L’armée de l’air canadienne s’installe en France… il y a 60...

[RCAF] L’armée de l’air canadienne s’installe en France… il y a 60 ans

Dans le contexte de l’escalade de la Guerre froide au début des années 1950, le Canada s’engage auprès de ses partenaires de l’OTAN à participer au renforcement de la défense aérienne de l’Europe de l’Ouest. Le quartier général de la 1ère Division de l’Aviation royale canadienne (ARC/RCAF) s’installe à Paris en octobre 1952 puis est relocalisé en 1953 au Château de Mercy à Metz.

Marville Metz Chateau de Mercy
Quartier général de l’ARC au Château de Mercy à Metz en France
Marville metz353
Bunkers de l’ARC à Metz, France

La 1ère Division comptera douze escadrons d’avions de chasse répartis en quatre escadres sur autant de bases canadiennes. Deux de ces aéroports militaires seront aménagés en France: la première escadre fera son nid à Marville et la deuxième à Grostenquin. Les deux autres seront basées en Allemagne, soit à Zweibrücken et à Baden-Soellingen. Dès l’automne 1952, trois escadrons (416, 421 et 430) de Canadair CL-13 Sabre (version canadienne du F-86 Sabre) se partagent les marguerites autour de la piste construite à proximité du village de Grostenquin dans le département de la Moselle.

Marville Grostenquin arrivée Sabres 1952
Arrivée des chasseurs Sabre canadiens à Grostenquin, automne 1952
Marville Grostensquin
Base aérienne de Grostenquin, France

En 1955, l’ARC prend possession d’une nouvelle base aménagée non loin de Marville, dans le département de la Meuse, à deux pas de la frontière franco-belge. Également dotés de CL-13 Sabre, les escadrons 410, 439 et 441 s’y installent ainsi qu’une unité d’avions de transport Bristol Freighter. À compter de 1956, un escadron sur trois, à chacune des bases canadiennes, sera équipé de l’intercepteur tout-temps Avro CF-100 Canuck. Même régulièrement remplacés par des versions plus performantes, les Sabre ainsi que les Canuck arrivent à l’âge de la retraite au début des années soixante, alors qu’ils commencent à côtoyer dans les cieux européens des intercepteurs de nouvelle génération tel le Mirage III.

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Canadair CL-13 Sabre à Marville, France
PCN-4407
Appareils Avro Canuck de la base de Marville, France
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Base aérienne de Marville, France
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Bristol Freighter de l’ARC à la base de Marville, France

Le rôle des pilotes canadiens en Europe change radicalement à compter de 1962 lorsque tous les escadrons de la 1ère Division reçoivent une nouvelle monture, soit le Canadair CF-104 Starfighter voué à l’attaque nucléaire tactique et à la reconnaissance à basse altitude. Bien que volant sur des avions canadiens, les ogives nucléaires sont de propriété américaine puisque le Canada a toujours refusé de se doter de l’arme nucléaire. Lorsque le général De Gaulle demande en 1963 que tous les vecteurs nucléaires sur le sol français soient sous contrôle de la France, les CF-104 Starfighter quittent définitivement Grostenquin à destination des bases canadiennes en Allemagne. Les CF-104 qui demeurent à Marville se consacrent uniquement aux missions de reconnaissance. En mars 1966, la France se retire du commandement intégré de l’OTAN et toutes les forces américaines et canadiennes doivent quitter le territoire français. Les derniers escadrons canadiens s’envolent de Marville en avril 1967 pour s’installer à la Base Aérienne 139, située à Lahr en Allemagne, que l’armée de l’air française évacuait. Ainsi prit fin quinze ans de présence soutenue de l’ARC en France.

Marville CF-104 Montmedy
Canadair CF-104 survolant Montmédy, France
Marville CF-104
Canadair CF-104 de reconnaissance à Marville, France

À propos du livre Marville RCAF Air Base autoédité en 2004, voici ce que ses auteurs belges Philippe Baar, Pierre Baar, et Hugues Herr racontent: «Comme toute base de l’OTAN d’importance, la base de Marville ne se limitait pas à quelques hangars et un tarmac, mais ressemblait à une véritable petite ville dont les habitants se mêlaient bien volontiers à la population locale, tant belge que française. Pas moins de 450 civils locaux travaillaient dans les services canadiens et bon nombre de familles canadiennes résidaient dans les bourgades françaises ou belges des environs». Richement illustré de nombreux clichés inédits, dont beaucoup sont en couleurs, ce livre de 356 pages est également un témoignage des amitiés qui se nouèrent entre Belges, Français et Canadiens et qui perdurent à ce jour. Dans la foulée de la parution de ce livre, un meeting aérien fut organisé en 2005 sur l’ancienne base canadienne et de nouvelles «journées canadiennes» se sont également déroulées en 2008 et plus récemment en août 2012 alors qu’une trentaine de vétérans canadiens ayant servi à Marville sont réunis dans le Nord de la Meuse et le sud de la Wallonie pour cinq jours de commémorations. Les «pélerins» canadiens marquent ainsi leur attachement à cette région où certains d’entre eux se sont mariés, on vu naître leurs enfants ou ont perdu un être cher. De nombreux membres de l’Aviation royale du Canada décédés alors qu’ils étaient en service au sein de la 1re Division aérienne du Canada de 1953 à 1967, ainsi que des membres de leurs familles, sont enterrés au cimetière militaire de Choloy-Ménillot à Choily.

Marville Montmedy Bristol Freighter crash
Écrasement tragique d’un Bristol Freighter canadien à Montmédy, France

Marville choloy496a

Permettez-moi de terminer sur une touche personnelle puisque, jeune enfant, j’ai eu mon baptême de l’air à bord d’un Canadair CC-106 Yukon à destination de Marville. Nous avons résidé pendant deux ans à Virton en Belgique, non loin de la frontière franco-belge, avant de vivre le grand déménagement vers Lahr en Allemagne.

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Canadair CC-106 Yukon à Marville, France

Autre souvenir de jeunesse de la même époque: j’étais évidemment un «fan» du héros Dan Cooper, né de la plume d’Albert Weinberg. Le rapide succès des aventures de l’intrépide pilote de chasse canadien publiées dans le journal Tintin, a ouvert les portes des bases aériennes canadiennes au bédéiste belge et en particulier celles de Marvillle située tout près de la Belgique.

Marville Cap-sur-Mars-2

 

Marcel
Fils d’un militaire de l’armée de l’air canadienne (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l'aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.

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10 COMMENTAIRES

  1. J’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour les engagés canadiens en Europe. Que ce soit les pilotes de l’escadrille de Clostermann en Angleterre ou les troupes canadiennes de la première guerre mondiale. D’ailleurs, lors d’une visite des champs de bataille près de Verdun il y a quelques années, j’avais été touché par la présence de deux canadiens, un père et son fils adolescent, qui venaient se recueillir sur la terre ou leur ancêtre avait combattu.
    Bref longue vie au Canada ^^

  2. Bonjour,

    Je vous invite à prendre connaissance d’un montage personnel que j’ai réalisé à partir de la journée du 25 août dernier lors du 4ème rassemblement de vétérans canadiens et anciens de Marville :

    https://picasaweb.google.com/113858548152156866488/Marville250812?authkey=Gv1sRgCKK14NTmyJq9jQE#slideshow/5789943703157120178

    Deux reportages de TV radio-Canada dans les 60’s :
    http://archives.radio-canada.ca/guerres_conflits/operations_paix/clips/8033/ 2/3 interview de Français à Metz 1/3 reportage à la base de Marville
    http://archives.radio-canada.ca/guerres_conflits/operations_paix/clips/8031/ interview du C.E.M. de la RCAF au château de Mercy à Metz

    (pour information, le château de Mercy à Metz siège de la RCAF en Europe dans les 60’s va devenir… un centre de remise en forme)

    Per ardua ad astra.

    Daniel

  3. Quelle belle époque en tant que passionné de beaux avions avec leurs couleurs chatoyantes les Canadiens « Nos Cousins » ont toujours émerveillés les passionnés de cette époque ,moins performant qu’aujourd’hui mais tellement plus beaux à nos yeux de gosses que nous étions .CF 86,CF 100 Caribou ou CF 104 des bêtes .René

  4. En 1960 et en 1961 mon père étant encore en activité, responsable des transmitions sur la BA 128 à METZ il m’emmenait parfois lors de ses visites à ses collègues de la base aérienne de Marville. Là j’ai découvert le patin à glace, les baignades en plein hiver dans une eau chaude et limpide, ce que moi gamin français je ne connaissais pas. Puis on finissait la journée aux cités canadiennes de Longuyon avec les enfants de son collègues avant de regagner Metz . J’ai des souvenirs plein la tête, certains furent ranimés ce jour de septembre 2005 où je suis allé en ammenant ma famille aux cérémonies organisées sur l’ancienne base à Marville.
    C’était la bonne époque.

  5. Bonjour Christian,
    D’autant plus que la machinerie de froid de la patinoire de Marville avait été rachetée à l’époque de la fermeture de la base, par la ville de Metz pour équiper et lancer sa première patinoire.

  6. Bonjour Daniel… En effet je crois l’avoir appris il y a des années quand je travaillais à REMILLY et qu’on allait à la patinoire avec les enfants du centre. Il y avait eu une expo photo et je crois qu’une mentionnait ce fait. Merci d’entretenir la mémoire…
    Comme dirait l’autre : c’était l’bon temps…

  7. Bonjour,

    J’ai été fort intéressé par cet article. Par rapport à cette période, je recherche des informations sur l’aérodrome de Rocroi-Regniowez (Ardennes françaises) qui était une base de dispersion dédiée à la Royal Canadian Air Force, et plus particulièrement à la 1ère escadre de Marville (55).

    Quelqu’un pourrait-il m’aider dans mes recherches à ce sujet? Toutes les informations sont les bienvenues. Habitant la région et amateur d’histoire locale, j’essaye de reconstituer l’historique de cet aérodrome de Regniowez.

    Merci d’avance

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