On connait tous les gros Antonov et Iliouchine, loués par toutes les armées européennes, afin de combler leurs lacunes en matière de transport stratégique. D’autres formes de locations sont moins connues. Ainsi les futur PC-21 destinés à la formation des pilotes seront loués à Babcock Mission Critical Services France (BMCSF). Les unités parachutistes quant à elles, font souvent appel à des appareils civils du type Pilatus PC-6, Twin Otter ou CASA 212 , afin d’assurer l’entraînement aux sauts pour leur troupes. Ces avions appartiennent en général à des clubs ou des fédérations de parachutisme, voir pour les plus gros, à de petites compagnies de transport aérien.

On a même vu en 2016, un vénérable Noratlas intervenir au profit du 1er RPIMA ! Si cette information était parue un 1er avril, on ne chercherait pas plus loin le canular du jour. Il s’agit de l’appareil N°105 de l’association «Nordatlas de Provence», qui participe habituellement à des commémorations historiques ou des meeting aériens. Cette prestation d’un « monument historique » pour le compte de notre armée moderne, ne fait pas figure d’exception, puisque le bulletin de l’association mentionne d’autres interventions de ce genre en 2012 et 2014, au profit de divers centres militaires parachutistes, et non des moindres, certains faisant partie du Service Action de la DGSE.

Nord 2501 Noratlas F-AZVM © Photo : Jerome

L’emploi d’un appareil aussi ancien, entré en service en 1956, a de quoi surprendre. Mais les Alouette III de la Marine Nationale en fonction depuis 1962, ne sont pas beaucoup plus jeunes. Elles sont de surcroît sensées durer encore sept ans, leur remplaçant n’étant pas attendu avant 2025. Elles atteindront ainsi une longévité record de plus 60 ans.  L’amiral Prazuck, Chef d’ Etat Major de la Marine Nationale, a déploré devant la commission sénatoriale des affaires étrangères et de la défenses, la difficulté croissante de maintenir en état de vol ces vieilles machines. Et les appareils modernes ne sont pas à meilleure enseigne. Ainsi, pour chaque heure de vol d’un NH90, il faut une journée de main d’oeuvre en entretien.

Devant les retards pris par le programme HIL (Hélicoptère Interarmées Léger), destiné à remplacer plusieurs types d’appareils au sein des trois corps d’armées, l’amiral envisage la location d’hélicoptères civils, afin d’assurer les missions embarquées de liaison entre les bâtiments. Ce ne serait pas la première fois que la Marine utilise ce procédé. Elle avait déjà loué des Dauphin auprès d’un opérateur belge, afin d’assurer des missions de service public de recherche et de sauvetage en mer. Elle a également lancé en mars 2017, un appel d’offre pour l’achat d’heures de vol de Dauphin, destinés à la formation des jeunes pilotes.
En France, l’usage de la location pour une mission militaire opérationnelle serait toutefois une première.

Eurocopter AS-365N3 Dauphin 2.

Les militaires français ne sont pas les seuls à devoir faire preuve d’imagination pour pourvoir à leur mission. Ainsi dans son article du 18 août 2017, Arnaud nous avait relaté la location par la Lufftwaffe de deux M28 Skytruck, affectés à l’entraînement des parachutistes, ainsi qu’au soutien opérationnel intérieur. De son côté la Herr, l’armée de terre allemande, n’était plus en mesure d’assurer le quotas minimum d’heures de vols de ses pilotes d’hélicoptères. À cet effet, elle loue depuis le printemps dernier, six Bell 206B Jet Ranger à l’entreprise Motorflug Baden-Baden. Ces appareils sont affectés à l’instruction initiale des pilotes, ainsi qu’à l’apprentissage de l’autorotation, au centre d’instruction de la base militaire de Bückenburg.

Mais cette solution n’a visiblement pas été suffisante puisque, pour compléter sa flotte, la Bundeswehr a fait appel au parc d’hélicoptères de l’ADAC (Allgemeiner Deutscher Automobil-Club), l’automobile-club allemand, aux emblématiques couleurs jaune et noir. L’armée va lui acheter 6500 heures de vol, de mars 2018 à fin 2020. L’ADAC devra mettre à disposition jusqu’à quatre H135 sur la base de Bückenburg. Ces appareils seront joints sur place aux autres hélicos de même type que possède la Heere, et destinés à la formation.

Il faut dire que l’ADAC, dont les champs d’action dépasse largement le cadre d’un simple automobile-club, dispose d’une impressionnante flotte aérienne de plus de 50 hélicoptères (BK 117, EC 135 et EC 145) destinés au secours routier, ainsi que quatre avions (2 jets Dornier Fairchild 328 de 18 places, un Bombardier Learjet 60XR et un bi-turbopropulseur Beechckraft Super King Air) pour le transport médical longues distances.

L’un des Ambulanzjets de l’ADAC

Ces contrats de location sont en général établis sous la forme d’heures de vols vendues par l’opérateur. Celui-ci doit fournir les appareils en bon état de fonctionnement, et prend à sa charge, les coûts et l’organisation de la maintenance. Ce procédé est donc confortable pour les armées. Il représente une solution d’urgence pour boucher provisoirement les trous capacitaires.

Mais ce n’est certainement pas le moyen le plus économique à long terme. Et si la location est principalement mise en œuvre dans le cadre de l’instruction ou du transport domestique, on peut se demander si son emploi est tenable lors de missions opérationnelles comme l’envisage la Marine Nationale. La question se pose en particulier pour les campagnes embarquées ainsi que sur les théâtres extérieurs.

8 COMMENTAIRES

  1. J’ai pas compris. Les futurs PC-21 appartiendront à une société privé et non à l’armée de l’air ?
    Et bravo François pour tes articles fort intéressant.

  2. Merci Dimitri;
    Oui tout à fait les appareils appartiennent à la société privée Babcock qui doit les mettre à disposition de l’armée de l’air pour un certain nombre d’heures convenues. En fait c’est un ensemble elle loue également les simulateurs à l’armée. Babcock qui est une boite anglaise à la base, qui procède déjà ainsi pour l’armée britannique. En France elle possède également une grande partie des contrats d’exploitation des hélicoptères du SAMU;
    L’armée américaine va plus loin puisque les boites privées telles que ATTAC ou DRAKEN fournissent non seulement les avions pour la formation, tels que les Mirages F1 d’occasion achetés récemment, mais également les pilotes instructeurs (des pilotes de chasse à la retraite en générale).

  3. Bon les Mirages F1 c’est plutôt pour jouer le rôle des agresseurs et de plastron, pour l’instruction ils emploient d’autres appareils tels que des T-38 Talon.

  4. Article très bien renseigné et très intéressant, merci.
    En plus de la ‘grise’, il y a eu des largages de paras avec le Ju-52 (derrière sur la photo) aussi…
    La Marine, si elle envisage cette location, en effet, n’en est pas vraiment satisfaite… !

  5. Location d’hélicoptères civils, voulais-je dire.
    L’externalisation est trop coûteuse à long terme, pour du matériel non possédé (à l’inverse des Sa-316).

  6. Oui en effet Hélidax est une firme qui loue à l’armée les hélicos H120 destinées à la formation des pilotes de l’ALAT.
    Et Hélidax est détenue pour moitié par Babcock et pour moitié par DCI, une entreprise dépendant du ministère de la défense.
    En fait on peut distinguer ce type de contrats à long terme et en général destinés à la formation, et les contrat à plus court terme destinés à boucher les trous capacitaires.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom