Donald Trump s’est-il transformé en Père Noël pour les militaires saoudiens ? Oui et non à la fois. Si sur le papier les industries aéronautiques et défenses américaines enlèvent bien environ 110 milliards de dollars de contrats avec l’Arabie Saoudite il semble en contrepartie qu’aucun rabais n’ait été consenti par la Maison Blanche. Après tout l’actuel Président des États-Unis demeure un homme d’affaire et comme dit l’adage : «business is business».

Alors on passera sur les relations détendues entre Washington et Ryad. Surtout que ce déplacement officiel américain se faisait le lendemain d’une élection présidentielle iranienne cruciale pour l’équilibre des forces au Proche et Moyen Orient, qui a vu la victoire du président sortant Hassan Rohani souvent présenté comme modéré.
Impasse aussi sera faîte sur les contrats d’armement terrestre et navals pour s’intéresser à ce qui nous touche directement sur ce site : l’aéronautique de défense.

Disons-le clairement pas d’info fracassante, rien de transcendant, et celles et ceux qui espéraient l’annonce d’une commande saoudienne du Lightning II ou du Super Hornet risquent d’être passablement déçus. En fait il s’agit uniquement d’avions de reconnaissance maritime et d’hélicoptères de soutien.

Commençons donc par l’annonce d’une future commande de six à dix avions de reconnaissance maritime et de lutte anti-sous-marine Boeing P-8A Poseidon. Ces biréacteurs directement dérivés de l’avion de ligne 737 viendraient combler un vide flagrant dans l’arsenal saoudien qui ne possède aucun avion de patmar, ni dans son aviation ni dans sa toute petite aéronavale. Le chiffre exact des avions commandés demeure aujourd’hui encore inconnu.

En fait les commandes passées par l’Arabie Saoudite semblent surtout s’axer autour des hélicoptères de transport. Ainsi un lot de 48 Boeing Vertol CH-47F Chinook sera acquis en deux temps. Dans le premier une partie de hélicoptères birotors sera livré au standard actuel tandis qu’à partir de 2022 le reste de la commande le sera au standard Block 2. Ces hélicoptères permettront là encore de combler un vide réel au sein des forces saoudiennes, notamment pour le compte des forces spéciales. Les Chinook seront versés à la Royal Saudi Army.

Mais la vraie grosse commande est sans nul doute celle qui prévoit l’acquisition de 140 à 150 Sikorsky S-70 Blackhawk. Ceux-ci seront construits en partie sous licence locale par l’industriel Taqnia Aeronautics, par ailleurs déjà associé à Antonov dans le développement de l’An-132 de transport tactique. Ces hélicoptères permettront notamment la mise à la retraite des derniers Bell 212 de transport d’assaut encore en dotation dans les rangs de la Royal Saudi Air Force tandis que la majorité rejoindra la Royal Saudi Army.

C’est tout de même donc un très beau contrat pour Boeing et Lockheed-Martin (maison mère de Sikorsky) mais sans cependant atteindre des sommets. Certains attendaient des Saoudiens une commande pour une nouvelle génération d’avions de reconnaissance tactique, pour des drones de combat, voire même pour un hélicoptère d’entraînement. Il n’en a rien été.

Photo © US Navy.

1 COMMENTAIRE

  1. Commander des F35 ou des Super Hornets aurait été assez étonnant, en effet leur composante « chasse » est largement à jour avec la commande récente des 84 F15SA flambant neufs (à capacité SEAD rappelons-le avec les AGM88 HARM) et la mise au même niveau de plusieurs dizaines de F15 plus anciens, sans parler des quelques 70 Typhoon arrivés il y a encore peu. Restent les Tornado à remplacer bientôt, mais les F15 bien plus polyvalents prendront avantageusement le relai, et ils auront alors plus de 220 avions de combat de premier ordre, avec Awacs et ravitailleurs, ce qui les placera parmi les armées de l’air les plus crédibles du monde.

    Mais désormais, avec ce méga contrat portant majoritairement sur les hélicos, les Saoudiens semblent s’orienter résolument dans une composante aéroportée en rapport avec l’armée de terre (appui / transport des troupes / forces spéciales), ce qui, avec le renouvellement de la quasi totalité de leur aviation de combat, ne manque pas de soulever quelques réflexions au plan géopolitique sur la façon ont le royaume envisage l’avenir dans la région (pessimiste et belliqueux j’en ai bien l’impression…). Les P8 ne feront que boucler la boucle : désormais les Saouds ambitionnent d’être autonomes sur tous les points de la composante aérienne.
    Nul doute que la situation au Yemen met en exergue quelques lacunes qu’ils cherchent désormais à combler.

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