Après un premier camouflet infligé par le Canada, Boeing en essuie un second le lendemain dans son propre pays. Delta Air Lines annonce une commande ferme de 100 avions moyen-courriers Airbus A321neo ainsi qu’une option pour 100 appareils additionnels. Boeing fondait beaucoup d’espoirs sur ce contrat mais apprend à ses dépens que ce n’est jamais une bonne idée de se mettre à dos d’éventuels clients.

Rappelons que le torchon brûle entre Delta Airlines et Boeing depuis que ce dernier a entrepris des démarches visant à empêcher la vente d’appareils Bombardier CSeries sur le territoire américain. Delta, qui avait signé un contrat d’achat de 75 avions CSeries 100 avec option sur 50 appareils additionnels, a vu ainsi ses plans contrariés par Boeing. Loin de reculer, Delta a toujours soutenu Bombardier en qualifiant d’absurdes les prétentions de Boeing puisqu’aucun avionneur américain ne fabrique d’avions de taille similaire. D’autres transporteurs américains ont également joint leur voix pour dénoncer les agissements de Boeing, de même que la plupart des analystes américains de l’industrie aéronautique. Lorsque la direction de Boeing a compris qu’elle risquait de perdre cet important contrat de Delta face à son rival européen, l’avionneur a même offert de laisser tomber sa plainte contre Bombardier en échange de l’achat d’appareils 737max !

Delta est toujours déterminé à aligner des avions CSeries dans sa flotte et regarde la possibilité que les premiers avions qui devaient lui être livrés en 2018 le soient plutôt au transporteur AeroMexico. Le principal transporteur mexicain doit prochainement prendre une décision quant à l’achat d’avions CSeries 100 ou d’appareils Embraer E195-E2 afin de moderniser une partie de sa flotte. Delta détient 49% des actions d’AeroMexico, ce qui pourrait faire pencher la balance. Cela permettrait de laisser le temps que le conflit Boeing/Bombardier se règle ou que la chaîne de montage du CSeries envisagée aux usines d’Airbus en Alabama sorte ses premiers appareils.

Boeing n’en est pas à son premier coup foireux visant le Canada et Airbus. Dans les années 1980, Air Canada qui était alors une société d’État planifiait l’achat d’avions moyen-courrier pour moderniser sa flotte. Craignant qu’Airbus fasse une percée au Canada et afin d’influencer la décision d’Air Canada, Boeing s’implanta en territoire canadien en se portant acquéreur de l’avionneur DeHavilland Canada en 1986 tout en promettant au gouvernement canadien de maintenir la production de tous les modèles d’avions alors assemblés à Toronto. Le contrat d’Air Canada fut finalement remporté par Airbus en 1988 avec une commande de 34 Airbus A320. Reniant sa promesse, Boeing mit fin abruptement à la production des avions DHC-6 Twin Otter et DHC-7 Dash 7 et par dépit mit immédiatement en vente sa filiale canadienne menaçant même sa survie. C’est finalement Bombardier qui sauva le vénérable avionneur ontarien en l’acquérant en 1992 et en assumant sa prospérité grâce à la relance du programme Dash 8. Quant au Twin Otter, il renaîtra de ses cendres en 2010 grâce aux bons soins de Viking Air.

7 COMMENTAIRES

  1. Boeing s’en remettra. Depuis des décennies que j’entend et lis sur les « camouflets » qui lui seraient infligés, il est toujours là. D’ailleurs, jusqu’en octobre c’est lui qui disposait d’une bonne avance sur Airbus avant qu’une grosse commande vienne sauver le toulousain.

    • J’avoue comme Olivier15 que j’ignorais que cette commande américaine sauvait Airbus. Même si elle est belle elle n’a rien d’extraordinaire et je ne vois pas en quoi l’avionneur européen était en danger. J’ai dû rater un épisode !

    • Un camouflet n’est pas un K.O. En effet, le cahier de commandes de Boeing déborde, en particulier pour son 737Max. C’est donc ridicule lorsque Boeing affirme que Bombardier lui cause du tort !

  2. Airbus n’est pas en danger puisque la firme dispose d’un carnet de commandes bien chargé et fait a peu près jeu égale avec son concurrent Boeing. L’avionneur européen entre toutefois dans une phase de turbulence avec des procédures judiciaires pour corruption en cours, en France, en Angleterre ainsi qu’aux Etat Unis. Ces traquas juridiques ont entrainé le départ aujourd’hui du numéro deux Fabrice Brégier ainsi que le non-renouvellement en 2019 du mandat du big boss Tom Enders.
    A cela vient s’ajouter le départ à la retraite, à la fin de cette année, du chef des commerciaux, le truculent mais non moins efficace, « super vendeur » John Leahy, également surnommé « l’homme qui a vendu 16000 Airbus ». Nul n’est irremplaçable mais certains sont plus difficiles à remplacer que d’autres.

    Dans cette période de tumulte, il est donc rassurant de voir qu’Airbus reste actif et efficace au point de vue commerciale, avec ses deux récents gros succès ( 250 appareils pour le loueur Indigo en novembre et 100+100 appareil pour Delta aujourd’hui) ainsi que son alliance avec Bombardier sur le C-Séries.

  3. Nous n’aurons plus l’occasion d’évoquer John Leahy puisqu’il part à la retraite, alors profitons en pour relater deux anecdotes parmi les nombreuses qui circulent à son sujet :
    Lors d’un diner organisé au bord d’une piscine à Hawaï, apprenant que Steven Hudvar-Hazy le patron d’ILFC, gros loueur d’avions, a finalement opté pour le concurrent Boeing, il a poussé ce dernier à l’eau !
    Lors d’une négociation, devant son client qui lui demandait sans arrêt des rabais supplémentaires, il s’est subitement levé et à baissé son pantalon pour lui faire comprendre que s’il lui accordait d’avantage il se retrouverait à poil !
    Cette attitude peut donner l’image d’un homme frustre à ceux qui ne le connaissent pas; Mais John Leahy avait au contraire la réputation d’un commercial très psychologue et très à l’écoute des besoins de ses clients. Certains de ses détracteurs chez Airbus le lui ont d’ailleurs reproché, l’accusant d’être le représentant des compagnies aériennes au seins de l’entreprise. Il a été par exemple à l’origine de la personnalisation à outrance de l’aménagement des cabines de l’A380, qui de par son nombre trop important d’options, a causé de sérieuses difficultés au constructeur européen.
    En voyage d’affaire de part le monde plus de 200 jours par an, ses concurrents de Boeing auraient affiché en grand dans leurs bureaux « Où est John Leahy ? » Le directeur commercial du constructeur américain aurait en effet demandé à ses équipes de repérer en permanence à quel endroit sur la planète se trouvait Leahy, afin de savoir quelle campagne commerciale il préparait !

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