Lake Buccaneer et Republic Seabee, les amphibies de tourisme

Lake Buccaneer et Republic Seabee, les amphibies de tourisme

Dans l’histoire de l’aviation les hydravions (et les amphibies) tiennent une place à part. Autant civils que militaires ils ont su s’imposer à partir des années 1910 jusqu’à nos jours dans des rôles et des missions bien différents. Du transport commercial de passagers à la lutte contre les feux de forêts en passant par la reconnaissance maritime et la lutte contre les submersibles ennemis leur éventail de capacités est vaste. Pourtant s’il y a bien un domaine de l’aviation où ils sont marginaux c’est bien celui de l’aviation de tourisme, malgré la présence de deux machines très réussies : le Lake Renegade et le Republic RC-3 Seabee. Retour sur une page méconnue de l’histoire aéronautique civile.

Alors certes les hydravions de tourisme ne sont pas réellement une rareté, il suffit de voir le nombre de monoplans à ailes hautes construits par Cessna et Piper qui reçurent deux flotteurs chacun. Il en vole un peu partout à la surface du globe, principalement cependant en Amérique du nord, en Afrique, et en Europe occidentale. Cependant il faut voir que ceux-ci sont presque toujours des avions terrestres sur lesquels le train d’atterrissage (généralement classique et fixe) a troqué ses roues pour les dits flotteurs.

Aussi l’apparition au milieu des années 1940 d’un amphibie de tourisme avait de quoi surprendre. C’est à l’avionneur Republic, alors connu surtout pour son génial chasseur-bombardier P-47 Thunderbolt, que l’on doit cette curieuse idée. D’autant que son appareil était en outre une totale curiosité architecturale.
Monoplan à aile haute, doté d’une coque et de deux flotteurs de petite taille, son RC-3 Seabee possédait comme la majorité des amphibies un train d’atterrissage escamotable. Il était propulsé par un moteur à six cylindres en ligne Franklin 6A8 d’une puissance de 215 chevaux. Entraînant une hélice bipale propulsive ce moteur était directement dérivé du célèbre Franklin O-335 développé pour propulsé l’hélicoptère Bell 47.

Republic RC-3 Seabee.
Republic RC-3 Seabee.
Assez étrangement, et même si le marché de l’aviation de tourisme était saturé d’avions de liaisons, d’entraînement initial, et de transport léger fraîchement démilitarisés le Republic RC-3 Seabee sut trouver son public. Il faut dire que le nombre de pilotes n’avait jamais été aussi élevé aux États-Unis et au Canada, les deux pays où sa commercialisation fut la plus importante. Nombre d’anciens combattants volants, ayant œuvré notamment sur Consolidated PBY Catalina ou sur Grumman J2F Duck, pouvaient ainsi retrouver les sensations du vol. Les tirs des mitrailleuses allemandes et japonaises en moins bien sûr.

De ce fait le succès fut assez important pour ce monomoteur puisque un peu plus de mille exemplaires furent produits entre 1946 et 1949. Il est à noter que leur utilisation militaire fut anecdotique : la toute jeune Heyl Ha Avir utilisa un hydravion de ce type (d’ailleurs actuellement préservé dans son musée de Hatzerim) pour des missions de reconnaissance côtière et de liaisons tandis qu’au milieu des années 1960 le Pentagone livra trois exemplaires à son allié sud-vietnamien qui les utilisa lui aussi comme plateforme de reconnaissance côtière et d’observation diurne. Ces trois machines provenaient des stocks du fisc américain et avaient été saisis à un indélicat contribuable californien quelques années auparavant. Il faut savoir que plus d’une centaine de RC-3 Seabee vole encore de nos jours, principalement au Canada et aux États-Unis où leurs qualités sont jours très appréciées.

Le succès du Seabee aurait pu être synonyme de mort pour son concept avec la fin de sa production en série à la fin des années 1940, c’était compter sans l’ingénieur David Thurston qui eut lui-aussi l’idée de lancer un amphibie capable de concurrencer le RC-3. Malgré une architecture beaucoup plus élégante sa première réalisation, le Colonial C-1 Skimmer, fut un relatif échec avec « seulement » quarante-huit exemplaires construits.

En 1959 la jeune Lake Aircraft repris les travaux de Thurston, avec son concours, et modernisa en profondeur le Skimmer jusqu’à donner naissance au Lake Buccaneer. Le succès fut immédiat. Plus fin et racé que le Seabee celui ci conservait pourtant le gros de son architecture générale. Les ingénieurs de Lake firent appel à un des moteurs d’aviation générale les plus répandus sur la planète : l’inusable Avco-Lycoming O-360 qui équipait notamment le Cessna 172 ou le Piper PA-18 Super Cub.

Et là encore les commandes affluèrent. Et la production dépassa même celle de l’amphibie de Republic. Mieux sa production se déroula durant toutes les années 1960, 1970, 1980, et même une partie des années 1990. Le Lake Buccaneer plaisait, et ça se voyait.

Lake Buccaneer.
Lake Buccaneer.
Enfin sur le marché civil car niveau militaire ce fut un bide total, aucun exemplaire ne vola jamais sous la moindre cocarde. Et ce malgré le développement d’une version de reconnaissance côtière désignée Seawolf et fréquemment présenté dans divers salons aéronautiques dont celui du Bourget.
Si aujourd’hui le concept du Seabee et du Buccaneer semblent définitivement appartenir à l’histoire il ne faut pas barrer d’un trait de plume l’intérêt que ces deux machines ont eu sur l’aventure aéronautique, notamment en Amérique du nord.
Quel pied ça devait être pour des pilotes de tourisme de posséder « leur » propre amphibie.

Photos © SDASM & Wikimédia Commons.

3 COMMENTAIRES

  1. Merci Arnaud pour tes nombreux articles fort intéressants. Pour moi, les avions amphibies représentent la liberté de se poser bon où il nous semble. La multitude de rivières et lacs au Québec et au Canada, sans compter les côtes de deux océans, expliquent la popularité des hydravions ici. Côté Europe, le seul hydravion à coque de tourisme d’après-guerre que je connaisse est le Piaggio P-136 (http://www.avionslegendaires.net/avion-militaire/piaggio-p-136/). Y-en-a-t-il d’autres ? Bien que non spécifiquement conçu pour le marché civil, et fabriqué en faible nombre, ce petit bimoteur avait fière allure !

    • Un amphibie de tourisme italien qui est intéressant, c’est le méconnu Nardi FN-333 Riviera. L’une des particularités notables de ce monomoteur réside dans son architecture bipoutre à aile haute.

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