Les bombardiers d’eau russes en alerte estivale

Les bombardiers d’eau russes en alerte estivale

Certains y voient la « main » du réchauffement climatique, d’autres celles d’imbéciles laissant trainer leurs mégots de cigarettes mais il est indéniable que les feux de forêts sont en recrudescence depuis vingt-cinq ans un peu partout en Europe. Et la Russie n’y fait pas exception. Depuis le début de cet été 2016 la flotte d’avions et d’hélicoptères bombardiers d’eau est en alerte permanente en raison de forts feux qui ravagent une bonne partie de la Sibérie et du sud-ouest russe. Les équipages et les machines sont à bout de souffle.

Il faut dire que malgré la puissance de sa flotte, la Russie possédant plusieurs dizaines d’hélicoptères Mil Mi-8 spécialement adaptés et une vingtaine d’Ilyushin Il-76 gros porteurs auxquels il convient d’ajouter la quinzaine d’Antonov An-12 hors d’âge encore utilisés sporadiquement, ses pompiers volants n’en peuvent plus. De surcroit ils ont été particulièrement affectés par la disparition de dix de leurs collègues dans le tragique écrasement d’un quadriréacteur lors d’une attaque de feu début juillet dans la région d’Irkoutsk dans le sud sibérien. L’avion se préparaient à bombarder de l’eau et du liquide retardant quand pour une raison encore inconnue il a piqué du nez et est venu heurter la cime des arbres.

Pour le moment c’est plutôt la région du sud-ouest russe, en limite de territoire avec l’Ukraine, qui inquiète à Moscou. Même si les moyens humains et matériels engagés sont très importants, plus de 850 pompiers au sol et une dizaine d’avions et d’hélicos dans les airs, les soldats du feu ne viennent toujours pas à bout de ces incendies. Il faut dire que la région subit une sécheresse endémique depuis une dizaine d’étés d’affilée. Les pluies et neiges hivernales ne suffisent plus à humidifier les sols et de ce fait à la moindre étincelle ou au moindre gros orage tout s’embrase.

Comme en France ou en Italie les bombardiers d’eau russes ne peuvent pas voler la nuit, pour des raisons principalement de sécurité. Mais surtout la Russie est isolée au niveau de ses moyens. La majorité de ses alliés régionaux disposent de moyens de lutte contre les incendies forestiers bien moindres que les siens et les seuls pays qui pourraient lui porter assistance ne sont pas ses meilleurs alliés, loin de là. Depuis l’invasion et l’annexion de la Crimée les relations entre Moscou et Kiev excluent toute aide ukrainienne. Il en est de même de la Bulgarie et de la Roumanie en raison de leur appartenance à l’Union Européenne.
Il est d’ailleurs à noter que Moscou n’a pas sollicité l’envoi de bombardiers d’eau en renfort de la part de ces voisins-là.

En attendant les pilotes et matériels souffrent. En Russie certaines voix commencent à (timidement) se faire entendre pour envisager l’acquisition de matériels occidentaux plus adaptés notamment en provenance du Canada. Déjà depuis quelques années les sauveteurs et secouristes russes utilisent des hélicoptères européens, principalement des Airbus Helicopters H145, alors pourquoi pas des avions bombardiers d’eau ?

Photo © Wikimédia Commons.

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

8 COMMENTAIRES

  1. C’est un drame humain et un drame pour la planète : tout ce carbone stocké dans la végétation qui se libère en brûlant et qui ne fait qu’aggraver cette spirale du réchauffement, qui augmente par ricochet les feux de forêt … Où que ce soit les pilotes de ses bombardiers méritent notre gratitude : en souvenir du film « always « 1989

  2. Il y a au contraire moins d’incendie de forêt depuis 20 ans, et le dégagement de carbone dans l’atmosphère par ces incendies n’est rien à côté de la pollution maritime, un porte conteneur à lui seul dégage l’équivalent de plusieurs millions de voiture en un an. Alors, restons dans le domaine aéro, et laissons les problèmes climatiques aux autres. Belle photo.

    • Je ne sais pas d’où vous tenez qu’il y a de moins en moins de feux de forêt depuis 20 ans car c’est en contradiction avec les infos que j’ai et qui viennent de deux types de sources différentes : les SDIS-30 et 83. Deux services experts dans ce secteur.
      Quand aux effets climatiques je m’appuie sur les travaux du GIEC.
      Cordialement. 🙂

  3. Il y a aussi le Beriev be-200, le canadair russe, mais avec 12t d’eau, et non 6, et une vitesse bien plus élevée. La France était intéressé à un moment. Une campagne d’essai estivale a eu lieu en 2011 mais qui est restée sans suite. Là aussi je pense que la nationalité russe de l’engin a dû aider à faire pencher la balance du côté du non. Sinon très bel appareil.

  4. Les russes pourront se laisser tenter par l’AG600.
    Vu le nombre de modèles copiés, cellules ou moteurs, la grande condescendance chinoise devrait autoriser à une telle coopération.

    • Laissons déjà au tout nouvel AG600 le temps de faire ses preuves avant d’entrevoir sa commercialisation auprès des Russes. On se souvient d’ailleurs qu’au moins un SH-5 avait été modifié ab-initio pour la lutte antifeux.

  5. habitant en corse depuis toujours,j’ai l’habitude de voir voler nos Canadair lors des grands feux durant la saison estivale…je donne raison a Tonton,en effet il y a moins de feux de foret ces dernieres années,les derniers grands incendies en corse date de 2009,mon père etait encore pompier… des lois plus strict et des vacanciers plus attentif et bien moins stupide qu’avant ayant grandement changé les choses…

    • En Corse c’est vrai, mais venez donc faire un tour sur le continent et vous verrez qu’il n’en est rien. Notamment dans les Bouches-du-Rhône, le Gard, les Landes, ou encore le Var.

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