Ce que nous vous annoncions voilà quelques mois semble bien se concrétiser. À l’occasion du salon ILA 2018 mesdames Ursula Von der Leyen et Florence Parly, respectivement ministre allemande de la défense et ministre française des armées, en ont décidé ainsi. Une lettre d’intention visant au développement d’un nouvel avion de patrouille maritime pour nos deux pays a été signée. Il s’agira désormais de trouver la meilleure solution, autant pour Berlin que pour Paris.

Pour nos amis Allemands il s’agira de remplacer les Lockheed P-3C Orion actuellement en dotation dans les rangs du Marineflieger tandis que pour nous autres Français ce sera les Dassault-Breguet ATL-2 Atlantique de la Marine Nationale. Deux modèles d’avions qui s’ils se ressemblent dans leur définition sont finalement assez différents dans l’attribution de leurs missions respectives.

Alors certes le P-3C Orion et l’ATL-2 Atlantique sont tous deux des avions de patrouille maritime, mais c’est au niveau de leurs missions secondaires qu’ils diffèrent grandement. En fait les quadrimoteurs allemands sont au final moins polyvalents que les bimoteurs français. Ces derniers font tout ce que font les premiers, mais aussi des missions en plus. Ainsi depuis maintenant quelques années par exemple nos ATL-2 Atlantique sont employés comme postes de commandement aéroporté et avions de reconnaissance lors d’opérations extérieures voire carrément en tant qu’avions d’appui aérien rapproché grâce à l’emport de bombes guidées. Ce dont les Orion allemands sont bien incapables.

En terme de surveillance des eaux et des côtes là aussi la différence est clairement à l’avantage de la Marine Nationale sur le Marineflieger. Si l’Allemagne possède 2389 kilomètres de littoral (très découpé) la France quant à elle en a 4668. Et ce uniquement au niveau métropolitain, Corse comprise. Mais c’est véritablement au niveau des zones maritimes que les ATL-2 Atlantique ont une charge de travail plus lourde que celle des P-3C Orion puisque la France supporte à elle-seule près de 30% des principales zones de pèche côtière de l’Union Européenne.
Et ce sans compter le trafic maritime marchand, notamment en Manche.

On l’aura bien compris pour les Allemands et les Français il va devoir désormais falloir trouver des convergences. Et elles ne sont pas si simple que cela à débusquer. Certes les deux avions demeurent avant tout des chasseurs de sous-marins et des protecteurs de l’environnement maritime mais il y a aussi des différences de doctrine d’emploi ou encore d’adaptation aux contraintes actuelles du monde maritime.
Il est évident qu’on ne conçoit plus aujourd’hui un programme de patrouille maritime comme on le faisait voici 30, 40, voire 50 ans ! Or c’est depuis cette période qu’Allemands et Français n’ont pas conçu un tel avion.
Après tout la dernière véritable innovation en Europe dans ce domaine remonte au Breguet Br.1150 Atlantic. Un avion français pensé avec l’aide de nos partenaires européens, et entre autres allemands.

Alors quatre options s’offrent au couple franco-allemand :

  •  La première, la plus simple en fait, serait de faire l’acquisition d’un avion de patrouille maritime de nouvelle génération type Boeing P-8 Poseidon ou Kawasaki P-1. Ensuite libre à la Marine Nationale et au Marineflieger de faire réaliser avec l’aide de l’avionneur choisi des modifications propres à chaque pays.
  • La deuxième, pas forcément la plus intéressante pour les Français, serait l’adaptation d’un avion bimoteur à turbopropulseurs type ATR-72 ou C-295. Un programme qui en effet n’a jamais soulevé un véritable enthousiasme dans notre pays. Les amiraux français se méfient de ces avions-cargos transformés en appareils de patmar. Leur charge offensive et leur rayon d’action ne sont jamais à la hauteur des attentes.
  • La troisième, peut-être la plus ambitieuse, serait de lancer le développement d’un avion similaire à ce dernier concept, conçu en partenariat avec Airbus Defense & Space mais disposant de réacteurs. L’avionneur européen planche depuis plusieurs mois sur un concept d’A320Neo MPA (pour Maritime Patrol Aircraft) susceptible de venir concurrencer le Boeing P-8 Poseidon.
    Avoir l’Allemagne et la France comme clients de lancement, avec en plus une coopération à son développement, serait un véritable plus pour celui-ci.
  • La quatrième, indubitablement la plus ambitieuse, serait de disposer d’un système bicéphale : avion de patrouille maritime de nouvelle génération et drone MALE. Ce n’est pas totalement aberrant, c’est même le chemin pris désormais par l‘US Navy au travers du futur binôme P-8A Poseidon / MQ-4C Triton. Ce dernier est une version spécialisée du célèbre Northrop-Grumman RQ-4 Global Hawk.

Quoi qu’il en soit les années à venir risquent bien d’être passionnantes pour nombre d’aérophiles. Un futur avion de patrouille maritime franco-allemand ou européen semble donc de plus en plus d’actualité.

Photo © Marine Nationale.

9 COMMENTAIRES

  1. Il y a un énorme enjeu stratégique pour le renouvellement de ses appareils, dans le spectre des missions PATMAR.
    En effet, depuis à crise budgétaire de 2008 le Royaume-Uni a mis à la ferraille ses avions PatMar de type Nimrod, fraîchement modernisé en plus. Sans qu’ils ont été remplacés dans leur mission.
    Les Patmar Français se trouvent souvent déployé en mer du nord pour des missions au profit de l’OTAN.
    Facteur aggravant la consommation du nombre d’heure des cellules, les ATL2 sont tous maintenant sur la façade atlantique et le Bretagne, depuis la fermeture de la base de Nîmes. Avec une augmentation significative de temps de vol pour les patrouilles en méditerranée, et l’avion n’est pas prévu pour être ravitaillé en vol.

    • pires, le plus gros souci sera le budget, l’aéro étant la 5éme roue du carrosse pour la marine national.
      Les falcon 50 M d’occasion n’ont pas vocation a remplacer totalement les missions des ATL2 qui se sont vu confié de nouvelles missions depuis leur arrivés. Les retard d’équipement pris ces 15 derniére années dans la composante hélicos et patmar laisse envisager une mise en service dans plus de 10 ans

  2. La piste du A320NEO MPA me semble, avec le peut d’informations que j’ai, la plus pertinente. Même pas besoin de prendre des risques ou d’être ambitieux: on pourrait prendre l’A320 faire des modifications structurelles minimales et y ajouter des systèmes existant. Ça donnerait déjà satisfaction à 80-90% et ce pour un prix défiant toute concurrence. Il suffirait par la suite de mettre à jours les systèmes de façon incrémentale..

  3. Le mieux serait de faire comme le Japon avec leur Kawasaki P1, c’est à dire de partir d’une feuille blanche, et je privilègerait une motorisation par turbopropulseurs.

  4. Il serait peu être temps que l’UE se dote d’une action fédérale à la mer. L’UE s’est toujours basé sur les moyens mise en oeuvre par les pays de l’union. Au lieux de balancer des milliards aux banques.

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