Boeing a entrepris une vaste opération de relations publiques pour tenter de redorer son image sérieusement ternie au Canada et en Grande-Bretagne suite à sa guerre commerciale contre l’appareil Bombardier CSeries. Manifestement, les stratèges de Boeing n’avaient pas anticipé qu’il en résulterait un partenariat entre Bombardier et Airbus, l’ennemi européen déjà implanté en sol américain et maintenant canadien.

Le Gouvernement du Canada a également retiré Boeing de la liste de ses «partenaires de confiance» et mis à exécution sa menace d’annuler l’achat de 18 appareils Boeing Super Hornet envisagé comme mesure intérimaire, le temps de sélectionner le successeur pour la flotte vieillissante de CF-188 Hornet de l’Aviation royale canadienne (ARC). Le Canada vient plutôt d’annoncer l’acquisition de 18 Hornet australiens usagés. Moins coûteux que des avions neufs, ces appareils sont pratiquement identiques à ceux déjà en usage au Canada. Leur entretien et mise à niveau pourra être assuré par L3 MAS située à Mirabel au Québec. Cette entreprise a une longue expérience dans l’entretien et la mise à niveau des appareils Hornet canadiens, faisant également affaires avec la Royal Australian Air Force (RAAF).

F-18 Hornet de la RAAF

C’est un juteux contrat que Boeing perd ainsi, de même que l’espoir de voir son Super Hornet remporter éventuellement le concours visant à renouveler l’ensemble de la flotte des avions de combat de l’ARC. En effet, le gouvernement canadien qui a le même jour fait l’annonce du lancement d’un nouvel appel d’offres pour l’achat de 88 nouveaux avions de combat, y ajoute une nouvelle exigence soit la mesure de l’impact global de chaque soumissionnaire sur les intérêts économiques du Canada. Le gouvernement du Canada a déjà clairement indiqué qu’il ne ferait plus affaire avec Boeing tant que l’entreprise s’entête à nuire aux intérêts canadiens.

Secrètement, les dirigeants de Boeing doivent commencer à vouloir trouver une porte de sortie qui leur permettrait de ne pas trop perdre la face, puisque un autre contrat juteux pourrait leur échapper. Boeing avait déjà entrepris des démarches de promotion de son appareil P-8 Poseidon auprès du Canada qui devra remplacer d’ici 2030 sa flotte de Lockheed CP-140 Aurora. L’État-major de l’ARC a déjà indiqué sa préférence pour un appareil «Made in Canada» qui pourrait être développé sur la plate-forme du CSeries. Certains lui ont même déjà trouvé un nom, soit Argus II en hommage au Canadair Argus, un vétéran de la Guerre froide.

Profil de l’éventuel Bombardier Argus II

Cette possibilité est bien réelle puisque que l’entreprise Israel Aerospace Industries offre depuis 2015 un avion de patrouille maritime et de lutte contre les navires de surface et sous-marins basé sur la plate-forme du biréacteur Bombardier Global 5000. Depuis 2016, Bombardier et Saab, offrent également un appareil similaire muni du système de mission «Swordfish» embarqué soit sur un appareil Global 6000 ou un Bombardier Q-400 turbopropulsé.

Bombardier/Saab Global Swordfish
Bombardier/Saab Q-400 Swordfish

L’enjeu est de taille car hormis les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie qui ont déjà opté pour le P-8 Poseidon, la quinzaine d’autres pays qui devront tôt ou tard remplacer leurs flottes de Lockheed P-3 Orion considèrent pour la plupart l’appareil américain trop coûteux à acheter et opérer. Certains pourraient donc opter pour des avions plus petits, mais tout de même performants. D’autres voudront sans doute disposer d’un appareil doté de capacités similaires au P-8 Poseidon, mais sur une plate-forme plus moderne et moins coûteuse. Ainsi une version militarisée du CSeries pourrait devenir un concurrent redoutable face à l’appareil de Boeing. Airbus étant dorénavant actionnaire majoritaire du programme CSeries, pourquoi pas un partenariat canado-européen pour trouver du même coup un digne successeur au Dassault-Breguet ATL-2 Atlantique ?

12 COMMENTAIRES

  1. Le remplacement de l’Atlantique 2 par une plateforme basée sur le C-Series est discutable dans le sens où, comme le P8, il s’agit d’un autre manière, d’une autre vision de concevoir la guerre ASM. En gros, la lutte ASM est organisée et menée depuis des altitudes plus élevées.
    D’autant plus que les Atlantique 2 sont aussi des « frégates volantes du désert ».
    La succession ne va pas être simple.
    Après, je comprends largement le sentiment canadien à l’égard de Boeing.
    Le Canada est engagé dans le renouvellement d’une bonne partie de ses moyens maritimes dans le même temps, ça commence à peser sur le plan budgétaire.

  2. Je connais pas les relations Américano-canadienne, mais il y a de l’eau dans le gaz, ou bien? Merci Marcel de nous éclairer, nous de l’autre côté de l’atlantique, on aimerai bien placer nos avions, Rafales et autres, mais tout ça ressemble à un jeu de négociation pour faire baisser l’addition, où est-ce une vraie rupture?

    • Les USA demeurent le principal partenaire militaire et économique du Canada, mais face à l’actuelle administration américaine protectionniste l’accroissement des relations commerciales avec d’autres pays est devenu une nécessité. La conclusion de l’accord de libre échange canado-européen est un exemple concret de cette volonté. Si le Canada ne choisit pas le F-35 en bout de ligne, les constructeurs européens n’auront jamais eu si belle occasion de vendre des avions de combat au Canada.

      • Merci Marcel, on compte sur toi pour nous informer 😉
        Par contre le contrat de libre échange n’a pas bonne presse de par chez nous, encore un « truc » négocié de manière très opaque par des technocrates européens qui va s’imposer au peuple sans qu’il ai eu son nom à dire….. mais là je suis hors sujet.
        Allez un Rafale aux couleurs canadienne serai magnifique.

        • tonton : Un accord de libre échange existe justement pour favoriser ce genre d’échange commerciale. Pour notre chasseur du futur, je n.’ai pas de préférence mais j’aime mieux un Rafale qui n’importe lequel Boeing de ce monde.

      • Il y a des chances que ça se fasse car pour une fois les calendriers des allemands et des français coÏncident puisqu’ils auront à remplacer en même temps leurs P-3 Orion pour les premiers et leurs Atlantique 2 pour les seconds, mais rien n’est encore décidé.

  3. Un Canadien parle. Grace à Boeing nous avons perdu le contrôle de notre C-series. C’est de bonne guerre de leur faire manger de la marde pour la suite des choses.

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