Robert «Bob» Morane : pilote émérite et aventurier

Robert «Bob» Morane : pilote émérite et aventurier

Récemment, je vous informais de l’écrasement tragique d’un hydravion dans la région de Manicouagan au Québec. Paradis des pêcheurs et chasseurs sportifs, ce vaste territoire sauvage n’est accessible que par quelques routes forestières et évidemment par la voie des airs grâce aux avions de brousse qui disposent de milliers de lacs pour s’y poser. Il faut savoir que Manicouagan c’est aussi un nom mythique dans l’imaginaire collectif québécois. Pour le bénéfice de nos lecteurs hors Québec, voici quelques faits sur cette contrée de géants.

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Lac-réservoir Manicouagan en hiver vu de l’espace

Parfois surnommé «Œil du Québec», le lac-réservoir Manicouagan occupe l’un des plus grands cratères météoritiques de la planète. Le complexe hydroélectrique Manic-Outardes aménagé sur les rivières Manicouagan et aux Outardes fut l’un des premiers mégaprojets de la société d’état Hydro-Québec et un symbole fort de la Révolution tranquille. Les travaux réalisés pour harnacher la puissance de la rivière Manicouagan ont nécessité la construction d’une série de barrages, dont Manic-5 est le plus spectaculaire et pour cause. Inauguré en 1968, il s’agit du plus grand barrage à voûtes multiples et à contreforts du monde. L’épopée des bâtisseurs de ces ouvrages colossaux, édifiés dans une contrée si isolée, a également inspiré l’une des plus belles chansons du Québec. Composée par Georges Dor, la Complainte de la Manic, prend la forme d’une simple lettre d’un ouvrier mélancolique éloigné de sa belle.

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Barrage Manic-5

C’est sur cette toile de fond que se déroule aussi l’une des nombreuses aventures de Bob Morane relatée dans le roman Terreur à Manicouagan. C’est à lecture de ce livre que j’ai découvert pour la première fois celui qui, avec Dan Cooper, allait devenir l’un de mes héros d’enfance. Certains lecteurs se demanderont sûrement qui est donc Bob Morane ?

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Orphelin de père et de mère, Robert Morane a d’abord été élevé en Bretagne par une vieille tante. Il passait ses vacances d’été chez son oncle dans le Massif central. Déjà doté d’une carrure athlétique à seize ans, le Français au visage osseux et aux cheveux coupés en brosse s’enfuit en 1942 de la France occupée et s’engage dans la Royal Air Force (RAF) en se faisant passer pour plus vieux. Surnommé «Bob» par ses frères d’armes anglophones, le jeune pilote de chasse talentueux franchit rapidement les échelons et devient Flying Commander. Bob Morane sera le pilote le plus décoré de France avec 53 victoires aériennes confirmées. Démobilisé à la fin de la guerre, il complète des études d’ingénieur en aéronautique et devient, pendant un certain temps, pilote d’essai dans l’Armée de l’air française. L’appel du vaste monde sera toutefois le plus fort. Lorsqu’il ne parcourt pas la planète, il habite quai Voltaire à Paris, ou un vieux monastère en Dordogne. De temps à autre, il se retire aussi dans son refuge isolé et édénique des Andes, la Vallée du Lac Bleu.

Intitulée La Vallée infernale, la première aventure du célèbre héros français fut publiée en 1953 par les Éditions Marabout Junior. L’action se déroule en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Bob Morane est pilote dans une compagnie aérienne qui transporte des marchandises vers l’intérieur sauvage de l’île. Un jour, il prend à bord de son B-25 Mitchell trois passagers désirant survoler une vallée merveilleuse mais dangereuse. Le premier prétend vouloir prendre des photos, et les deux autres survoler l’endroit où leur bombardier s’est écrasé durant la guerre. En réalité, ils veulent voler les yeux d’émeraude d’une statue adorée par les pygmées Négritos…

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Henri Vernes et Bob Morane

L’auteur belge Henri Vernes ne se doutait sûrement pas qu’il avait rédigé la première d’une série de plus de 200 aventures de Bob Morane. Héros d’un genre nouveau, grand voyageur et justicier toujours prêt à combattre les forces du mal, cet humaniste est également déjà à cette époque un ardent protecteur de la nature. Au fil de ses aventures se déroulant aux quatre coins de la planète, Bob Morane a l’occasion de piloter divers aéronefs ainsi que de confronter les méchants qui en font mauvais usage. Ainsi, dans Terreur à Manicouagan, une puissance étrangère veut la ruine de cette œuvre gigantesque Mais Bob Morane interviendra pour conjurer la menace. Avec l’aide de son fidèle compagnon d’aventures, Bill Ballantine, il abat à coups de carabine un avion qui menace l’un des barrages… Ce ne fut pas le seul séjour de Bob Morane au Québec, puisqu’il s’y déroulera deux autres aventures : Le Diable du Labrador et Des loups sur la piste.

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Bill Ballantine et Bob Morane

Tel que décrit dans le roman Alerte aux V1 publié en 2009, la première rencontre entre Bill et Bob remonte à la guerre. Doté d’une force colossale, le costaud écossais roux est lui-même un pilote aguerri et expert mécanicien. Il surnomme son illustre compagnon « Commandant » en référence aux états de service de Bob Morane dans la RAF. Morane le rectifie toujours avec un : « Tu sais bien que la guerre est finie et que je ne commande plus rien du tout », auquel Bill répond invariablement par : « Je sais, Commandant ».

À mon tour, je dis : « Vous serez toujours le bienvenu au Québec, Commandant Morane ! »

Marcel
Fils d’un militaire de l’armée de l’air canadienne (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l'aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.

9 COMMENTAIRES

  1. J’apprécie toujours beaucoup la qualité et la fraîcheur de vos articles . Pour moi, ce furent Buck Danny et Dan Cooper qui participèrent à mon éveil aéronautique.
    Vive le Québec comme disait (maladroitement) un certain général!

    • En fait, le général en question avait dit « Vive le Québec libre ! » Mais du point de vue des anglophones canadiens, ce fut évidemment jugé très maladroit, et soulevé l’enthousiasme des nationalistes Québécois… La France a par la suite adopté la formule diplomatique nébuleuse de « non ingérence, non indifférence »…

  2. Bravo Marcel, votre article évoque plusieurs souvenirs personnels. Henri Vernes est venu au Québec à plusieurs reprises durant les années ’60. Il a écrit 2 autres aventures de Bob Morane « Le diable du Labrador » ,1960, et « Des loups sur la piste » 1980 qui se déroulent en Amérique du nord.Je me souviens de sa visite à Québec en 1964[j’avais 11 ans] et de la présentation du premier film de Bob Morane « Le club des longs couteaux » au Collège des Jésuites, le samedi 11 avril. Et de son apparition en direct à la télévision de Radio-Canada le 4 janvier 1969 pour remettre un prix à un jeune adolescent gagnant « d’un jeu-questionnaire sur Bob Morane dans le cadre de l’émission « Tous pour un » ». référence Jacques Hellemans a rédigé une très rigoureuse étude exhaustive « L’épopée des Éditions Marabout au Québec (1951-1973) » https://www.erudit.org/revue/documentation/2013/v59/n4/1019218ar.htmPour tous ceux et celles qui désirent en savoir davantage sur l’auteur et l’aventure des Editions Marabout au Québec je vous recommande la lecture de l’article de Jacques Hellemans et de Québec-Sciences « Bob Morane, ingénieur aventurier » paru en avril 2004 http://www.imaginaire.ca/BobMorane/DS-QuebecScience.htm
    Et je me rappelle de la lecture des Marabouts junior et des Marabouts Flash au format carré d’environ 114 mm dont le numéro 9. Les fusées Des missiles aux véhicules spatiaux… (Aviation)
    Rédacteur Wim Dannau, Illustrations (des chapitres) -; Couverture –
    ®Marabout Flash, ©Editions Gérard et C°, Verviers, 1959/146. Plusieurs titres furent publiés ayant pour sujet de l’aéronautique et du monde maritime.
    La construction de la centrale hydroélectrique Manic-5, le Métro de Montréal et l’Exposition universelle de 1967 sont des symboles de la Révolution tranquille qui débuta en 1960 au Québec.

  3. Bravo Marcel pour vos explications qui évoquent bien des souvenirs personnels. J’ai en mémoire la visite de Henri Vernes à la ville de Québec en 1964 et de la présentation du premier film de Bob Morane « Le club des longs couteaux » auquel j’ai assisté au Collège des Jésuites le samedi 11 avril. Il faut absolument mentionner le rôle déterminant de Dimitri Kazanovitch, dit Kasan, diffuseur des Éditions Marabout au Québec de 1951 à 1973. Visionnaire, Dimitri Kasan « convaincra Henri Vernes, père de Bob Morane, de visiter le Québec des grands chantiers hydroélectriques pour y camper l’intrigue de l’une de ses aventures (Terreur à la Manicouagan). Il persuadera aussi le hockeyeur Jean Béliveau de devenir le porte-parole des Éditions Marabout. Car Dimitri Kasan croyait ferme au bien-fondé de la diffusion de masse de ces ouvrages à prix modique au sein de la société québécoise: référence: « http://www.bibl.ulaval.ca/expositions_bul/exposition-dimitri-kasan Pour ceux et celles qui désirent en savoir davantage, je vous recommande la lecture sur format PDF de Jacques Hellemans « L’épopée des Éditions Marabout au Québec (1951-1973) » référence https://www.erudit.org/revue/documentation/2013/v59/n4/1019218ar.html Et je ne peux pas passer sous silence la chouette collection des Marabouts Flash au format carré d’environ 114 mm. Plusieurs titres ont pour sujet le monde maritime et aéronautique. Le numéro 9 rédigé par Wim Dannau avait pour titre « Les fusées Des missiles aux véhicules spatiaux… (Aviation) »Rédacteur Wim Dannau, Illustrations (des chapitres) -®Marabout Flash, ©Editions Gérard et C°, Verviers, 1959/146 référence le site web http://fiat850.free.fr/marabout.flash/catalogue.htm Nous pouvons encore nous les procurer sur le marché usagé du web. Agés de plus de 50 ans, ceux-ci sont attrayant à lire.
    Bonne lecture!

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