Ils sont les acteurs méconnus de la guerre des nerfs qui se joue depuis plusieurs semaines entre Washington et Pyongyang. Alors que le monde entier a les yeux rivés sur les bombardiers américains qui patrouillent aux frontières entre les deux Corée c’est une toute autre partie qui se joue au-dessus des mers. Des avions de patrouille maritime Boeing P-8 Poseidon appartenant à l’aéronavale américaine surveillent, parfois de très près, les navires de commerces autant que de guerre battant pavillon de la dictature nord-coréenne. Des avions qui permettent de mieux comprendre les flux de ravitaillement de ce pays coupé du monde.

Car même si officiellement la Corée du nord ne commerce avec quasiment aucun autre pays du monde en dehors de la Chine certains navires immatriculés dans le pays prennent la haute mer. Et l’intérêt des Américains est de savoir où ils vont ou bien d’où ils reviennent. Des bâtiments civils généralement de petit tonnage, des cargos principalement, et bien entendu des bateaux de pêche !

Mais surtout ce que les Boeing P-8A Poseidon de l’US Navy surveillent, ce sont les navires de guerre nord-coréens. Et là force est de constater que les équipages américains ont fort à faire. Car si on en sait peu sur elle, la marine nord-coréenne semble plutôt lourdement équipée par rapport à son isolement. Les différentes sources donnent entre 900 et 955 navires de surface auquel il tient lieu d’ajouter entre 65 et 85 sous-marins d’attaque et cinq à six sous-marins lanceurs d’engins, tous à propulsion diesel.

Or ce sont ces derniers submersibles qui pourraient permettre, dans un futur hypothétique, à la dictature nord-coréenne de lancer ses armes nucléaires contre le Japon ou les États-Unis. Il est donc primordial pour le Pentagone et la CIA d’en savoir le plus possible sur leurs déplacements.

Cependant le gros de l’action des P-8A Poseidon, qui demeurent en permanence au-dessus des eaux internationales ou sud-coréennes, est de suivre la progression des avisos et patrouilleurs qui forment l’épine dorsale de la Chosŏn-inmingun Haegun. Pour mémoire celle-ci ne possède aucun porte-aéronefs et la majorité de ses navires ne dispose pas de capacité d’accueil d’un hélicoptère. D’ailleurs la Corée du Nord n’a même pas d’aéronavale, les rares aéronefs connus pour servir aux côtés de la marine sont les six à huit Mil Mi-14PS de lutte anti-sous-marine ainsi qu’un Antonov An-24 certainement utilisé pour des missions de reconnaissance maritime. Ils appartiennent à la force aérienne !

Même si cette mission demeure très discrète il semble désormais acquis que ce soit des P-8A Poseidon appartenant aux squadrons VP-5 et VP-16 venant de NAS Jacksonville en Floride qui sont en charge de la traque des navires nord-coréens. Pour des raisons de facilité les biréacteurs chasseurs de sous-marins sont détachés au Japon.

Photo © US Navy.

6 COMMENTAIRES

    • Il est de conception locale (classe Sinpo), un seul est achevé d’après ce que l’on peut lire ça et là sur le net.
      En terme d’âge, c’est à peu près le seul réellement récent (mais peut-on dire moderne vu le secret qui entoure le régime et la technologie dont il dispose ?) qu’ils aient en inventaire, soit dit en passant.

  1. Cependant il faut relativiser sur la marine nord-coréenne. 900 navires mais seulement 3 frégates, 70 sous-marins dont 20 de classe soviétique Roméo hors d’âge les autres sont des sous-marins de poche. Le reste des navires de surface sont en grande partie des patrouilleurs. Et puis la disponibilité des navire ne doit pas être terrible non plus.

    • C’est la réflexion que je me faisais également, pas grand-chose de moderne ou de « premier plan ».

      Une immense majorité de petits navires côtiers, lance-torpilles, mouilleurs de mines ou hovercrafts, incapables d’opérer en haute mer. 99% de leur flotte sous-marinière date d’une technologie des années 50-60, et quant aux sous-marins « lanceurs d’engins » il y a matière à relativiser, pour le moment un seul classe Sinpo sur les 6 prévus est construit, il est de conception locale diesel, emporterait seulement un (ou deux) ICBM, et ferait peu ou prou la taille des classe Kilo/Lada russes (CQDF faible endurance). Suffisamment cela dit pour frapper le Japon.
      Quant à la disponibilité, je partage votre opinion ; de toute façon la marine Nord-Coréenne a avant tout une vocation défensive / côtière qu’offensive / pleine mer..

  2. Lors de la guerre froide, plusieurs incidents se produisirent avec les appareils de patrouille américains.. Je suppose que les P-8A Poseidon reçoivent une protection aérienne afin d’éviter de tels incidents.

    • Ça c’est une bonne question ; à mon avis ils restent loin dans les eaux internationales et volent en solo, les patrouilles étant vraisemblablement quotidiennes et low profile. En tout état de cause, les navires nord-coréens n’ont pas de grosses capacités antiaériennes, et les Poseidon ont des senseurs asses modernes pour les observer de très loin. Quant à une interception aérienne pouvant mener à une collision / destruction comme cela avait pu se passer durant le guerre froide entre Navy et URSS, j’en doute quand même très fortement ; je me demande même s’il arrive aux jets nord-coréens de patrouiller au-dessus de la mer du Japon, car autant on observe -et rapporte- souvent la présence d’appareils russes / chinois dans la zone, autant eux semblent aux abonnés absents.

      C’est à opposer aux « shows of force » ponctuels menés conjointement par l’USAF et la ROKAF, avec B1B lourdement escortés par F15-16-35, qui eux sont clairement là pour montrer les muscles. Soit dit en passant, depuis que Kim a menacé d’abattre tout bombardier US qui s’approcherait de ses côtes, même dans les eaux internationales, la situation semble s’être un peu calmée de part et d’autre.

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