Prowler le renseignement naval avait de quoi se réjouir. Des Skywarrior qui d’ailleurs tout comme les Intruder jouaient les stations services volantes pour leurs congénères. Quand aux missions de transport et aux liaisons elles étaient assurées par (déjà) le C-2A Greyhound, mais aussi les derniers Grumman C-1 Trader encore en état de vol et des hélicoptères UH-2 Sea King. Des Sea King qui accompagnés de magnifiques HH-1 Iroquois écarlates portaient assistance aux pilotes en danger. Non définitivement l’US Navy s’était nettement mieux en couleur.

North American RA-5C Vigilant du Squadron RVAH-7 de l'US Navy à la fin des années 70.
Grumman YF-14 de présérie présenté dans sa livrée années 70 à l'entrée du musée de NAS Pensacola.

Et encore je ne vous parle pas de la tristesse des actuels avions et hélicoptères basés à terre. Car mis à part les toujours sémillantes livrées rouges des avions d’entraînement le reste tombe rapidement dans le monochromatique, en commençant par les gros E-6A Mercury et P-8A Poseidon. Mais où sont ils les chatoyants DC-130B qui guidaient à cette époque les drones cibles ??? Bah tout bonnement partis à la casse ou à Davis Monthan… ce qui revient relativement au même. Ah oui chose importante, à cette époque là le drone ne servait qu’à se faire tirer dessus, pas à remplacer les avions de reconnaissance ou d’appui. Quelle misère !!!

Boeing E-6A Mercury de l'US Navy.

Donc même si Hollywood a canonisé récemment le très frenchie « The Artist » en N&B, ça serait bien que l’Amérique repasse à la couleur… en commençant par son aéronavale. Voilà certains y verront un coup de gueule, d’autre un coup de coeur, perso j’y vois un billet d’humeur. Bon bah, maintenant je vais aller me mâter « Philadelphia Experiment » en DVD pour rester sur la lancée…

Photos (c) US Navy & US National Museum of Naval Aviation.

15 COMMENTAIRES

  1. Je suis bien d’accord avec toi. Personnellement ça me le fait aussi pour l’AA car nos rafales ont très peu de marque de distinction. Moi j’aimerais bien qu’ils arborent une décoration sur le nez de l’appareil en lien avec leur groupe de chasse. Comme le faisait par exemple les tigres volant avec leur gueule de requin. Quelque chose de classe. Mais je rêve car l’heure n’est plus à l’apparat mais à l’efficacité. J’y vois un parallèle avec les troupes terrestres durant la première guerre mondiale. Les couleurs vives laissant la place à des camouflages. J’ai peur qu’il n’y ait rien à faire.

  2. La question est effectivement : Est il mieux d’avoir une armée magnifique, en tenu ou livrée colorée mais qui, du coups revient à donner les coordonnées GPS de chaque soldat chaque tank, chaque avion à l’ennemi, ou bien une armée avec des tenues et des livrées camouflées aux couleurs du milieux dans lequel ils évoluent et ainsi gagner en discrétion et donc en efficacité ?

    Selon moi, le seul endroit où un effort pourrait et devrait être fait et renouvelé chaque année, c’est dans la livrée des avions destinés aux représentations dans les Meetings. L’année dernière le Rafale du solo display arborait une très belle livrée pour son passage des 30 000 h de vol, il serait fort agréable pour les yeux du publique qu’un nouveau thème (et donc une nouvelle livrée) soit abordé chaque année.

  3. J’ajouterais ceci : Effectivement, pendant les premières décennies de l’aviation et ce jusqu’à la fin de la guerre froide, il était de coutume d’avoir des avions assez coloré (Parfois même aux couleurs de son pilote, on se souvient tous du Baron rouge…), mais par exemple, ça n’a jamais été le cas des tanks (En tous cas, en ce qui me concerne, je n’ai jamais vu de blindé aux couleurs criardes sur un champs de bataille.) et personne n’y à jamais trouvé quoi que ce soit à redire… 😉

  4. Aujourd’hui, les avions se combattent loin au delà de l’horizon et dans tous les domaines (air-air; air-sol, air-mer) alors je pense qu’une livrée colorée ne serai pas un soucis. 🙂

  5. Alors merci pour ce magnifique article, oui je suis tout à fait d’accord avec toi concernant les couleurs !
    Maintenant, comme vous le savez tous, les couleurs étaient représentatives des « squadron » et donc chacun se distinguait des autres !
    Hors maintenant, le fait que tous ont la même couleur et que les marques des VF sont si peu visible, il doit avoir une bonne raison ? ECONOMIE !
    En effet, il est plus facile à la Navy de former les pilotes sur un seul type d’avion d’où le fait que tu as l’impression de voir des « guêpes » partout !!! 🙂
    Ensuite, la LOGISTIQUE même avion pour tous donc même quicaillerie dc ECONOMIE !!!
    Enfin avec les signes passifiés, un pilote peu volé sur plusieurs avions différents ou cela permet de laisser un avion en alerte maximum durant un conflit afin d’alterner les pilotes au lieu des avions pour en avoir sous le coudes en cas de pertes dc ECONOMIE !
    Pour conclure, la Navy possède actuellement 12 PA en activité permanente et 2 en réseve ce qui est énorme je le concède mais avec l’arrivée de classe Bush (ils sont plus grand donc plus de monde donc moins de PA actif) ils réduisent à 10 la totalité des PA.
    Maintenant à la fin de 1945 savez-vous combien la Navy avait de PA ???
    Et bien 95 , ils avaient même des portes-avions d’eau douce 😆 Mais c’était la guerre !!!

  6. Certains de ces portes-avions étaient des portes-avions d’escorte, surnommés « bébé portes-avions ». Comme leur surnom l’indique, ils étaient minuscules et étaient construits en quelques semaines seulement, c’est pourquoi les USA en avaient une grande quantité.

  7. Pour revenir sur l’article, c’est vrai que le gris uniforme est un peu tristoune, mais c’est aussi du au revêtement furtif, je crois. Et puis, certains avions n’ont toujours pas trouvé la livrée qui leur va le mieux… je pense notamment au Rafale (mon avion favori) qui, à chaque tentative de réalisation de livrée, ne brille pas beaucoup… contrairement au Mirage 2000, qui se prête admirablement bien à cette activité (par exemple, la récente livrée d’adieu du 1/12 Cambrésis est superbe, très à mon goût du moins).

  8. Oui effectivement il y avait beaucoup de PA d’escorte utilisé à la base pour accompagné les convois ravitailleurs mais qui participèrent pour une bonne quantité à la guerre dans le pacifique.
    D’ailleurs leurs pertes étaient équivalentes aux « grands frères ».

  9. Ah oui, j’oubliai, il me semble mais tu pourras peut-être me le confirmer que ces PA étaient surnommé « Porte-avion Jeeps » du fait de leur premiére utilisation juste avant le conflit, qui était le transport des avions de « réserve » pour les PA classiques mais une fois la guerre, ils ont été modifie en PA d’escorte ?

  10. Bon sujet et jolie photo du tomcat du VF84 JOLLY ROGERS (mon préféré 😉 )

    J’ai découvert ce site et j’adhère …

    A bientôt

    mnbee from lfqq

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom