De la difficulté de trouver des sources valables

De la difficulté de trouver des sources valables

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Je ne sais pas si mes coreligionnaires rédacteurs sont comme moi mais parfois, à mon tout petit niveau, je suis victime du syndrome de la page blanche. Vous savez ce mal que nombre d’auteurs connaissent quand ils sont incapables de fournir les quelques pages ou dizaines de pages que leurs éditeurs leur réclament. Ici à Avions Légendaires nous avons de la chance, Gaëtan nous fiche une paix royale quand à notre liberté de proposer ou non des fiches et des dossiers sur l’aviation.

Plus gênant encore pour moi que ce syndrome, c’est le souci de sourçage de nos informations. Par habitude j’exclus directement ce qui me semble relever de la propagande ou de l’article idéologiquement orienté. Cependant il faut bien voir que se trouve là le cœur même du drame qui se joue en moi à la rédaction de certaines fiches : où vais-je bien pouvoir trouver ces pu— de sources fiables ? Généralement pas loin de mon lit (oui je rédige la très grande majorité de mes fiches assis en tailleur sur mon lit, l’ordinateur sur les genoux) sur une des nombreuses étagères où s’entassent mes centaines de bouquins, revues, VHS, et DVD d’aviation.
Un passionné ne se refait pas.

Alors me-direz vous à la lecture de cette prose (ou vous ne direz rien, vous disant que je vous gonfle un peu avec mes états d’âmes) on est au vingt-et-unième siècle il serait peut être temps de laisser tomber les livres et magazines et de passer directement à internet. Oui mais là encore se pose la question du sourçage des infos. En premier lieu j’exclus la source francophone Wikipédia, bourré d’erreurs et d’approximations et aux sources parfois plus que risibles. Mais alors il reste quoi ? Les autres sites internet francophones ? J’ai un peu de mal à m’inspirer du travail de mes petits camarades voisins, ayant l’impression de jouer les plagiaires.

Alors au final oui le souci premier que je connais comme rédacteur est bien souvent de trouver des sources fiables. Car disons-le clairement, notre encyclopédie ne serait pas aussi réussie si nous n’y mettions pas tout notre cœur. Et pour cela je pense pouvoir le dire au nom de tous : nous sommes des acharnés de la précision historique et/ou technologique.

Or aujourd’hui force est de constater que la précision historique n’est pas forcément de mise dans certains ouvrages qui se voudraient de référence. Pis des approximations deviennent des vérités, à partir du moment où elles sont imprimées et publiées. Alors à qui faire confiance, et à qui tourner le dos ? Aux éditeurs de bouquins d’aviation, aux sites internet, ou encore aux producteurs de documentaires ? Je dirais en fait un peu des deux. Il faut donc savoir faire le tri, comme disent nos amis anglais, jouer au feeling. Et c’est ainsi qu’on crée une fiche ou un dossier. Ainsi et avec aussi une très très grosse dose de passion.
Sans oublier dans mon cas quelques tasses de thé noir de Ceylan…

Au risque de choquer certains et sans aucun à priori historique ou idéologique de ma part, il est nettement plus difficile de trouver des sources fiables en provenance de Russie (ou d’ex-URSS) que des États-Unis ou du Royaume-Uni. Sûrement que dans le premier de ces pays les publications aéronautiques ne sont pas encore légions. Ça et le fait que la culture du secret soit encore très présente dans tout ce qui concerne la défense et le secteur aéronautique. Mais je vous rassure il en est de même dans d’autres pays tels la Chine ou encore Israël.

Tout ça pour vous dire que oui nous autres rédacteurs (bénévoles je tiens à le rappeler) faisons cela par passion de l’aviation mais aussi sûrement pour avoir la satisfaction de transmettre à d’autres, et pourquoi pas aux plus jeunes, ce que nous avons appris. C’est pourquoi à titre très personnel, même si parfois j’ai envie de baisser les bras, je sais que l’aventure Avions Légendaires est loin de s’arrêter, tant que Gaëtan aura confiance je serais là.

Photo © SDASM

PS :  Il y a cependant deux fiches que vous ne verrez probablement jamais réalisées de ma plume : le Ryan L-17 Navion américain et le Yakovlev Yak-30 soviétique, deux avions pour lesquels la page blanche et les soucis de sourçage ont eu raison de ma passion et de ma patience. Avis aux autres rédacteurs s’ils veulent s’y coller.

 

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

13 COMMENTAIRES

  1. ces scrupules sont tout à ton honneur, cher Arnaud, et ils te permettent de faire un travail de très grande qualité. En tant qu’historien je connais bien le problème des sources (il faut toujours en faire la critique à la base de tout travail) mais dans l’aviation on ne trouve pas grand’chose dans les archives. D’après ma petite expérience les sources anglo-saxonnes sont souvent fiables et détaillées mais leurs auteurs ont tendance à ignorer l’es autres aviations. Continue à alimenter le site avec tous ces articles aussi variés que compétents, et à affronter avec courage les mauvais coucheurs qui aboient dès qu’une petite question politique ou syndicale apparaît. Courage et merci.

  2. Bonjour,
    Gallica, site en ligne de la BNF, est d’une lecture passionnante.
    On y trouve l’Aéronautique, l’Aérophile, les Ailes. Journal hebdomadaire de la locomotion aérienne ou le Génie civil : revue générale des industries françaises et étrangères et d’autres encore. S’il faut faire le tri, toutes ces revues fourmillent d’informations sur l’aviation française d’avant 1945.

  3. Étant moi aussi historien, je comprends bien votre problème. J’ai deux petites choses à rajouter.

    D’abord, pour ce qui est des sources russes, c’est un réel problème. Il y a quelques années je me destinais personnellement à entreprendre un master recherche en histoire contemporaine de la Russie à la Sorbonne. J’avais discuté avec les professeurs titulaires du master sur cette question des sources sur l’aéronautique russe et soviétique (domaine qui avait ma préférence à l’époque pour d’éventuels sujets de recherche). Selon eux, les difficultés résultaient bien du fait du « secret » entourant le complexe militaro-industriel soviétique, mais aussi du fait tout bête que les archives sont en russe ! Si bien que les seuls universitaires ou spécialistes voulant éplucher d’éventuelles archives doivent lire le russe, ce qui pour moi était un réel handicap (raison principale de mon choix de ne pas m’orienter vers ce master). De manière générale, les publications, dans un pays ayant eu une presse contrôlée pendant 80 ans, sont moins denses et dynamiques qu’en France ou au RU par exemple.

    Enfin pour ce qui est de wikipédia, certes les erreurs sont nombreuses, mais cela dépend des articles et des sujets. Si je prends mon domaine de prédilection, la Navale de la première moitié du XXe siècle, il y a quantité d’articles wikipédia très bien détaillés et sourcés de manière convenable. Le plus souvent ce sont des articles anglophones (par exemple, concernant mes recherches, la page anglophone du contre-torpilleur Volta est « solide » sans être exceptionnelle), mais on en trouve aussi dans le wiki français. Par exemple, les articles sur les paquebots Titanic et Normandie sont vraiment béton. Je connais l’un des rédacteurs ayant participé au contenu de ces articles, c’est un jeune chercheur de très bon niveau travaillant sur les compagnies maritimes européennes de cette époque. Il m’a bien certifié que le macaron « article de qualité » n’était pas usurpé.

    Je pense que cela doit être pareil pour l’aviation. Évidemment, plus l’on se base sur des aéronefs méconnus, plus les sources sont difficiles à trouver. Personnellement, j’ai vu que dans ma région la SNCAO avait créé des prototypes de chasseur (dont le CAO 200) que j’ai découvert assez récemment.

    D’ailleurs, je serais intéressé pour devenir rédacteur bénévole si vous en recherchez encore 😉

  4. Bravo pour ces vrais problèmes d’historien et votre sincérité !
    Il est de fait que si vous écartez toutes les sources de propagande, il ne doit pas vous rester grand’chose en ce qui concerne l’Urss 😉 !
    Mais il n’y a pas que l’Urss, bien des ‘historiens’ britanniques de l’aviation vous affirment encore aujourd’hui que le Mirage III n’est qu’une copie du Fairey Delta 2 ! A passer…
    Tout votre souci me semble résider ici : « Par habitude j’exclus directement ce qui me semble relever de la propagande ou de l’article idéologiquement orienté. »
    C’est un peu le problème de base de l’historien… La critique des sources.
    Dans l’idéal, il ne faut pas exclure mais critiquer ces sources de propagande qui sont très riches de métadonnées et de données concernant l’aviation (entr’autres).
    Puisque vous passez régulièrement au Bourget, je vous invite à passer samedi et dimanche à
    Aéropuces : vous pourrez y rencontrer de nombreuses associations d’histoire aéronautique et historiens (dont certains spécialisés dans l’aéronautique russe et soviétique) auxquels vous pourrez demander des conseils.
    L’avantage de l’aéronautique est qu’elle est une technique tellement riche, que son histoire permet d’en apprendre tous les jours quelque soit son niveau de connaissance.

  5. Je suis un rédacteur beaucoup moins prolifique qu’ Arnaud, mais je me bute aux mêmes défis. Je cherche à recouper plusieurs sources d’information lorsque je fait de la recherche sur un sujet ou un appareil. Et oui, force est d’admettre que les sources anglophones sont plus nombreuses. Cela démontre l’utilité d’Avions légendaires pour les aérophiles francophones ! Alors bon courage aux rédacteurs !

  6. Bonjour,

    J’ai commencé à assouvir ma passion pour l’aviation dans les années 80, grâce aux fascicules des éditions Atlas que j’attendais avec impatience chaque semaine. A une époque où ces editions, aujourd’hui disparues, faisaient encore un travail de qualité me semble-t-il.
    Il y eut aussi le magazine Carnets de vol lui aussi disparu.
    Les publications actuelles sur l’aviation me paraissent moins intéressantes. C’est l’âge peut-être. 😉
    Je suis donc très heureux de pouvoir trouver ma dose quotidienne de beaux « navions » sur votre site, soyez en donc chaleureusement remerciés.

  7. Arnaud : j apprécie toujours vos textes, mais celui ci me laisse perplexe.
    Vous (au sens plusieurs dans le fil de discussion) mettez en doute Wikipedia…
    Soit, l’affaire Philip Roth peut le laisser croire, mais vous pouvez toujours modifier la page !!!
    Les autres sources que vous citez plus haut, même si leurs qualités semble irréprochables n’ont pas cette possibilité (ou du-moins très restreinte : écrire et ne pas être sur d’avoir une réponse…).

    Quand a passer sous les fourches caudines des historiens, ou dans le cas internet des modérateurs… je reste méfiant.

    En fait soit c’est une information quasi instantanée, mais avec un risque d’erreur assez grand, qui s’amenuise au cours du temps (les divers intervenants corrigent au fur et à mesure).
    Soit c’est une information « affinée » parfois proche du dogme et haro sur ceux qui la remettent en cause.

    Juste 2 exemples :
    -Il y a enfin une page sur Clostermann (le héro de ma jeunesse), mais entre « Le grand cirque  » version 1948 et celui de 2001 il à des différences…;
    tout comme il y a des pour et des contre Clostermann.
    -la récente remise en cause du nombre de morts du Maquis des Glières (en 2014 par M Barbier)

    PS: moi aussi j’étais Atlas a fond, je trouve « Le fana de l’aviation » et « Avions » pas mal non plus.

    PPS: je n’ai rien contre les historiens, je respecte leur travail, et ils sont aujourd’hui plus que jamais nécessaires.
    Mais nous avons tous une part de subjectivité, et j assume celle de ce billet.

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