La bombe à guidage laser est-elle devenue une arme comme les autres...

La bombe à guidage laser est-elle devenue une arme comme les autres ?

Apparues à la fin des années 1960 au sein de l’arsenal américain de la guerre du Vietnam, les bombes à guidage laser étaient alors réservées à la frappe conventionnelle de cible privilégiée. Non pas que la bombe en elle-même coûte cher ; c’était le système, par définition à usage unique qui avait lui un coût très important. À cette époque, la technologie laser étaient encore balbutiante.

De nos jours, l’emploi de cette arme s’est très nettement démocratisée, à tel point même qu’on est largement en droit de se demander si les bombes à guidage laser ne sont pas tout bonnement devenues les armes air-sol standards des avions de combat moderne ? Essayons d’y voir un peu plus clair.

En fait, la généralisation des frappes conventionnelles guidées au laser remonte à 1991 et l’opération internationale Tempête du Désert visant à libérer le Koweït de l’occupation irakienne ordonnée par le dictateur baasiste Saddam Hussein à l’été 1990. Les avions de combat de la coalition internationale et notamment les fameux Lockheed F-117A furtifs firent un usage intensif des Paveway, les bombes à guidage laser standards de l’armée américaine. Des armes qui étaient alors employées aussi bien pour détruire les abris en dur des avions de combat irakiens que pour anéantir les centres de communications et de commandement de l’armée baasiste.

Par la suite, les bombes à guidage laser ont fait leur apparition dans les arsenaux britanniques, canadiens, français, puis russes. Mais toujours avec comme rôle de s’attaquer à des cibles « onéreuses ». Des armes de ce type ont ainsi été tirées lors des engagements aériens internationaux en ex-Yougoslavie, en Somalie, ou encore en Afghanistan.

Lors de ce conflit, débuté fin 2001 après la vague d’attaques terroristes contre la côte est des États-Unis, l’usage des bombes à guidage laser a profondément changé. Les avions internationaux, et une fois encore en tête d’affiche les américains, britanniques, et français ont fait appel à ces armes pour des frappes très différentes. Finis les bunkers et les centres de communications désormais le guidage laser permettait d’atteindre des cavernes très encaissées servant de refuges aux talibans, des camps d’entraînement terroristes, et surtout des véhicules terrestres en mouvement. Les Tornado GR-4, F-15E, ou encore Mirage 2000D remplissaient désormais le rôle jadis dévolus aux avions légers d’appui ou aux hélicoptères de combat. Finis les paniers à roquettes et missiles antichars, place aux bombes à guidage laser.

Et c’est là l’un des secrets de la bombe à guidage laser. N’ayant pas de propulseur, elle n’émet aucune signature infrarouge, elle est donc quasi indétectable depuis le sol ou les airs. De surcroît, les ingénieurs en armement ont nettement amélioré les capacités de furtivité de ces armes. Mais surtout la technologie laser est devenue en ce début de XXIème siècle une technologie du quotidien, une technologie grand public. Et ça, c’est un sacré coup de pouce pour les militaires. Ainsi, recherches et développements s’en trouvent largement facilités par la réduction des coûts.

Désormais, on utilise les bombes à guidage laser pour à peu près tout et n’importe quoi : détruire un 4X4 djihadiste en Irak, couler un mother-ship pirate dans l’océan indien, ou encore exploser un camps d’entraînement terroriste en Afghanistan. Les coûts de production et d’achat ayant considérablement baissé, certains diront même qu’ils ont chuté, ces armes sont devenues tout à fait communes. En tous cas pour les forces aériennes des pays riches, parce que pour les autres elles demeurent tout de même encore un peu chers. Depuis quelques années, on en installe même sous les ailes de certains drones.

En un peu plus de 45 ans la bombe à guidage laser sera donc passée d’une arme exceptionnelle, utilisée dans des cas à part, à une arme d’une banalité presque normale, utilisée quasi quotidiennement dans les opérations extérieures. Il est utile de rappeler que les bombes à guidage laser ne sont que des armes conventionnelles. En théorie bien sûr, mais ça c’est une autre histoire.

Photo © UK Ministry of Defence.

8 COMMENTAIRES

  1. Je ne suis pas sur de comprendre cette phrase : « Il est utile de rappeler que les bombes à guidage laser ne sont que des armes conventionnelles. En théorie bien sûr, mais ça c’est une autre histoire. »

    • Je ne vois pas Laurent ce que vous ne comprenez pas dans cette phrase. en effet théoriquement toutes les armes à guidage laser sont conventionnelles. Maintenant on sait que durant la guerre d’Afghanistan dans les années 1980 les soviétiques ont eu recours à des bombes de ce type mais disposant de charges chimiques. Ces bombes étaient tirées depuis des avions d’assaut Sukhoi Su 24 Fencer. Rien ne dit que ces armes sont encore en service en Russie. Le souci c’est que rien ne dit le contraire non plus.

  2. Et les munitions à uranium appauvri sont elles des munitions conventionnelles ?
    La j’en doute. Sont elles toujours utilisées ? Je n’en sais rien :o))))

    • Oui a priori surtout en anti-char, ce sont des munitions de pénétration (de blindage). C’est la dotation standard (en partie) du canon 30mm du A-10, toujours en service.

        • Le « oui a priori » portait sur l’utilisation actuelle.
          Je ne suis pas sûr du tout que les munitions à uranium appauvri ne soit pas conventionnelles ?
          En fait c’est une terminologie juridique ; une munition est dite conventionnelle si elle est conforme aux conventions internationales qui régissent les guerres.
          Et je ne vois guère que le protocole I du CCAC pour dire que l’UA est non-conventionnel. Il semblerait bien qu’il s’agisse d’une munition conventionnelle.
          Sa toxicité provient de son caractère de métal lourd (toxique), et pas de sa radioactivité a priori égale à la normale (de toute façon une munition n’est pas ‘bonne’ pour la santé…)
          Le problème étant que ‘uranium appauvri’, ça ne veut rien dire, il y en a de toutes sortes, c’est un mélange dur qui peut être 4 fois plus ou moins radioactif selon le coût de fabrication…
          Par exemple, avant que d’être remplacé par le tungstène dans les années 80, l’uranium appauvri servait de lest dans la queue des 747…

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