Voilà une info qui a quelque peu désarçonné l’opinion publique américaine et surpris (pour ne pas dire effrayer) ceux qui en ont été témoins. Ce mercredi 9 août 2017 un avion de reconnaissance stratégique russe Tu-154M-ON a, avec l’accord des militaires américains, survolé à basse altitude le Pentagone et le Congrès ; c’est à dire le cœur institutionnel des États-Unis. Le triréacteur réalisait cette mission dans le cadre de l’accord international Open Skies signé le 24 mars 1992 par trente-quatre pays différents.

Cet accord prévoit des vols d’observation non armé des territoires des pays signataires par des avions militaires appartenant aux autres pays signataires. En fait il s’agit surtout de s’assurer que ceux-ci ne développent pas en secret des programmes liés aux armes de destruction massive et notamment aux armes nucléaires. Les États-Unis et la Russie, mais aussi des pays comme l’Allemagne, la Belgique, la France, le Royaume-Uni, ou l’Ukraine en sont de fidèles participants.

Actuellement la Russie aligne trois avions pour ces missions : le  Tupolev Tu-154M-ON utilisé ce mercredi mais aussi deux biréacteurs Tu-214ON, des avions proches dans leur définition des Airbus A321 et Boeing 757 occidentaux. Mais dans une version truffée d’électronique à bord. Il est d’ailleurs à noter que c’est une des dernières fois que le triréacteur survolait le territoire est-américain : il doit quitter le service actif à la fin de l’année.

Or ce qui a surpris aux États-Unis c’est bien le fait que le district de Columbia fut survolé si bas par un appareil ressemblant à ce point à un avion de ligne. Les stigmates du 11 septembre 2001 sont encore très présentes dans cette partie du pays. Mais surtout de nombreux badauds ont remarqué les marques de nationalité russe, et immédiatement les centraux téléphoniques du 911, l’équivalent américain de notre police-secours, ont été submergé d’appels.

Malgré la présence à bord de l’avion russe d’officiers américains certaines voix se sont élevées aux États-Unis, parmi lesquelles celle très remarquée du général Vincent Stewart, pour dénoncer ce vol et celui qui doit avoir lieu mercredi prochain. L’actuel patron de l’agence du renseignement militaire américain (la très discrète DIA) estime que le Tu-154M-ON volait de manière à pouvoir observer des installations militaires n’ayant rien à voir avec Open Skies mais d’importance stratégique pour les États-Unis et donc d’un intérêt premier pour le renseignement russe.

Et c’est bien là toutes les limites de ce jeu de dupes qu’est devenu Open Skies depuis plusieurs années. Jusqu’où chacun joue le jeu et à partir de quel moment en profite t-on pour espionner les voisins ? Le même genre de questions se pose quand des sites militaires russes sont légalement survolés par l’un des trois quadriréacteurs Boeing OC-135B de l’US Air Force.

À noter que dans le plan de vol du Tu-154M-ON pour mercredi prochain il est prévu d’observer la ville de Bedminster dans le New-Jersey où se trouve la résidence de villégiature de la famille Trump. Les motifs du short de bain du Président des États-Unis ou la couleur du bikini de son épouse seraient donc devenus d’importance capitale pour le Kremlin ? D’autant qu’aucun site majeur pour la défense américaine ne se trouve dans le secteur.
Enfin il est intéressant de savoir que durant tout ce dernier vol le transpondeur de l’avion russe a parfaitement fonctionné…

Photo © Wikimédia Commons.

1 COMMENTAIRE

  1. Ce type de survol « autorisé » peut également permettre aux Etats Unis de scruter, de mesurer et d’écouter de près, les signaux émis par les avion espions russe en plein action, afin d’en évaluer les capacités. C’est en quelque sorte le jeu de l’observateur observé.
    Cette pratique n’est pas nouvelle, l’espionnage mutuel autorisé est une longue tradition datant de la guerre froide, chaque camp acceptant sur son territoire la présence d’observateurs officiels, et chacun espérant observer d’avantage que ce qui est autorisé.

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