Et l’industrie soviétique défigura le Kingcobra

Et l’industrie soviétique défigura le Kingcobra

... et le même mais après modification en P-63UM.

Bon certes, le Bell P-63 Kingcobra n’est sûrement pas le plus bel avion de chasse de la Seconde Guerre mondiale, mais était-ce une raison pour ainsi l’enlaidir ? Parmi les quelques 2400 exemplaires de ce monomoteur livrés à l’Union Soviétique une cinquantaine fut modifiée localement en avions d’entraînement avancé destiné aux futurs pilotes appelés à voler dessus. Cette décision avait été prise suite à l’utilisation par l’Aviation du Front de son prédécesseur, le Bell P-39 Airacobra.

En fait comme la majorité de ses utilisateurs l’aviation soviétique fut surtout intriguée par le train d’atterrissage tricycle du P-39, puis du P-63. Nombreux furent les premiers d’entre-eux à être perdus lors de simples vols d’entraînement. Les pilotes soviétiques, comme leurs homologues américains et britanniques, étaient bien plus habitués à voler sur des chasseurs à train classique. Ils avaient l’avantage de ne pas trop changer les habitudes prises sur les monomoteurs d’entraînement initial et intermédiaires.

Aussi avec la livraison, au titre du Prêt-Bail, des premiers P-63 Kingcobra vint la question d’une version d’entraînement avancée. Les ingénieurs de Bell estimèrent cela impossible à développer dans des délais courts. Aussi plusieurs ingénieurs du bureau d’étude Lavotchkin proposèrent une solution radicale : transformer localement des chasseurs de série en machines d’entraînement. Un premier essai fut fait avec six d’entre-eux.

Le Bell P-63A dans sa version originale.
Le Bell P-63A dans sa version originale.

Malgré des résultats plus que mitigés, les trois premiers avions ne décollant même pas, il fut décidé de produire une cinquantaine de P-63UM (la désignation officieuse portée en URSS par ces avions) pour les besoins de l’Aviation du Front. Les premiers entrèrent en service en octobre 1944.

En fait on ne peut pas vraiment dire qu’ils étaient mal acceptés par les jeunes pilotes de l’époque ou par leurs instructeurs, la critique n’étant pas de mise en Union Soviétique. Après-guerre un ancien mécano soviétique, ayant fui la dictature, rapporta cependant que les Kingcobra biplaces d’entraînement étaient selon lui les pires « fers à repasser volants ».

D’ailleurs ce n’est pas anodin si ces avions ne survécurent pas à la guerre alors même que l’URSS conserva ses P-63A en première ligne jusqu’au début des années 1950. N’oublions pas que l’OTAN attribua même le nom de code de Fred à ces chasseurs pourtant conçus et produits sur le territoire américain. Il est à remarquer qu’aucun autre P-63 biplace ne fut produit ailleurs dans le monde, hormis pour des expérimentations marginales. En dehors des ingénieurs soviétiques personne n’eut l’audace d’aller jusqu’à une production en série.

... et le  même mais après modification en P-63UM.
… et le même mais après modification en P-63UM.

Si aujourd’hui le P-63UM semble être retourné aux oubliettes de l’Histoire, on est en droit de se dire que finalement ce n’est pas un mal. Car au final, et même si ce n’est pas bien de s’attaquer au physique, il est tout de même très très moche ce Kingcobra biplace.

Photos © San Diego Air & Space Museum.

7 COMMENTAIRES

  1. Lors de la campagne des Îles Salomon plusieurs PT Boat furent équipés de divers armements qui les transformèrent en véritables porcs-épics flottants. Le célèbre PTB 109 du lieutenant John F. Kennedy était équipé d’un canon de 37 mm Antitank Gun M3 à la proue de son navire. Sur plusieurs de ces navires reçurent à la proue le canon de 37 mm provenant du P-39-63A. Le canon anti-char était chargé manuellement tandis le modèle issu des P-39 était automatique; celui-ci procurait une grande puissance de feu. J’ ai trouvé une photographie d’un écorché de cet arme sur un P-63A
    http://www.williammaloney.com/aviation/USAFMuseum/WWII/Airacobra/p
    ages/08Airacobra37MMNoseCannon.htm
    Et sur le même site vous trouverez de superbes photographies du montage de ce 37 mm monté sur des PT Boats.
    Bonne lecture!

  2. Je viens de relire « Pilote de Stukas » de Rudel, et il parle des « Airacobras » et « Kingcobras » et de leur redoutable canon de 37mm. Car si le Ju87 « encaissait bien » il ne fallait pas beaucoup de pruneaux de ce calibre pour le descendre. Au sujet de la loi Prêt-Bail dont a bénéficié l’URSS, Vladimir Poutine a remercié à la tribune du défilé de la victoire de 2015, les « Alliés Occidentaux qui ont aidé la Russie pendant la Seconde Guerre ».

    • Pendant très longtemps l’Union Soviétique a volontairement oubliée l’aide matérielle que les pays occidentaux ont envoyée à celle-ci lors de la seconde guerre mondiale. Par exemple la propagande en Russie ne publiait jamais des photographies des soldats soviétiques utilisant du matériel occidental comme des jeeps ou avions des radars. En plus de chars et d’avions, elle reçut du matériel très ciblé sur le plan stratégique comme 1900 locomotives à vapeur, des jeeps ou des C-47. Je vous conseille de lire le dossier « Qui a vaincu le III. Reich? de Vincent Bernard parue dans la revue 2e guerre mondiale, 2GM/63-janvier février 2016. Bonne lecture!

      • Tout à fait d’accord pour l’importance de l’aide occidentale à la Russie, mais n’oublions pas les 11.700.000 morts (militaires) de l’URSS . Rappelons aussi le Il-2 Sturmovik, 1er avion canon anti-chars (1940) 36.163 exemplaires construits, le T-34, 1er char à blindage incliné a motorisation V12 Diesel (20.000 exemplaires jusque 1945), les chasseurs YAK 3 (sur lequel l’escadrille Normandie-Niemen homologuera 273 victoires), de l’artillerie moderne (lance-roquettes Katioucha). Etc…, Bref l’industrie de guerre de l’URSS n’a pas chômé non plus. Pas de victoire sans la Russie.

        • Personne n’essaye d’occulter l’importance de l’industrie soviétique. Soviétique d’ailleurs et non russe, ce serait une grave erreur historique que de penser que c’était les Russes qui se battaient au sein de l’Armée Rouge et de l’Aviation du Front. Les combattants venaient de toutes les « républiques socialistes soviétiques ».

  3. Je parle bien des morts l’URSS et de l’industrie de guerre de l’URSS. Dont la Russie était le noyau même si son chef Staline (né Iossif Djougachvili) était Géorgien…

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