Kanalkampf, quand la Luftwaffe attaqua les ports britanniques de la Manche

Kanalkampf, quand la Luftwaffe attaqua les ports britanniques de la Manche

Il y a soixante-quinze ans, en pleine Seconde Guerre mondiale, les aviations allemandes et britanniques se préparaient à se lancer dans la plus grande bataille aérienne de tous les temps. Le 9 juillet 1940 l’aviation allemande se lança sur ordre direct de son commandant en chef, le redoutable nazi Hermann Gœring, dans une série de frappes aériennes contre les ports du sud de l’Angleterre et du Pays de Galles. Cette opération, nommée Kanalkampf , allait représenter les prémices de la Bataille d’Angleterre.

Il est à peine cinq heures du matin quand des sirènes retentirent le long de la côte sud de l’Angleterre et du Pays de Galles ce 9 juillet 1940. Des sirènes que les habitants ne reconnaissent pas, et pour cause. Depuis le début du conflit les exercices à destination des populations civiles se sont multipliés, l’état-major britannique sachant bien que son île n’est nullement à l’abri de l’aviation nazie.

En fait depuis cinq jours la Kriegsmarine a lancé une série de raids contre les navires civils et militaires britanniques croisant en Manche. Ses submersibles U-Boots et ses torpilleurs rapides coulent tout ce qui semble flotter en surface. Le but de ces attaques est d’isoler la Grande Bretagne et de gagner la maîtrise de de petit bras de mer qu’est la Manche.

Donc ce mardi 9 juillet 1940 les sirènes que les habitants des villes portuaires de Douvres, Folkestone, et Newhaven entendent ne sont nullement celles des défenses côtières ou aériennes mais des sirènes qui viennent du ciel. Plus particulièrement de la jambe de train gauche des Junkers Ju 87 Stuka de la Luftwaffe qui s’abattent en piqué sur eux. Désormais les Anglais découvrent la terreur des Stukas, quelques mois après les Polonais, Belges, Néerlandais, et Français.

Au large une quarantaine de chasseurs monomoteurs Messerschmitt Bf 109 et bimoteurs Bf 110 les couvrent, attendant la chasse britannique. Ce mardi matin ce sont pourtant deux autres appareils de la RAF qui feront les frais de leur présence aussi près des côtes. D’abord un avion d’entraînement bimoteur Avro Anson en vol d’instruction pour des opérateurs radio qui est intercepté, et abattu par la chasse allemande non loin de Folkestone. Puis vers sept heures du matin c’est un hydravion de reconnaissance Supermarine Stranraer qui rentrait de patrouille en mer d’Irlande et rejoignait sa base non loin de Douvres fit la rencontre de deux chasseurs bimoteurs allemands. Lourdement endommagé par leurs mitrailleuses il réussit cependant à rentrer au bercail, sauvé in-extrémis par les premiers Hawker Hurricane qui avaient décollé quelques minutes auparavant. L’un des cinq membres d’équipage de l’hydravion était mort, le pilote blessé à l’épaule, mais l’appareil réussit à amerrir sans trop de souci.

La chasse britannique se mit en tête de pourchasser les Stuka les plus lents, et en descendit sept. Trois chasseurs allemands, deux Bf 109 et un Bf 110 furent également abattus. De son côté la RAF déplora la disparition de trois chasseurs. En plus du Anson et de ses quatre membres d’équipage. Lent et désarmé le petit bimoteur représentait une cible facile pour les pilotes allemands.

Au sol les destructions furent assez importantes. On dénombra plus de cent vingt victimes civiles et militaires, et neuf navires avaient été détruits ou très lourdement endommagés. Parmi eux figurait un cargo portugais, un pays pourtant neutre. Il mouillait alors dans le port de Newhaven.

Les opérations aériennes de Kanalkampf contre les ports britanniques du sud de l’Angleterre et du Pays de Galles se déroulèrent encore jusqu’au 17 juillet. Une semaine durant laquelle la Luftwaffe perdit plus de quatre-vingt Stuka. De son côté la Royal Navy perdit vingt-et-un navires de guerre dont un destroyer et trois escorteurs d’escadre. La marine marchande ne fut pas épargnée, puisqu’une trentaine de navires furent coulés, dont huit chalutiers.

Outre le Portugal, la Turquie, autre pays neutre en juillet 1940 eut à souffrir des raids aériens de l’aviation allemande sur les ports britanniques, puisqu’un de ses cargos fut coulé à Southampton le 12 juillet 1940. Six marins y périrent.

Les raids aériens de Kanalkampf sont communément considérés comme les premières actions de guerre de la Bataille d’Angleterre. Une guerre aérienne qui allait contre toute-attente se retourner en faveur des Britanniques suite à plusieurs concours de circonstances. Mais ça, c’est une autre histoire.

Photo © San Diego Air & Space Museum.

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

13 COMMENTAIRES

    • Mais les Allemands n’ont pas perdu 950 aéronefs contre les Français, ce chiffre a été largement gonflé durant la Bataille de France par l’état-major français pour des raisons de propagande. Quand à savoir si la RAF avait perdu la bataille suivante, le passionné d’Histoire que je suis vous dira qu’il se base sur des faits et non des suppositions.

      • Le Royaume-Uni aurait tenu même s’il avait perdu : même sans avions et avec des usines pillonées, le matériel US aurait pris le relais, d’autant plus que battre la RAF est une chose, éliminer la Royal Navy en est une autre bien plus difficile. Britannia rule the waves

      • Bonsoir Arnaud, vous parlez du mythe des 1000 ? En effet, la chasse française en a abattus beaucoup moins, de l’ordre des 400 il me semble . Cela serai du au fait que le système de victoire français était très généreux . La RAF sur la même période en a abattus une centaine de plus selon les chiffres officiels . Mais évidement, cela ne prend pas en compte les avions neutralisés par les bombardier, les avions de reconnaissance et la DCA française . Cela n’enlève rien au courage des pilotes qui ont du se battre avec des MS406 dépassés contre des Me109 . Si ont ajoute le fait que les décideurs ont retardé l’industrie aéronautique et que nous ne disposions d’aucun système de détection comme en Allemagne ou en Angleterre, leur tâche n’a pas été facilité .
        Sur la bataille d’Angleterre, ce n’est pas seulement le courage et la ténacité des pilotes qui ont permis de remporter la bataille, c’est avant tout les erreurs de stratégies allemandes ainsi que pas mal de chance .
        En conclusion ont peut dire que ce sont les efforts conjugués de tout les acteurs peu importe leur nationalité qui ont permis de remporté cette importante victoire .

        • Je n’ai nullement amené ça sur le tapis, c’est Hovid. Je ne l’ai pas amené pour une simple et bonne raison c’est hors-sujet. Serait-il possible qu’un jour on arrive en français à parler de cette période sans forcément ramener le sujet à la France ?

    • C’est vrai, mais le chiffre de la chasse française à été revue a la baisse . Dans l’esprit collectif ont a tendance à oublier les aspects importants de cette guerre . Comme le rôle des Pays Bas qui ont à leur niveaux neutralisés plus de 300 avions de la Lutwaffe . Pendant la bataille de France, les pilotes tchéques et polonais se sont battus héroiquement parfois sur du materiel jugé inapte au combat par l’armée de l’air comme les CR714 . A savoir aussi que les britanniques en France ont perdus plus de pilotes que leur homologues Français . Les Britanniques n’était pas seuls comme ils aiment à le répeter, ils y’avait les pilotes de l’empire, du commonwealth et des pays occupés sans qui rien n’aurait été possible .
      L’histoire a souvent été un peu manipulée ou oubliée par auto glorification ou pour des raisons politiques . Mais ça c’est une autre histoires .

  1. Pour avoir une vue un peu plus objective des faits , je vous invite à lire le passionnant livre écrit par Adolf Galland lui même : Les Premiers et les Derniers.
    Dans cet ouvrage il remet à sa juste place le rôle héroîque joué par les pilotes français durant la Bataille de France et les lourdes pertes qu’ils ont infligées à la Luftwaffe.Venant d’un des plus grands as de l’aviation allemande comme lui, on ne pourra pas le juger de partialité.

  2. le Ju 87 Stuka, l’avion nazi par excellence, fut retiré des attaques contre la Grande-Bretagne en août, après des pertes prohibitives, laissant la Luftwaffe sans avions d’attaque au sol précis. ça m’aurait plu de participer à cette curée, même avec un Hurricane dont la participation dans cette bataille est sous-estimée à cause de son look moins design.

    • Le Stuka n’était pas un avion « nazi » mais allemand. Quant aux ingénieurs allemands ils étaient bien supérieurs aux britanniques qui n’ont pas su préparer un avion capable de lutter contre la Luftwaffe à temps.
      N’oublions pas que ces mêmes ingénieurs allemands ont créé le premier avion à réaction le ME 262 bien avant les anglais avec le Gloster Meteor qui en était une extrapolation. Le gouvernement français n’a pas su retenir l’avionneur français Dornier qui a mis son génie au service de l’Allemagne, un comble !

      • Euh sauf Hovid que Dornier n’a jamais été français : il est né en Allemagne. C’est la deuxième fois que je vous reprends sur le sujet. Quand à prétendre que le Me 262 fut le premier avion à réaction, c’est nier les travaux de Heinkel et de Gloster.

      • Je vois sur l’empennage de tous ces Stukas une croix gammée: ce n’est pas l’emblème du parti nazi (NSDAP) ? Les ingénieurs allemands sont très forts, mais malgré leur « supériorité » et celle, numérique, de la Luftwaffe, l’Allemagne -nazie- n’a pas évité la défaite cuisante de la bataille d’Angleterre. Les Stukas au tapis !

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