Et l’US Navy transforma des Piper Cub en avions parasites

Et l’US Navy transforma des Piper Cub en avions parasites

Voilà bien un des épisodes aéronautiques les plus méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Au printemps 1944, la marine américaine décida de tester le Piper Cub en tant qu’avion de reconnaissance à partir d’un dirigeable de lutte anti-sous-marine, sans que cela ne débouche sur quoi que ce soit. L’idée d’un avion-parasite n’avait rien de nouvelle pour les amiraux américains, ayant déjà utilisés (brièvement) durant l’entre-deux-guerres les fameux chasseurs monomoteurs Curtiss F9C Sparrowhawk.

L’idée était qu’un avion puisse quitter l’intrados du dirigeable non rigide ZNP-M afin de réaliser une mission de reconnaissance et d’observation à la recherche de submersibles ennemis. Une fois celui-ci repérer l’avion rejoignait son dirigeable et ce dernier lançait la traque au moyen de ses charges de profondeur et de ses mines.

Des essais furent donc menés au mois de mars 1944 au-dessus de la baie de Chesapeak sur la côte est des États-Unis. Deux Piper NE-1 furent spécialement modifiés afin de pouvoir être accrochés sous le dirigeable. Outre l’installation d’un système d’attache, les ingénieurs de l’US Navy déposèrent le système de double commande du Grasshopper d’entraînement. Sur le premier exemplaire ils enlevèrent même le train d’atterrissage, puisque l’avion devait de toutes manières rejoindre le ZNP-M à l’issue de sa mission.

Le second Piper OE.
Le second Piper OE.
Pour l’occasion les deux avions reçurent la désignation de Piper OE. Lors du premier essai aucun monomoteur ne quitta le bord, il fallut attendre le deuxième et malheureusement après six tentatives d’accrochages jamais le Piper OE ne réussit à revenir sous le « ventre » du dirigeable. Son pilote dut se résoudre à tenter de rejoindre le plancher des vaches avec un avion dénué de train d’atterrissage. Il posa son monomoteur comme s’il s’agissait d’un planeur, mais finit par un cheval de bois. Le pilote d’essais en fut quitte pour quelques semaines à l’hôpital naval. L’avion était lui totalement détruit.

Les essais reprirent avec le second Piper OE qui lui conservait son train d’atterrissage. Plusieurs essais furent menées, et finalement l’avion ne réussit à « rejoindre le bord » qu’au huitième vol. Les sept fois précédentes le pilote fut obligé de rejoindre la toute récente base aéronavale de Patuxent River d’où étaient menés ces tests aériens. Les ingénieurs et pilotes d’essais avaient surnommé l’avion « Glimpy » ce qui peut se traduire par le « petit boiteux ». Un sobriquet lourd de symboles.

Glimpy juste avant son largage.
Glimpy juste avant son largage.
Finalement l’aventure de Glimpy et du dirigeable souple ZNP-M se termina en mai 1944 quand la marine américaine décida de ne pas poursuivre plus avant le développement du programme. Le second, et finalement seul Piper OE demeura sur la base aéronavale jusqu’en 1952 où il vola comme avion de servitude et de soutien aux essais en vol. Lors de son retrait du service il portait encore son patronyme de boiteux.

Cet épisode tombé dans l’oubli est symptomatique des recherches aéronautiques menées par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale. Elles n’avaient rien à envier à celles que l’on connait bien plus de la part des Allemands à la même époque.

Photos © US Navy.

3 COMMENTAIRES

  1. Fort intéressant Arnaud. Demandait de bons pilotes n’ayant pas froid aux yeux ! Sûrement un petit oubli… Chesapeake avec un e à la fin.

  2. Faut vraiment avoir un ego plein de « suffisance » pour enlever le train d’atterrissage au 1er essai .
    Et ainsi s’enlever une roue de secours !!!

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