Si vous avez envie de voir côte à côte sur le même tarmac un Beechcraft Model 18, un Curtiss C-46 Commando, et un Douglas C-47 Dakota généralement vous vous rendez dans un musée. Et vous avez bien raison. Sauf si vous êtes résident de l’état américain d’Alaska et auquel cas vous prenez la direction du premier aéroport venu où de tels avions volent encore aujourd’hui de manière tout à fait régulière. Et oui les réalités de l’aviation civile dans ce coin septentrional des États-Unis.

L’étonnant ATL-98 Carvair, lointain dérivé du Douglas C-54.

On y trouve ainsi des avions septuagénaires utilisé quasi quotidiennement pour des missions commerciales aux quatre coins de ce gigantesque état américain. L’Alaska est en effet grand comme plus de trois fois la France métropolitaine mais peuplé de «seulement» un peu plus de 730 000 habitants. C’est à dire moins que la ville de Marseille. Particularité les Alaskains sont principalement urbains, bien plus que dans bons nombres d’autres états américains avec 68% d’habitants vivant au sein des onze villes principales de l’état. Des agglomérations allant de 5200 à 301 000 habitants pour Anchorage la plus peuplée. La capitale d’état, Juneau peine a dépasser les 32 000 âmes !

Mais alors pourquoi de telles pièces de musées ? Tout bonnement parce qu’ils sont plus économiques que d’ultra-modernes ATR-42, ATR-72, ou encore Dash 7 et Dash 8 pourtant omniprésents sur les tarmacs américains. Et ce pour une bonne et simple raison : dans la très grande majorité des cas ces avions ne transportent aucun passager.
Leur mission principale est le ravitaillement des villages les plus éloignés mais aussi des bases scientifiques. Ils assurent bien évidemment également le transport de pièces détachées à destination des chantiers de forage minier et gazier qui poussent comme des champignons en Alaska.

Soixante-quatorze ans après le Jour J, le Dakota est toujours là !

Or pour les compagnies de troisième zone qui assurent ces vols les vieux coucous sont de véritables mannes d’autant plus que les pièces détachées sont encore assez aisées à trouver. Le vrai casse-tête est pour les agents fédéraux de la FAA, la Federal Aviation Administration qui doivent régulièrement contrôler ces vieux avions.  En fait l’état possède une règlementation qui lui est propre, à tel point que près de 95% de ces clous volants n’ont pas le droit de quitter l’Alaska. Ils mènent des vols intérieurs, mais au niveau de l’état et non du pays ! Et ça c’est unique dans le territoire américain.

Et oui c’est bien un DC-6B qui vole sous livrée commerciale de nos jours !

Alors l’avenir s’assombrit au fur et à mesure que les avions deviennent plus difficiles à être entretenus. L’avenir semble donc se dessiner autour du turbopropulseur. Pour autant pas question de commander des avions neufs, les compagnies aériennes comme Everts Air Cargo, Northern Air Cargo, Taquan Air, ou Trans Northern, commencent à revoir leur copie.
Bientôt par exemple les Douglas DC-6B et Fairchild C-82 quitteront le service actif remplacés par des avions plus récents.

Le Commando, aussi inusable et taillé pour l’Alaska que le Dakota !

Lyndenn Air Cargo est à l’image de ces compagnies qui ont amorcé le virage, permettant ainsi de pouvoir opérer également hors d’Alaska puisqu’ils volent sur des avions «presque»  normaux : des Lockheed L-100-30. Et si après tout c’était ça le secret : le recours aux Hercules civils ? Certes mais en tous cas ils ont moins de charme que ces vieux bimoteurs et quadrimoteurs à pistons !
Mais un autre avion semble tailler pour l’Alaska : le Lockheed L-188 Electra, l’avion de ligne à turbopropulsion à l’origine du célèbre P-3A Orion de patrouille maritime.

Tiens il y a même un Lockheed C-130H. Presque, en fait un L-100-30 !

Les tarmacs alskains recèlent aussi d’autres petites merveilles comme foison de Beaver, Otter, et autres monomoteurs Cessna et Piper en pagaille. Dotés les uns comme les autres aussi bien de trains à pneus basse pression (les fameux Tundra Tires) que de flotteurs ! Mais aussi des bestioles plus rares tels l’étonnant Volpar Turboliner, un Beechcraft Model 18 doté de deux turbopropulseurs et d’un train d’atterrissage escamotable tricycle ! L’animal surprend. L’Alaska en ce premier quart de vingt-et-unième siècle permet d’admirer encore, en état de vol, la majorité des hydravions bimoteurs à coque Grumman comme le G.21 ou le G.44. Des appareils qui sous nos latitudes européennes volent plutôt lors de meetings aériens.

Le surprenant Volpar Turboliner.

Donc un conseil à nos lecteurs aérophiles, si vous ne savez pas où aller passer vos futures vacances et que vous aimez l’aventure : faites vos économies et payez vous l’Alaska. Personnellement j’ai déjà commencé ma cagnotte depuis plusieurs années. Par contre allez-y en été car l’hiver, ça caille vraiment !

Photos © Wikimédia Commons.

6 COMMENTAIRES

  1. Vous pouvez également faire un tour au Canada en été et n’oubliez pas votre répulsifs anti-moustiques! La compagnie Buffalo Airways opère depuis 1970 dans les Territoires du Nord-Ouest. Celle-ci a été l’objet d’une série d’émissions documentaires, Ice Pilots NWT (en), diffusée sur History Television en 2009 et présentée en français au Québec..
    P.S..La vague de froid glacial qui frappe la France fait bien rire les québécois..

    • Etant donné qu’à Paris par exemple, la température moyenne en hiver est entre 0 et 5°C, avoir -10°C une courte période, oui techniquement on peut appeler ça une vague de froid.
      Après il faut comparer ce qui est comparable. A chaque région du monde son climat, et en hiver en europe de l’ouest nous avons un climat bien plus doux que le votre. Il est arrivé que certains hivers il ne neige pas un flocon alors que même situation chez vous ce serait une catastrophe naturelle.
      Vous avez ri aussi pour la pagaille à cause de 10 cm de neige que vous avez vu a Paris. Sachez que l’état en est consciente mais qu’elle préfère 2 jours de pagaille monstre plutôt que de dépenser des millions d’€ en matériel contre la neige qui va servir 2 jours par an.

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