Quand la Patrouille de France découvrit le nouveau monde

Quand la Patrouille de France découvrit le nouveau monde

Si aujourd’hui la Patrouille de France est l’ambassadeur de notre pays dans le monde entier il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant bien des années de nombreux pays ne figuraient pas parmi les destinations des avions de la PAF, et notamment les États-Unis. C’est ainsi qu’à l’été 1986 les Américains eurent la chance de découvrir les présentations de la Patrouille de France pour la premier fois de leur histoire. Il s’agissait aussi pour les aviateurs français d’une aventure inoubliable. Petit retour en arrière sur une mission pas comme les autres.

La Patrouille de France avait été invité à se produire dans plusieurs meetings aériens, mais aussi aux festivités du centenaire de la Statue de la Liberté à New York.
Seulement voilà l’Amérique n’est pas toute proche. En outre les Alpha Jet E n’ont pas un rayon d’action suffisant pour traverser l’Atlantique, et ne sont pas non plus équipés pour le ravitaillement en vol. La traversée s’annonce donc épique.

Le plan de vol initial déposé les biréacteurs de l’Armée de l’Air quittent Salon-de-Provence le 25 juin 1986 pour un vol de transit vers Keyflavik en Islande, via une escale technique à Lossiemouth en Écosse. Ce genre de vols en pleine journée est assez éprouvant pour les hommes et le matériel. D’autant qu’un Transall de soutien logistique les accompagnait partout.
Le lendemain ils décollèrent pour Frobisher au Canada, avec là encore une escale technique à Sondestrom au Groenland. Encore une nuit et de nouveau un vol de transit jusqu’à la base aérienne canadienne de Bagotville via celle de Goose Bay. Là plusieurs pilotes canadiens purent admirer celui qui était alors un des jets d’entraînement les plus modernes au monde. Le lendemain, 29 juin 1986 les Alpha Jet firent leur dernier vol de transit jusqu’à Republic Airport, une petit aéroport régional non loin de New York qui allait devenir leur base d’entraînement pour les jours à venir.

Enfin le 4 juillet 1986, pilotes et machines étaient fins prêts pour le grand show aérien de la fête nationale américaine. Après une série de démonstrations au-dessus de l’île de Governors Island les Alpha Jet tricolores vinrent saluer la grande dame offerte cent ans plus tôt par la France. Puis dans l’après-midi un des Alpha Jet fut présenté en statique aux habitants de New York peu habitués à ce type d’avion. Le lendemain et le surlendemain les pilotes de la PAF réitérèrent leur démonstration et la présentation statique.
Pendant ce temps là le Transall patientait à Republic Airport.

Par la suite la Patrouille de France s’illustra dans des meetings aux quatre coins des États-Unis. À Pease-AFB* dans le New Hampshire, à Youngstone Airport dans l’Ohio, à NAS-Glenview dans l’Illinois, puis au-dessus des villes de Milwaukee dans Michigan et de Chicago dans l’Illinois.
Le 15 juillet la PAF fit une première incursion au Canada pour une démonstration au-dessus d’Ottawa la capitale de ce pays. Pendant une semaine les aviateurs français sillonnèrent l’état canadien de l’Ontario avant de rejoindre le 22 juillet les chutes du Niagara pour une démonstration au-dessus de l’eau.

Vinrent ensuite divers démonstrations sur des bases aériennes américaines telles que Scott-AFB dans l’Illinois, Vance-AFB dans l’Oklahoma, ou encore Travis-AFB en Californie.
Le 6 août 1986 la PAF prit ses quartiers sur l’aéroport canadien d’Abbotsford en Colombie Britannique. Les pilotes devaient s’entraîner pour les démonstrations aériennes qu’ils allaient devoir faire les 8, 9, et 10 août en marge de l’exposition universelle de Vancouver, Expo 86.

Le 11 août les aviateurs français, toujours accompagnés de leur Transall, prirent le chemin du retour. Ils n’atteignirent Salon-de-Provence que le 16 août en fin d’après-midi au terme d’une mission de plus d’un mois et demi. Neuf étapes techniques avaient été nécessaires pour l’avitaillement des avions et le repos des mécaniciens et pilotes.

Voici la composition de la Patrouille de France pour cette première campagne américaine, avec les grades que chacun portait alors.

  • Leader, le commandant Pascal Féraud.
  • Intérieur droit, le lieutenant Robert Bonin.
  • Intérieur gauche, le capitaine Patrick Huet.
  • Charognard, le capitaine Patrick Dutartre.
  • Extérieur gauche, le lieutenant Daniel Weber.
  • Extérieur droit, le capitaine Jacques Charvet.
  • Premier solo, le lieutenant Marc Hébrard.
  • Second solo, le lieutenant Yves Bro.
  • Remplaçant, le lieutenant Loïc Chancelades.

Par la suite les pilotes de la Patrouille de France sont retournés aux USA, notamment en 2003. Mais 1986 demeure comme la première année où les avions tricolores français foulaient les cieux nord-américains.

Photo © Wikimédia Commons.

* AFB = Air Force Base.

NB : La photo d’illustration de ce sujet n’est pas issue de la tournée américaine de 1986, aucune numérisée n’existant comme libre de droit.

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

2 COMMENTAIRES

  1. C’est cette année-là que j’ai rencontré les pilotes de la patrouille de France lors d’un meeting, et que j’ai demandé un autographe au capitaine Patrick Dutartre dont j’étais déjà une admiratrice, depuis que je l’avais rencontré dans les pages du magazine Air Actualités, alors qu’il était pilote à Colmar, il me semble. Et je l’ai retrouvé dans ce même magazine en 1984, alors que j’examinais de près une photo des pilotes du tout nouveau Mirage 2000 de l’escadrille des Cigognes. Depuis, j’ai toujours essayé de suivre sa carrière qui a été assez extraordinaire, autant dans l’armée que, plus tard, dans le civil. (Mon Patriiiiiiick à moi, quoi !) 😉

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