L’aviation néerlandaise accueille ses deux premiers F-35A Lightning II

L’aviation néerlandaise accueille ses deux premiers F-35A Lightning II

C’est un mini-évènement autant pour le programme du Lockheed-Martin F-35 Lightning II que pour la force aérienne néerlandaise. Ce mardi 23 mai 2016 les deux premiers avions de combat F-35A appartenant à la Koninklijke Luchtmacht ont traversé l’Atlantique pour rejoindre le territoire néerlandais. C’est sur la base aérienne de Leeuwarden dans le nord du pays que ces avions seront basés, une fois qu’ils auront été déclarés opérationnels.

À terme ce sont en effet trente-cinq exemplaires du chasseur de Lockheed-Martin qui doivent entrer en service aux Pays-Bas, permettant ainsi de remplacer les vieux General Dynamics F-16AM et BM Fighting Falcon en service opérationnel depuis le tout début des années 1980. Même si ces derniers disposent encore d’un bon potentiel ils sont devenus trop lourds à entretenir pour la petite Koninklijke Luchtmacht et ses moyens limités.

C’est depuis Eglin AFB en Floride que les deux Lockheed-Martin F-35A néerlandais, respectivement codés F-001 et F-002, se sont élancés à l’assaut de l’océan Atlantique. Mais ils n’étaient pas seuls dans cette aventure. Deux avions militaires néerlandais les accompagnaient : un biréacteur de transport Gulfstream G.IV à bord duquel avaient pris place madame Jeanine-Antoinette Hennis-Plasschaert, ministre de la défense, ainsi qu’une délégation de hauts responsables militaires néerlandais et l’équipe technique de soutien.

Mais surtout les deux Lighting II pouvaient compter sur une nounou qui prenait la forme d’un ravitailleur en vol McDonnell Douglas KDC-10, la version « export » du célèbre Extender de l’US Air Force.

Les quatre avions néerlandais traversent l'Atlantique.
Les quatre avions néerlandais traversent l’Atlantique.

Il aura tout de même fallu deux escales techniques (obligatoires et prévues à l’avance) pour que ces avions rejoignent le Vieux Continent. Mais c’est désormais fait des Lightning II sont présents aux Pays-Bas, et ce certainement pour un bon bout de temps.

Même si l’avion jouit chez nous d’une très mauvaise réputation, en partie en raison de retards cumulés dans l’élaboration de son système d’armes mais aussi en raison d’un cahier des charges totalement aberrant, il faut voir qu’il était finalement assez attendu par les pilotes hollandais qui voient en lui un correct successeur au très polyvalent F-16. Mais surtout le F-35A est totalement adapté à la géographie et à l’étroitesse du territoire des Pays-Bas, bien plus qu’un biréacteur.

Photos © ministère néerlandais de la défense.

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

17 COMMENTAIRES

  1. Dans la compétition qui avait opposée le Rafale au F35, il y avait un écart de deux centièmes de point (6.95 vs 6.97) dans les évaluations opérées par les néerlandais.
    Le F35 n’est pas « mauvais » ; il correspond à une philosophie d’emploi qui est celle de l’Air Force et axée sur la fusion de données, les capteurs et la furtivité.
    Après, si on parle de combat aérien pur, les données techniques suggèrent une supériorité « théorique » (si on met de côte les qualités et la formation du pilote) supérieure de l’avions français (meilleure accélération, meilleur taux de virage).
    Après, ce n’est pas le seul critère qui entre en ligne de compte dans les choix et les Hollandais qui souhaitent poursuivre leur participation aux coalitions ont fait un choix logique. Un choix qui pourrait entraîner celui de nos voisins belge (fort logiquement aussi, puisqu’il serait question de communaliser l’effort).
    Si on ajoute le choix des Danois, des Norvégiens, nous avons là, les 4 pays du « Marché du siècle » ayant opposé le Mirage F1 au F16 dans les années 70.
    C’est clairement un bis repetita.
    (et même plus : l’Italie et la RAF ayant aussi fait le choix du F35, probablement rejointes par l’Espagne pour le remplacement des Harriers II de l’Aéronavale).

    Le F35 est un gros succès commercial.

    • 2/100 d’écart sur le papier ;dans la réalité j’ai bien peur que le f35 soit loin derrière vu qu’il et sera loin de tenir toutes ses promesses ,ou s’il les tient dans 15ans il faudra comparé le rafale dans 15ans aussi?!

    • Bonjour,
      Je suis d’accord avec vous sur le fait que c’est un choix logique en terme de coalition, avec semble t il un petit retour industriel et la protection US.
      Par contre pour nos amis Belges, il me semble que le choix logique serait de s’équiper avec le Rafale. Rien n’empêcherait l’interoperablité OTAN, mais surtout un GROS retour industriel pour l’industrie Belge. Et sûrement des économies a réaliser en mutualisant la maintenance et l’entraînement avec l’AA.
      Par contre je pense que si effectivement le F35 est un gros succès commercial, les tests étaient ils vraiment tous transparents ?
      Qu’en pensez vous ?

        • Peut être, mais je ne suis pas un spécialiste . Mais au moins celui ci permettrait à la Belgique de n’avoir qu’un seul est même avion. Et même si celle ci n’a pas vocation à partir seule, elle n’aurait pas besoin, même au sein d’un coalition, de faire accompagner ses avions lors de frappes avec opposition aérienne.
          De plus, encore une fois, hors les qualités intrinsèques du Rafale qui, me semble t il, apportent un réel plus ( on le constate continuellement au sein de notre AA ) , je pense que ce serait réellement positif pour l’industrie Belge.
          Il me semble que Dassault était prêt à aller loin en terme de coopération.

        • Oui peut-être mais le f35 bien que monoréacteur est un beau bb aussi ,après je ne vois plus que le Gripen comme possibilité sans parler qu’il renonceraient au vecteur nucléaire ?! Leur choix est difficile bien que des f16viper seraient parfaits s’ils n’étaient sur la fin.

        • Je pense qu’avec le F-35, il ne faut plus relier masse et nb de moteurs: Bien que monomoteur, le F-35 dépasse allègrement en poids et en poussée le Rafale. Par conséquent, du point de vue technique, si le F-35 n’est pas trop gros pour les Belges, le Rafale ne le sera pas non plus

      • Politiquement, la Belgique est sous pression :
        1. de l’OTAN : pour bosser en coalition et bénéficier du « bon regard » de l’allié US, le choix va vers le F35 ; avec des engagements à tenir.
        2. Les Pays-Bas aimerait partager « les frais » avec la Belgique et, étant donné que le personnel majoritaire de la composante aérienne soit néerlandophone, ils trouvent un terrain d’écoute pour le F35.
        3. Il y a des accords Benelux sur la défense qui incline à disposer d’un matériel commun, de filières communes, etc… (Par ex, les Luxembourgeois vont confier leur A400M aux belges, sur un terrain belge).
        4. La Belgique a un rôle central en Europe – de laboratoire dirons certains -, beaucoup de personnes observent attentivement ce qui s’y passe parce que c’est une nation motrice.
        Budgétairement, la Belgique est sous pression.
        1. Le coût du F35, très élevé, à la maintenance lourde, n’incline pas à l’adoption de l’appareil. (Le coût total tournerait autour de 15 milliards d’euros sur 40 ans de cycle, soit 350-400 millions / an sur un budget de défense qui tourne autour de 3/4 milliards par an, l’effort est conséquent).
        2. Quel retour industriel pour une trentaine d’appareils seulement ? Faible à priori (sur le contrat F16 on parle de 160 exemplaires livrés, avec un retour très favorable à l’époque aux industriels belges) 30 vs 160 : les conditions ne sont plus les mêmes… Sur le plan opérationnel, on peut se dire qu’un F35 remplace 2 F16 en terme de dispo et de sorties, mais si vous avez besoin de deux appareils en deux endroits différents en même temps et que vous n’en avez qu’un, vous ne pouvez pas le couper en deux… (ce débat vaut aussi pour le Rafale où, pour rassurer le comptable politique, on annonce qu’un rafale remplace 3 mirages 2000… Un raccourci erroné en pratique, bref ce n’est pas la question ici.)
        « Philosophiquement », la Belgique est sous pression.
        1. Il a été question de supprimer les avions de combat de la composante Air. Et il semble que le débat ne soit pas entièrement clos.
        2. Il existe actuellement un véritable questionnement stratégique sur le rôle de l’armée en Belgique : doit-elle devenir une force d’intervention et de sécurité ? Ou un véritable poing armé ? Il est certain que ces questions débordent largement du cadre technique, c’est aussi -et surtout en fait- une question de société.
        3. Quid de l’impact des attentats sur ces questions ? De quelle manière cela va influer sur le contrat entre l’armée et la nation belge ?

        Si l’on s’en tient aux données de base, le Rafale ne serait pas l’appareil dont les Belges auraient besoin pour assurer leur protection (projection aux abords, police du ciel, entraînements en Europe, action vers la mer du nord). On peut même dire que le contrat de projection en OPEX tourne entre 6 et 10 appareils (cas de figure typique : opex avec un plot de 6 F16AM/BM projetés hors europe en rotation avec les P-B + une mission Baltic air policy avec 4 avions – ou Islande ?-).
        Un mono-réacteur peut suffire pour assurer une partie du spectre des missions sous couverture OTAN, avec une part air-air probablement plus délicate en raison des qualités aérodynamiques du F35.
        Le choix du F35 est un choix de continuité (ou un non-choix, c’est selon), d’autant que l’appareil apporte des petits plus : fusion de capteurs, furtivité, munitions embarqués, etc. Une continuité certes fort coûteuse qui exacerbe d’autant le débat pour conserver un noyau de force de combat pour le coup, entièrement assujettie.
        Le choix du Rafale est subordonnée à la réponse à ces questions de société. Par ses capacités d’élongation, son caractère biréacteur, ses armements tirés à longue distance, son acquisition révélerait un renversement en faveur du « poing armé » et une affirmation de souveraineté, d’autonomie de décision et dans la foulée, un rapprochement avec son homologue française (avec questionnement côté néerlandophones et milieux atlantistes). Un rapprochement qui existe déjà du reste avec la filière de formation qui marche super bien.

        Le remplacement des F16 est quasiment une question de société chez nos voisins. On est assez loin du débat technique et pour le coup, oui, la Belgique est un véritable laboratoire.
        Personnellement, je pense que le F35 possède l’avantage sur le Rafale en ce qui concerne le remplacement des F16 belges. Mais, il existe d’autres marchés.

  2. 2/100 d’écart entre 2 avions conçus à 20 ans d’écart ! Soit l’un est très bon, soit l’autre n’est pas terrible
    Bis repetita mais pas du point de vue technique et prix, autant le F-16 a tenu ses promesses techniquement et financièrement, autant son successeur se prend des tôles depuis qu’il existe physiquement

    • Et j’ai Hâte de voir l’oiseau au charbon pour de bon ,plus dans les simulateurs de LM « bienveillans », on verra si les pilotes lui font suffisamment confiance pour risquer leur vie en opérations ,ou s’ils refusent d’opérer dessus com avec le f22 (lui préfèrent le f15). Car en Libye les pilotes de rafales ont pénétrer le territoire accomplient leur mission alors que toute la défense anti aérienne été pleinement effective le premier jour,avant sa destruction total les jours d’après

  3. Le choix se justifie politiquement, les liens étant traditionnellement forts entre les Pays-Bas et les USA.
    Techniquement ensuite, c’est sur que le Rafale offre une palette plus large de possibilités, de missions, etc… Le F-35 étant un appareil clairement orienté air-sol, qu’il a besoin d’une couverture aérienne pour opérer en zone hostile.
    (Couple Typhoon / F-35 en europe ; F-22 / F-35 aux USA).
    Côté coût, le Rafale n’est pas donné non plus, mais sur le long terme la facture de maintenance semble mieux maîtrisée chez Dassault que chez LM.

  4. Les pays-bas n’ont pas vraiment acheté un avion, ils ont acheté un parapluie.
    Eric Trappier le 31/05 dans une interview aux échos:
    « Lors de l’appel d’offres lancé par les Pays-Bas dans les années 2000, nous aurions pu donner nos Rafales, cela n’aurait rien changé à la volonté du gouvernement hollandais de s’équiper de chasseurs américains, afin de se mettre à l’abri du parapluie américain, l’Otan. »

    • Ce n’est pas faux. Et c’est effectivement la principale raison de l’équipement – et de la spécialisation de fait – des armées de l’air de ces « petites » nations.
      Il y a également deux remarques à ajouter : le passage au F-35 s’accompagne d’une déflation importante des parcs ( Ex, les Pays-Bas : 219 F16 livrés depuis 1979, 61 en service (théorique) ; 37 F-35 commandés…).
      Seconde réflexion : il n’est à ce jour pas démontré que le niveau de disponibilité puisse être maintenu – ni même la disponibilité – en raison des gros soucis liés à la maintenance. Toutes les avancées à ce niveau – diagnostic numérique, maintenance intelligente, etc.. – n’ont pas tenu leurs promesses et ce, quelque soit l’avion. En général, ça a entraîne des difficultés, des immobilisations plus longues et coûteuses.
      (sans même parler de la formation des équipages, etc…)
      Je ne serais pas étonné que par moment, les Pays-Bas se retrouvent sans couverture aérienne… pour intercepter, par exemple, des Bear en maraude en Mer du Nord.

  5. Merci Steph pour cette excellente analyse. Les Néerlandais sont partenaires du programme JSF (« Joint Strike Fighter », le F-35) depuis le début et ils aimeraient se défausser d’une partie de ce coût sur le Belges dont les Généraux -flamands- sont preneurs. On en discute en cercle fermé et la prise de décision est opaque… Deux F-35A sont donc arrivés en Hollande, eh bien qu’on les teste sérieusement -impartialement-

  6. Et encore : on a pas abordé la question nucléaire.
    La Belgique possède la capacité de délivrer le feu nucléaire grâce aux bombes US B-61 entreposées à Kleine Brogel (10 à 20 apparemment) sous le régime de la « double clef ».
    Est-ce que l’exécutif belge souhaite conserver cette capacité et les accords / obligations qui en découlent ?
    Si oui, alors le F-35 se pose en source unique pour la composante Air. Je vois très mal les USA engager une coopération très coûteuse pour adapter la B-61 sur Rafale (d’autant que ça nécessite de partager des secrets d’un très très haut niveau sur l’emploi de l’arme, sa dynamique, etc).
    Alors on peut aussi arguer que la France propose des Rafale ASMP-A sous le même régime de la double-clef. L’idée est très théorique, mais aussi irréaliste à mon avis (même si elle ne manque pas de force dans le cadre d’un embryon de dissuasion européenne).
    Si non, si la Belgique ne considère plus le nucléaire comme une option viable pour ses forces armées, y compris dans le cadre de l’OTAN, alors la porte s’entrouvre un peu.
    Le remplacement est une question moins anodine qu’il n’y paraît, l’air de rien.

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