Aviation et cinéma, une histoire parfois plus qu’approximative !

Aviation et cinéma, une histoire parfois plus qu’approximative !

Si le monde aéronautique a souvent été un vaste panier dans lequel les scénaristes puisaient (et puisent encore) des idées de film, il ne faut pas oublier que même le meilleur d’entre eux, n’est que rarement un spécialiste des choses de l’air. Mais outre cette méconnaissance flagrante des avions et des hélicoptères il existe un phénomène surprenant, la propension dont fit preuve par le passé Hollywood mais aussi les productions européennes à utiliser des avions mal maquillés, pour ainsi faire jouer à des avions le rôle d’autres avions. Cette manie est actuellement en voie de disparition grâce notamment aux progrès réalisés depuis les années 1990 par les effets numériques. Deux avions en particulier ont servis à peu près à simuler tout et parfois n’importe quoi.

Le plus significatif est certainement le biplan britannique De Havilland Tiger Moth, l’avion d’entraînement basique standard de la Royal Air Force durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 50 ce frêle avion a servit à simuler aussi bien les chasseurs de 1914-1918 que ceux de l’entre-deux-guerres. Alors même que le biplan d’entraînement britannique était généralement non armé. Qui ne se souvient pas de Jean-Paul Belmondo combattant un Tiger Moth allemand durant la Première Guerre Mondiale, en étant lui même aux commandes d’un aéronef identique dans le film « L’as des as« . Remarquez dans le même film on retrouve notre Bébel national pilotant un Stampe SV.4B maquillé à la va-vite en chasseur allemand Heinkel He-51.

Approximatif que je vous disais. Le petit biplan britannique eut également le droit d’être maquillé en avion nazi dans le pourtant excellent et si divertissant « Indiana Jones et la Dernière Croisade » dans une scène où il est pourchassé par un Messerschmitt Bf-109, lui fort bien conservé. En fait il semble bien qu’à chaque fois qu’un biplan soit nécessaire au cinéma, on colle un des nombreux Tiger Moth encore en état de vol. Ça devient vite lassant.

L’autre grand avion utilisé avec force est lui aussi une machine d’instruction de la Seconde Guerre mondiale. Mais il s’agit cette fois du monoplan américain North American T-6 Texan. Lui a été utilisé « à toutes les sauces ». Mais il reste célèbre comme avion japonais. Un comble pour un avion américain de cette époque. Des T-6 fagotés en Aichi D3A ont ainsi bombardé Pearl Harbor dans le célèbre film de guerre « Tora Tora Tora » et assuré la couverture aérienne nippone au générique du film « Midway« . Fort heureusement ils portaient au moins la fameuse meatball des avions nippons.

Dans le même registre, avec le très bon film de guerre « Un pont trop loin » les T-6 ont été mal maquillé en Junkers Ju 87 Stuka. Et que dire alors du T-6 frappé de la croix gammée qui sert à James Gardner pour s’évader d’Allemagne dans l’excellent et cultissime « La Grande évasion« .

Il existe aussi des approximations temporelles. Comme par exemple dans le film « Die Hard 4 » où le héros incarné par Bruce Willis se fait prendre en chasse en 2005 par un Lockheed-Martin F-35B Lightning II, un avion alors pas encore en service. Et qui n’y arrivera que huit ou neuf ans plus tard.

Nous passerons bien sûr sur le cas du Bell 47 frappé de l’emblème hitlérien dans la scène d’ouverture du film « Quand les aigles attaquent ». Cet appareil a réalisé son premier vol aux États-Unis… après guerre.
Là encore deux belle erreurs.

Après il existe des films dont on sent clairement qu’il s’agit de beaux catalogues pour les militaires américains, au risque même de se tromper dans les nombreux aéronefs présentés. Les plus fameux sont sûrement la saga « Transformers » de Michael Bay, où figurent à foison Sikorsky CH-53, Lockheed-Martin F-16D et F-22A, Lockheed AC-130U, Fairchild A-10A, Lockheed C-130H, Boeing C-17A, Boeing E-3B, et même un drone General Atomics MQ-9A, rebaptisé pour l’occasion RQ-1 Predator. Encore une belle approximation qui était évitable. Sans parler bien sûr du Bell 412 devenu Bell 222 sous la plume des dialoguistes et scénaristes de « Matrix« . Une erreur qui en son temps fit couler beaucoup d’encre.

En somme si l’aviation et le cinéma semble s’aimer, c’est aussi un amour incompris…

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

26 COMMENTAIRES

  1. Bonjour
    Vos site et articles sont toujours excellent, ma remarque ne sera qu’une tout petite d’un passionné d’aviation ET de cinéma.
    Dans « indiana Jones et la derniere croisade » les chasseurs allemands sont représentés par des Pilatus P-2 .. donc pas vraiment des Me 109 bien conservé.
    Vous ne parlez pas du recent film « spitfire » qui ne mérite que l’on parle de lui juste pour ne pas aller le voir ;
    Les sequence en vol ne sont pas des images de synthèse ni des images d’avions récents mais manifestement de la recup de l’excellent mais ancien « battle of britain’ . les Me 109 sont des « buchon » .

    cordialement

  2. Dans le cas d’Indiana Jones l’aile volante nazie dans le 1er c’est du n’importe quoi, elle ne ressemble à rien. Vous l’avez oublier celle la.

  3. Bel article, mes félicitations !
    C’est vrai que dans Indiana Jones ils auraient pu mettre au moins un Horten 229 en lieu et place de cette avion imaginaire.
    Petit remarque aussi dans les films ou les avions de ligne change parfois en plein vol.
    Ex: Au décollage d’un vol Los Angeles/Tokyo l’avion est un 777 et une fois dans les airs l’avion ce métamorphose en 737.
    Ou des fois c’est pire ! L’avion change carrément de construction. En plein vol c’est un Boeing et à l’atterrissage c’est un Airbus.
    Récemment je regardais une série (The Royals) durant laquelle le prince d’Angleterre fait un vol Londres, New York : au décollage c’est un Falcon 900ex et en plein vol c’est un Gulfstream G200. Le prince à du surement changer d’appareil en plein vol à l’aide d’une sorte de perche de ravitaillement humaine, un peu comme Steven Seagal avec son f117 dans Ultime Décision (n’importe quoi ce film d’ailleurs).

  4. Halala, Hollywood et ses F-35 qui se battent en faisant du vol stationnaire…

    Si vous voulez un film qui aime les avions : « Le Vent se Lève » de Miyazaki les ptits loulous !

    • Pour les amateurs de bon film sur l’aviation, le méconnu et très réussi « Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines », un film britannique de 1965 retraçant l’histoire de faucheurs de marguerites engagés dans une course aérienne en 1910 entre Londres et Paris. Bien que complètement loufoque le film montre des coucous très bien réalisés.

        • A ma connaissance oui il avait été édité il y a quelques années dans une très bonne série de DVD par la FNAC. On y trouvait également « La grande course autour du monde », « Tootsie », ou encore « Reivers ». Que des comédies un peu oubliés de nos jours. Ces DVD par contre n’étaient qu’en VOSTF (je préfère préciser car certaines personnes n’aiment pas se fatiguer à lire les sous-titrages) sans piste VF.

      • Moi j’avais vu le feuilleton « Les faucheurs de marguerites » suivi de « Le temps des as » et suivants. Je ne connais pas assez bien les vieux coucous pour dire s’il y avait des erreurs ou non

    • Je recommande la lecture du livre L’Étoffe des héros (The Right Stuff) de Tom Wolfe disponible à votre bibliothèque municipale. C’est un ouvrage très instructif. Autre livre à lire: Apollo 13 : perdus dans l’espace de James Lovell et Jeffrey Kluger publié en 1994. Celui-ci nous fournit plusieurs informations pertinentes que le film passe sous silence.
      Bonne lecture!

  5. Pour la forme, on pourrait rajouter les nombreux rôles tenus par le F5 Tiger en tant qu’avion russe (Top Gun) ou encore les hélicoptères francais pris pour des russes (SA330 pour un MI24 dans Rambo ou un SA360 pour un KA60 dans JB Octopussy)…

  6. J’ai le souvenir un peu lointain d’un F-16 qui, malgré la brume, délivre un bombardement salvateur sur la jungle vietnamienne à la fin du part ailleurs l’excellent Platoon, d’Oliver Stone.

  7. Super article ! La première fois que j’ai réagi en me disant « qu »il y avait un truc qui ne collait pas », c’est en regardant gamin le film « La Bataille d’Angleterre », les HA112 repeints au couleurs allemandes, j’me disais bien que le capot moteur et surtout l’hélice quadripale n’était pas montée sur un « Emil » ou même un « Gustav », ainsi que les « Heinkel He 111 » avec des radiateurs moteurs rappelant les Avro Lancaster, aussi utilisés dans le film « Patton »… bone journée0

  8. Erreur aussi monumentale: dans la film « La Femme au Tableau » ( remarquable d’ailleurs, racontant la lutte d’une femme d’origine juive et vivant aux USA pour récupérer des tableaux ayant appartenu à sa famille et volé par les nazis à Vienne pendant la seconde guerre mondiale. Ce film est basé sur une histoire vraie), les deux protagonistes s’enfuient de Vienne pour rejoindre Cologne dans un…….DC3 ! Du gros n’importe quoi!!! Ils auraient pu au moins « emprunter » pour le temps du film le Junker 52 « Tante Ju » parfaitement restauré qui vole de nos jours en Allemagne, cela aurait été plus plausible

  9. The Battle Of Brritain est un excellent film d’aviation. On remarque bien la 1ère phase où les Allemands bombardent les villes anglaises (Londres, Coventry…) et les radars puis les aérodromes. La 2ème phase où les Anglais prennent progressivement le dessus et finalement la vicoire. Il y a une scène mythique ou Goering demande à des pilote ce qu’ils veulent. Il répondent des Spitfire !

  10. Je désire mettre à la poubelle la majorité des documentaires présentés à la télévision qui portent sur la seconde guerre mondiale. Ceux-ci manquent de rigueur et d’imagination lorsqu’ils présentent des extraits de films d’archives. Par exemple: lors de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor dans une séquence on nous montre des avions japonais puis dans une seconde séquence des Douglas SBD Dauntless piquant sur leurs cibles puis dans une dernière séquence le cuirassé USS Arizona explosant…J’aimerais bien qu’on me présente des séquences provenant de la ciné-mitrailleuse d’un Hurricane attaquant des flack ship tel que relaté dans le livre de René Mouchotte ou de Pierre Clostermann.

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