Une police municipale peut-elle posséder sa propre flotte de drones ?

Une police municipale peut-elle posséder sa propre flotte de drones ?

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Il fallait bien s’attendre à ce que la question se pose un jour ou l’autre, la démocratisation des aéronefs sans pilote a été tellement rapide. Un maire a t-il la compétence pour équiper ses services de police municipale de drones de surveillance ? Cette fois-ci il ne s’agit plus en France de science-fiction mais bel et bien d’une réalité, d’une question à laquelle les instances officielles vont devoir répondre dans les semaines à venir.

C’est à Asnières-sur-Seine, une ville de 86 000 habitants de la proche banlieue parisienne, que la polémique est née. Son maire Manuel Æschlimann a récemment annoncé, par voix de presse, son intention d’acquérir des aéronefs sans pilote pour en équiper sa police municipale. Cette dernière dispose déjà d’un maillage de soixante caméras réparties sur les près de 5 km² de superficie de la ville. Une agglomération étendue, avec un paysage urbain particulièrement varié composé de quartiers bourgeois et résidentiels autant que de cités populaires à l’habitat densifié.

La polémique existe, mais pas forcément là où on l’attendrait. Les responsables politiques locaux sont relativement d’accords sur la question. Pourtant le maire et le député (Sébastien Pietrasanta) ne sont pas du même bord politique, le premier étant Républicain tandis que le second est Socialiste. Ce dernier déclare même qu’un drone « ça peut être utile et ça doit être utilisé même si ce n’est pas la recette miracle« . Donc si ce n’est pas une bagarre politicienne, d’où vient la polémique ? De la puissante et influente Ligue des Droits de l’Homme qui souligne le risque Big Brother.

En fait à quoi pourraient bien servir ces drones ? Contrôle du stationnement ? Surveillance des zones à risques ? Maintien de l’ordre ? Lutte contre les trafics et l’économie souterraine ? Oui sûrement un peu de tout ça, sauf que la plupart de ces missions ne sont pas de la compétence d’une police municipale.

Alors ma question est la suivante, hors de toute considération politique, la dotation d’une flotte de drone au sein d’une police municipale est-elle une adaptation au monde qui évolue ou bien l’ouverture d’une boite de Pandore ?

Photo © AFP.

6 COMMENTAIRES

  1. Faut-il considérer tous les services de polices comme des Vichystes avérés ou potentiels ?
    Dans la grande majorité, pour ma part je pense que non, comme partout il y des moutons noirs ! Quand on en identifie un, alors il faut sévir et sans pitié, la démocratie doit s’imposer et pas attendre qu’on l’invite à réagir contre ceux qui ne la respectent pas.
    Il y suffisamment de rouages dans nos sociétés, comme la justice, les politiques (élus ou non), les journalistes et les citoyens pour dénoncer les dérapages. Tout n’est pas parfait dans ce monde et ne le sera jamais.
    Appliquer à tout prix le principe de précaution pour être sûr qu’il n’y aura aucun incident nous mènerait vers un immobilisme. Seuls les gens qui ont quelque chose à ce reprocher verront ces drones d’un mauvais œil.
    Si aucun des pionniers, parfois complètement dégantés, de l’aviation avaient fait de même nous serions toujours au sol en train de regarder les oiseaux voler.

    • Sauf que le jour où il y a un glissement « fascisant » (guillemets, notez bien) sociétal, quel est le garde fou ?… Je pense par exemple à la dualité police/gendarmerie. D’autant plus qu’il n’y a pas les mêmes contrôles et contraintes juridiques/hiérarchique au sein d’une police municipale que nationale.
      Pour ma part, je pense que l’affaire de la sécurité doit rester l’affaire de l’état. Car outre l’aspect orwellien de l’affaire, on risque aussi de faire une police à plusieurs vitesses avec ce glissement de compétence.

  2. Les pompiers en possédent, les particuliers aussi……alors pourquoi pas, le principe de précaution a tué l’initiative dans ce pays car certes il y aura peut être des dérives, c’est inévitable, mais faire des généralité avec quelques exemple de mauvaise utilisation c’est réducteur.

  3. L’utilisation de drones par les forces de l’ordre et certainement une bonne chose pour autant que cet emploi s’effectue dans les règles. En Amérique du nord, à ma connaissance, aucune municipalité de possède de drone mais un achat éventuel ne devrait pas poser de grandes objections. Nos policiers, peut importe le corps de police auxquels ils appartiennent, sont tous munis d’une arme de poing. Au Canada et aux Etat-Unis, le cumul des mandats est interdit. Je comprends respectueusement que l’organisation des forces de polices et de votre système de politique en France transparaissent bien dans ce débat. L’emploi des drones pour de fins de sécurité ne devrait-il pas être débattu de manière sereine et en tenant compte de la sécurité des citoyens?

    • Pour bien comprendre l’intérêt de la question sur la dotation de drones par une police municipale, il faut savoir Simon que de ce côté ci de l’Atlantique les polices municipales sont en fait relativement récentes dans leur acceptation actuelle. Cette dernière date de 1978. Nous en sommes d’ailleurs encore à nous demander, et ce sans distinction politique, si nous devons ou non armer ces policiers. La France demeure en fait une nation très jacobine, où la force publique demeure avant tout une fonction régalienne de l’état. La France possède d’ailleurs deux forces de l’ordre rattachées au pouvoir : la police nationale (civile) et la gendarmerie nationale (militaire) qui assurent des missions très variées.
      Il n’est donc pas anodin que cette future dotation de drones par une police municipale suscite interrogations et craintes, comme lors des premières dotations de motos ou de brigades équestres par ces dernières.

  4. Je vous remercie pour vos explications et vous avez en effet tout un débat régler! J’écoute régulièrement le journal de France 2 grâce à TV5 Québec Canada. J’ai été étonné de voir vos policiers municipaux non-armé contrairement à leurs homologues nord-américains qui sont fortement armés et dont certains corps policiers disposent d’aéronefs à voilure tournante. La Sûreté du Québec est le corps de police de l’État du Québec depuis 1870. Elle dispose de 3 hélicoptères: un Bell 206 LT, un Bell 206 B et un Bell 412 EP, permettant ainsi à la SQ de couvrir une superficie de plus de 1 600 000 km&sup2.
    Très cordiales salutations d’un lecteur d’Outre-atlantique.

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