Dans la maelstrom médiatique engendré par l’annonce du partenariat Airbus/Bombardier pour la famille des avions CSeries, la collision entre un drone et un avion commercial dans le ciel de Québec n’a pas retenu l’attention bien longtemps. Pourtant, il s’agit d’une première en Amérique du Nord. Cela confirme les craintes de bien de spécialistes de la sécurité de l’aviation dont certains qualifient la prolifération des drones grand public de véritable fléau.

Cela s’est produit le 12 octobre dernier lorsqu’un appareil Beechcraft King Air 100 de l’entreprise Skyjet, avec six passagers et deux membres d’équipage à bord, effectuait sa descente d’atterrissage à l’Aéroport Jean-Lesage de Québec. À trois kilomètres de la piste et à plus de 450 mètres d’altitude, les pilotes ont vu le drone percuter le bout de l’aile gauche de leur avion qui a pu tout de même se poser sans encombre. L’inspection de l’aéronef a par la suite révélé seulement quelques égratignures. Donc bien plus de peur que de mal.

Beechcraft King Air 100 de Skyjet

Cet incident soulève à nouveau la question de la vulnérabilité des avions face à des collisions plus sérieuses avec des drones pendant les phases cruciales de l’atterrissage et du décollage. Seulement en 2016, ce sont plus de 130 occurrences répertoriés de drones à proximité d’avions en vol qui ont été compilées au Canada. Ce phénomène n’est pas unique à ce pays.

Pourtant, selon les règles déjà en vigueur au Canada, l’usage d’un drone à des fins de loisirs est interdit dans un rayon de moins de 5,5 kilomètres autour de tout aéroport ou hydrobase et à plus de 300 pieds au-dessus du niveau du sol (environ 90 mètres). En cas de non-conformité, une amende pouvant aller jusqu’à 25 000$ et la possibilité d’une peine d’emprisonnement sont prévues. Pas surprenant donc que le propriétaire du drone fautif ne s’est pas encore manifesté. Le Service de police de la Ville de Québec est toujours à sa recherche. Cet individu négligeant pourrait invoquer sa méconnaissance des règles, car actuellement aucune formation n’est requise pour les amateurs de ces «jouets» en vente libre. Cela pourrait changer dès 2018, car le gouvernement fédéral tient actuellement une période de consultation publique sur le resserrement des règles qu’il souhaite adopter. Une formation obligatoire de tout utilisateur de drone ainsi que l’enregistrement obligatoire de ceux-ci seraient requis.

Certains fabricants de drones prônent plutôt la géolimitation de leurs appareils. Il est en effet possible de programmer le logiciel des drones pour les empêcher de voler plus haut qu’une certaine altitude ainsi que pour protéger des zones d’interdiction de vol préalablement géoréférencées comme les aéroports, prisons et autres aires sensibles. Chaque pays imposant des restrictions qui leurs sont propres, il devient toutefois pratiquement impossible de concilier ces normes disparates. Il faudrait convenir de règles mondiales uniformes, un défi de taille…

La prolifération des drones de loisir cause des maux de tête non seulement dans le domaine de la sécurité aérienne, mais aussi partout où ils deviennent des nuisances tant pour la quiétude des humains que celle de la faune sauvage. J’ai moi-même été confronté à cette réalité lors d’excursions dans des coins reculés de l’île Kauai pourtant située au bout du monde, où sont dorénavant installés des panneaux d’interdiction de drones.

Pointe de Kilauea, Kauai, Hawaii

Les drones sont toutefois une nouvelle réalité avec laquelle on doit composer. Ils constituent un outil fort utile dans nombre d’applications commerciales et une plateforme idéale pour la prise de vues aériennes spectaculaires, remplaçant à cette fin les hélicoptères beaucoup plus bruyants et coûteux. Les normes actuelles et à venir pourront certes corriger certains comportements dangereux, ou susceptibles de porter atteinte à la vie privée. Mais rien ne peut remplacer plus de civisme de la part des amateurs de drones dont certains se comportent parfois en enfants imprudents et turbulents, il faut bien le dire. Sans un changement de ces comportements, la pression sera de plus en plus forte sur les gouvernements pour restreindre l’utilisation de drones uniquement à des fins d’utilité publique.

8 COMMENTAIRES

  1. Sa fait peur ce genre de risque, sa rappelle un peu ce qui existe aussi avec les vols d’oiseaux près des aérodromes. Je voulais savoir si de tels collisions ont eux lieu en France ou en Europe?

    • Comme je suis pilote de D
      drone amateur (mais télépilote pro d’ici peu) je suis un peu au fait. En France, pas de collisions avec des avions de ligne, mais avec des hélicos privés oui (normal presque car ils ne respectent pas toujours les 150m et se trouvent dans la zone d’évolution des drones). Après il faut relativiser car il y a bien plus d’incidents aviaires au quotidien, mais cela n’intéresse pas les foules, alors qu’un drone « tueur » oui.
      Malheureusement, il existe trop d’inconscient qui font voler leur drone sans respecter les règles de la DGAC, surtout dans les survols de zone habitée ou de foule, ce qui est bien plus dangereux et fréquent

  2. Avec leur prolifération, il était inévitable qu’une telle collision se produise. Le faible prix d’achat des drones rend ceux-ci accessibles à monsieur toute le monde. Il ignore la réglementation en vigueur pour l’utilisation récréative de ces drones. Les gouvernements devront mettre en oeuvre des campagnes de sensibilisation pour l’usage des drones en plus d’établir une nouvelle réglementation plus adaptée à la situation présente. Voici le lien de Transport Canada au sujet de l’utilisation des drones: https://www.tc.gc.ca/fra/aviationcivile/opssvs/utiliser-drone-facon-securitaire-legale.html#regleme

  3. Pourtant je suis sur que dans tous les codes civiles ou pénaux, cette petite phrase assassine doit exister : Nul n’est censé ignorer la loi.
    Donc problème résolut pour la responsabilité des pilotes de drones, elle est pleinement engagée.
    Dans la cas décrit dans cet article, il s’agit certainement d’un drone de loisir, mais quid d’un drone de plusieurs kilos pris pas un avions à 200 ou 300 km/h ?
    Comme dans tous les aspects de la vie moderne, il est temps de responsabiliser les gens sur les conséquences de leurs actes. Les gens responsables ne doivent plus payer pour les inconscients.

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