La fusée Le Prieur, le « missile air-air » de la guerre 14-18

La fusée Le Prieur, le « missile air-air » de la guerre 14-18

Pour beaucoup les missiles air-air sont nés durant la guerre froide, plus précisément dans les années 1950 aux États-Unis, en URSS, et de manière plus anecdotique en France et au Royaume-Uni. Pourtant l’idée d’utiliser une roquette (guidée ou non) pour détruire un aéronef ennemi remonte à bien avant cette époque. Durant la Première Guerre mondiale les aviations britanniques et françaises eurent recours à des roquettes air-air destinées à la destruction des dirigeables allemands, on les appelait les fusées Le Prieur. Leur utilisation nécessita quelques modifications notables sur les avions qui les tiraient.

C’est à un officier de marine de génie que l’on doit l’invention de ces fusées. Yves Le Prieur fut en effet un marin touche-à-tout qui très tôt s’intéressa aux choses de l’air. C’est en 1909-1910 alors qu’il est en mission d’étude militaire au Japon qu’il découvre le principe des fusées. Il acquière alors la certitude que ces armes terrestres peuvent parfaitement s’adapter à des aéroplanes. De retour en France il entreprend ses premiers travaux sur un monoplan Deperdussin type C.

Biplan Farman HF.40 équipé de fusées Le Prieur.
Biplan Farman F.40 équipé de fusées Le Prieur.
Ses premiers essais ne sont pas très concluants, Le Prieur comprend bien vite qu’il lui faut utiliser ses fusées sur des biplans. Leur fixation se faisant grâce aux haubans. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 lui donne l’occasion de prouver l’excellence de son procédé. Il lui faut néanmoins attendre le mois de mars 1916 durant la terrible bataille de Verdun pour voir ses roquettes opérationnelles.

Elles sont généralement montés par huit, quatre de chaque côté du fuselage, et allumées électriquement à environ 150 mètres de leur cible. Armes efficaces et assez destructrice avec leur charge explosive de six kilos elles nécessitent cependant une certaine habileté de la part des aviateurs qui les emploient. Les fusées Le Prieur doivent en effet être tirées avec un angle de 45° vers le haut afin d’être pleinement optimales. Pour éviter tout risque d’inflammation de la voilure celle-ci est rapidement recouverte d’amiante et d’une pellicule d’aluminium.

C’est sur Nieuport 11, Farman HF-20, et Spad S.VII que ces armes sont alors le plus souvent utilisées. Le Royal Flying Corps britannique ne tarde pas à recevoir les siennes. Les fusées Le Prieur sont alors très prisées des pilotes britanniques et français, mais aussi belges. Forcément l’Allemagne et l’empire austro-hongrois ne tardent pas à vouloir des armes similaires, et on les comprend. Néanmoins ils doivent attendre janvier 1918 pour capturer un avion britannique, un Sopwith Pup tombé en Belgique, et encore équipé de trois de ces armes. L’emploi de leur copie en Allemagne n’eut jamais le même effet.

Ce cliché permet d'apprécier la taille d'une seule fusée Le Prieur.
Ce cliché permet d’apprécier la taille d’une seule fusée Le Prieur.
Les fusées Le Prieur sont créditées de la destruction d’un trentaine de dirigeables Zeppelin et de plus de 750 ballons d’observation allemands. En outre il faut savoir que ces armes étaient relativement simples à construire et peu coûteuse d’industrialisation.

Il est très dommage qu’un siècle après leur première utilisation opérationnelle ces armes soient ainsi retombées dans l’oubli. Après tout elles sont les plus lointains ancêtres des actuels AIM-120 AMRAAM, Mica, et autres R-77.

Photos © San Diego Air & Space Museum.

9 COMMENTAIRES

  1. Super article. Et oui, quand on se penche sur l’histoire d’un objet, d’une arme ou autre on oubli souvent que leurs origines sont issues de la Grande Guerre…
    Et comme beaucoup d’inventions , elles ressortent du « chapeau » un jour et là on cri « Au génie » ;o)

    • En fait non les fusées Le Prieur n’étaient pas aptes à des tirs air-sol en raison de leur inclinaison de positionnement entre les plans de voilure. C’était exclusivement des armes air-air.

  2. Bonjour à tous,
    Eh bien non, les fusées-torpilles LE-PRIEUR ne sont pas des armes oubliées…
    Si l’aviation militaire française a bien opté pour les balles traçantes/incendiaires après la Première Guerre mondiale, les fusées (rockets en anglais…) sont revenues en force à la fin de la Seconde, pour devenir une arme typique d’aviation pendant la Guerre froide.
    En France, c’est la Société nouvelle des établissements Edgar BRANDT (SNEB) qui s’est taillé une réputation internationale en commercialisant des roquettes de 37mm, puis des roquettes de 68 mm pour le JAGUAR et des roquettes de 100 mm pour le MIRAGE III.
    Aujourd’hui, c’est la société TDA ARMEMENTS SAS (Groupe THALES) qui reprend le flambeau du lieutenant de vaisseau LE-PRIEUR) en fabriquant les roquettes à induction armant l’hélicoptère de combat TIGRE (soit dit en passant, ce sont les roquettes les plus modernes du monde et on attend avec impatience la Roquette à induction guidée laser RIGL à précision sub-métrique).

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