Remplacer un avion efficace est souvent loin d’être une sinécure. C’est certainement ce que sont en train de découvrir depuis quelques années les ingénieurs russes. Dernier écueil en date leur volonté de trouver un successeur digne de ce nom à l’intercepteur biréacteur lourd Mikoyan MiG-31 en service depuis l’époque soviétique et qui commence à montrer des signes de fatigue. Les récents accidents de l’avion en attestent, autant que son interdiction temporaire de vol l’an dernier.

Le futur avion sur lequel ils travaillent depuis quelques années est connu actuellement en tant que MiG-41. Essayons d’y voir un peu plus clair à son propos. Car le MiG-41 a semble t-il été dans la majorité des conversations au cours du salon aéronautique russe MAKS 2017 qui vient juste de se terminer à Moscou. Et chacun des nombreux médias pro-Kremlin présents y sont allés de leurs commentaires à son sujet.

Si on en croit leurs analyses et articles le futur avion de combat serait prévu pour réaliser son premier vol en 2020 pour une entrée en service opérationnel à l’horizon 2028-2030.
Mais au fait à quoi ressemble t-il ce MiG-41 ? Alors là c’est le flou le plus complet. Tout au plus on annonce qu’il sera furtif, de cinquième génération, et capable de damer le pion à n’importe quel avion occidental. Excusez du peu. Les propagandistes pro-russes n’hésitent pas non plus à clamer haut et fort qu’il dépassera la vitesse de Mach 4 et disposera d’une super croisière aux alentours de Mach 2.5.
Pour mémoire le Mikoyan MiG-31 «ne dépasse pas» la vitesse maximale de Mach 2.83 c’est à dire 3000 km/h à l’altitude de 17500 mètres. Ce qui en fait toujours le deuxième avion de combat le plus rapide au monde après le Mikoyan-Gurevitch MiG-25 qu’il remplaçait.

Alors une vitesse dépassant les 4000 km/h à haute altitude est-elle crédible dans l’état actuel des capacités industrielles de la Russie ? À priori oui, mais dans un but qui semble encore assez peu compréhensible. Car aucun avion de reconnaissance ou de combat dans les forces de l’OTAN ou appartenant à la Chine ne vole à cette vitesse. Ou alors les Russes cherchent-ils à intercepter le très très hypothétique Northrop-Grumman TR-3 Black Manta… En outre un avion qui file à une telle vitesse, ça doit être un véritable cauchemar pour son pilote ou son équipage à faire virer.

Au final le Mikoyan MiG-41 existe t-il ailleurs que dans l’imaginaire de certains ? À coup sûr je dirais oui, au moins sur les planches à dessins de quelques artistes et dans les disques durs des PC de l’avionneur. Pour le reste j’y mettrais pas ma main au feu.
Reste qu’un tel avion risque bien, s’il existe un jour de passionner les foules !

Photo © Wikimédia Commons.

6 COMMENTAIRES

  1. C’est intéressant, car la semaine passée le Mig 31 était au contraire largement à l’honneur, ayant, selon les officiels russes, intercepté un missile de croisière de type kh-55 volant bas, et ce à 10km de distance. Bon, la vidéo diffusée ne montrait rien de probant, mais laissons le bénéfice du doute (on y voit un Mig-31 décollant sans charges apparentes sous les ailes ni le ventre, quelques vues du cockpit en vol, une trainée de fumée causée par le départ d’un missile, puis l’appareil atterrissant). Tout à fait envisageable vu la puissance de son radar (qui possède un mode de détection vers le bas), et le caractère subsonique de tels missiles de croisière.

    Il est vrai cependant que cette flotte d’appareils souffre malgré les modernisations, et le rôle qu’elle tient dans l’interception et surtout à mon sens la destruction à très longue portée des objectifs aériens à haute valeur stratégique (type AWACS / ravitailleurs / avions-cargo) avec le missile R33 devra tôt ou tard être repris par un successeur.

    • Ah oui ? Tiens c’est bizarre parce que la Russie ne possède aucun chasseur de 5ème génération opérationnel. Donc j’aimerais savoir comment selon vous Ratel la chasse russe pourrait être la meilleure au monde et donc surpasser les F-22A Raptor américains, Typhoon britanniques, et Rafale français ?

      • D’accord avec vous Arnaund…
        Le sukhoi T-50 peine à rentrer en service si je ne m’abuse alors que du côté américain le Raptor est entré en service il y a déjà une dizaine d’années. Les pilotes « de 5eme génération » américains ont déjà 10 ans d’expérience sur le Raptor et ses évolutions.
        Et le F35 (sujet qui fâche souvent) entre quant à lui en service…

        De mon point de vue les russes n’ont même pas une chasse de 5eme de génération, donc de la à la qualifier de « la meilleure du monde » il faut rester réaliste.

        Cordialement

  2. Je me demande à quoi servirait ce genre d’avion aujourd’hui. Il y a 50 ans pour intercepter les avions espion ou bombardiers stratégique ennemis d’accord mais actuellement les missions d’espionnage les plus risqués sont effectuées grâce aux satellites et les bombardiers ont laissés place aux missiles balistiques.

    • Comme je le disais dans mon commentaire précédent, dans un hypothétique conflit purement conventionnel, la capacité d’interception à haute vitesse et à très longue portée du Mig31, avec ses énormes missiles R33 (300km de portée pour la dernière version) et son puissant radar en feraient aujourd’hui surtout une menace pour ce que l’on appelle les aéronefs à haute valeur stratégique. Des appareils multimoteurs coûteux et vulnérables avec peu de capacités d’évasion face aux missiles, tels AWACS, avions de renseignement électronique (RC135), les ravitailleurs (MRTT / KC135), patrouilleurs maritimes (P8, P3) et autres avions-cargo (C5 C17 C130 A400M…). Sans oublier les bombardiers lourds de type B1 et B52, puisqu’ils font toujours partie de l’arsenal américain. Tous ces appareils sont des cibles de choix en cas de conflit dans les deux camps, mais particulièrement pour les Russes depuis la guerre froide (maîtriser / contrôler l’espace aérien leur aurait été indispensable pour réussir une avance blindée en Europe, les AWACS de l’OTAN étaient donc des objectifs ultra-prioritaires et les abattre était un des rôles dédiés aux Mig25 puis 31, en-dehors de casser du bombardier stratégique).

      Mais dans la doctrine aérienne moderne, il est certain que les intercepteurs purs ont perdu de leur intérêt, la plupart des munitions étant tirées désormais par n’importe quel chasseur à distance de sécurité, et non d’importantes vagues de bombardiers lourds devant survoler leurs objectifs. Regardons feu l’intercepteur F14 qui avait dans les années 90 troqué ses Phoenix contre des GBU, mais n’a jamais su devenir chasseur multirôle.
      A mon avis, c’est dans les missiles et les radars que résident désormais les capacités « d’intercepteur », bien plus que dans une cellule spécifique taillée pour la vitesse. Ajouter à l’arsenal des Flankers les plus récents le R-33 (ou son successeur) serait à mon sens plus pragmatique -et réaliste !- que le développement d’un hypersonique porte-missiles à longue portée. Parce que bon, soyons sérieux, le T50 n’avance pas vite (même pas 10 appareils, et toujours en test / évaluation), et avec le projet de bombardier stratégique furtif PAK-DA, plus la dotation annuelle en SU35, 34 et bientôt Mig 35, cela fait beaucoup de chantiers en cours pour l’armée de l’air russe.

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