Les compagnies aériennes officielles sont généralement des entreprises à l’image de marque internationale lisse et assez forte : Air Canada, Air France, British Airways, Iberia, ou encore Lufthansa sont tellement réputées qu’elles se suffisent généralement à elle-même question publicité. Mais alors que se passe t-il quand vous êtes responsable de la compagnie aérienne du pays le plus fermé du monde ? Pour le savoir il suffit de se plonger au cœur d’Air Koryo, la compagnie porte-étendard de la République Populaire Démocratique de Corée. En fait vous allez vite vous en rendre compte c’est un véritable voyage dans le temps, quelques décennies en arrière quand Est et Ouest s’affrontaient, bloc marxiste contre bloc capitaliste.

Car sans tomber dans une caricature trop évidente le régime nord-coréen, actuellement dirigé d’une main de fer par un dictateur joufflu et bedonnant de 33 ans lui-même fils et petit-fils de dictateur, est terriblement seul et ce ne sont pas les maigres accords avec Pékin qui vont le sauver à long terme. Kim-Jung-Un (le joufflu en question) est tellement grotesque avec ses menaces permanentes contre le reste du monde (menaces pour le coup moins farfelues qu’il y parait puisque le bonhomme a sa propre bombe atomique) qu’il a réussi le tour de force de se mettre presque tout le monde à dos. Même la Chine et Cuba, pourtant les deux dernières puissances marxistes sur la planète, n’ont plus de réels intérêts diplomatiques avec lui.

Alors bien sûr dès que le dictateur fait un pet de travers l’Amérique lui envoie au large sa 7ème Flotte avec porte-avions, navires de débarquement, et bâtiments de guerre lourdement armés. Sans compter les bombardiers furtifs Northrop B-2A régulièrement stationnés à distance de sécurité et qui font des jolis survols de proximité.
Mais comme tout ça est un gigantesque jeu de dupes, personne ne tire le premier, et chacun en reste à montrer à l’autre la taille de… ses bras.

Du coup vers qui pourraient bien avoir envie d’aller les braves citoyens nord-coréens ? En fait personne. Les Nord-Coréens n’ont quasiment pas de passeport, seuls moins de 3% de la population en possède. En même temps refiler des passeports à une population totalement sous le joug d’une dictature ultra-sécuritaire, reviendrait pour Kim-Jung-Un à se tirer une balle dans le pied. Les gens partiraient, mais tous n’auraient pas le goût de revenir.
Du coup la compagnie Air Koryo fait surtout des vols intérieurs. Dans un pays qui n’excède nul part les 600 kilomètres.

Ilyushin Il-62, le long-courrier selon Air Koryo.
Ilyushin Il-62, le long-courrier selon Air Koryo.
En fait à l’internationale cette compagnie n’a pas beaucoup de destinations possibles : une dizaine en Chine, plus Moscou et Vladivostok une fois de temps en temps et c’est tout. Au cas où elle aurait des velléités de venir en Europe ça n’arrivera pas ses avions sont interdits de séjours dans l’espace aérien de l’Union Européenne, et pour cause ils devraient pour la majorité d’entre-eux se trouver dans les collections d’un musée X ou Y. Car là est le principal problème d’Air Koryo : sa flotte commerciale est ultra-vieillissante. La quasi totalité de ses avions a été commandée du temps de l’Union Soviétique, et les seuls achetés après la chute du communisme le furent parce qu’aucun avionneur occidental ne voulait d’Air Koryo comme client.

Le luxe à la sauce nord-coréenne à bord d'un Il-18 d'Air Koryo en 2012.
Le luxe à la sauce nord-coréenne à bord d’un Il-18 d’Air Koryo en 2012.
Sur vingt-quatre avions en dotation très peu aurait la possibilité de se poser sur un de nos aéroports. Peut-être à la limite les plus modernes de leurs avions, deux biréacteurs Tupolev Tu-204 livrés en 1996 et 1998, et deux Antonov An-148 livrés par l’Ukraine en 2012. Le reste est composé d’avions d’ancienne générations Ilyushin Il-62, Tupolev Tu-134 et Tu-154 ainsi que deux modèles d’avions à turbopropulsion Antonov An-24 et Ilyushin Il-18. Trois archaïques Antonov An-2 assurent encore des vols intérieurs dans des conditions de sécurité certainement proches de zéro.
Il convient d’ajouter les trois avions-cargos Il-76 Candid, en réalité mis à disposition en permanence des militaires.

Antonov An-24 et Ilyushin Il-76 aux couleurs"civiles" nord-coréennes.
Antonov An-24 et Ilyushin Il-76 aux couleurs »civiles » nord-coréennes.
Jusqu’au début des années 2010 la compagnie disposait aussi deux hélicoptères Mil Mi-4, mais ceux-ci semblent désormais cloués au sol. En même temps transporter des passagers sur Mi-4, ça relève de la folie absolue, c’est comme si en Europe ou en Amérique du nord des compagnies aériennes utilisaient actuellement des Blackhawk. Un hélicoptère d’assaut n’est pas fait pour transporter des passagers ayant payé leur billet.

En fait l’une des tristes réalités de cette compagnie réside dans le fait qu’aucun organe international de sécurité aérienne ne contrôle jamais ses avions. Du coup on ignore leur niveau réel. Cependant aux vues de l’état général de l’industrie aéronautique nord-coréenne il y a peu de chances que ces avions soient rutilants.
Il est cependant à signaler que l’un des Il-62M est l’avion officiel du dictateur nord-coréen. Ça tombe bien, celui-ci sort très peu de son pays, étant persona non grata presque partout sur la planète.

L'un des deux seuls avions modernes d'Air Koryo, un Antonov An-148 de facture ukrainienne.
L’un des deux seuls avions modernes d’Air Koryo, un Antonov An-148 de facture ukrainienne.
Alors si au cours de vos pérégrinations vous passez par la Russie ou la Chine et que vous voyez un coucou d’Air Koryo, un conseil : dégainez votre appareil photo car les clichés de la compagnie ne sont pas légions. Bon par contre je ne saurais que trop vous conseiller de ne pas monter à bord.

Photos © Wikimédia Commons.

 

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