Voilà une histoire avec laquelle on est bien loin de la blague belge, limite plus proche du soap ou de la tragédie antique. Depuis maintenant plusieurs mois les experts militaires et responsables politiques belges s’écharpent autour de ce que la presse locale a baptisé le F-16 Gate, un scandale concernant le programme de remplacement à venir des avions de combat de la Composante Air. Avec en toile de fond la guerre commerciale que se livrent Dassault Aviation et Lockheed-Martin.

À la base se trouve donc le retrait prévu des General Dynamics F-16 Fighting Falcon de la Composante Air, les fameux avions de combat du «marché du siècle». Pour mémoire ces monoréacteurs sont parmi les plus vieux F-16 volant actuellement dans le monde, même s’ils ont pu jouir dans les années 1990 du programme de modernisation MLU. Les récents engagements de ces avions au-dessus de l’Irak aux côtés des forces de la coalition antiterroriste internationale n’ont pas montré de limites particulières à ces «presque vieux» jets de combat. Ils ont parfaitement su tenir leur place aux côtés de machines bien plus modernes.

Du coup qui dit vieillissement d’avions de combat dit forcément avionneurs sur les rangs pour remplacer les dits avions. Et là deux constructeurs se sont vite détachés du lot : l’Américain Lockheed-Martin et le Français Dassault Aviation avec respectivement bien sûr leurs deux produits phares : le F-35A Lightning II et le Rafale. Des avions qui chacun de son côté ont des arguments de poids mais aussi des défauts.

Il faut préciser qu’en théorie l’Eurofighter EF2000 Typhoon est lui aussi encore en compétition même si plus personne outre-Quiévrain ne parierait dessus tant les jets américains et français semblent avoir pris l’ascendant !

Lockheed-Martin propose de casser les prix et d’élargir les capacités opérationnelles de son avion quand Dassault Aviation parle de rétro-ingénierie et de participation élargie des entreprises belges au sein de la Team Rafale. On comprend bien que dans cette affaire chacun y va de ses arguments pour faire pencher la balance dans son camp. Jusque là rien de très surprenant à ce niveau de business, c’est ça une guerre commerciale.

Seulement voilà la presse belge a réussi à démontrer grâce à un informateur longtemps appelé colonel X (rien à voir avec la cultissime bande-dessinée française des années 1950) que Lockheed-Martin ne jouait pas forcément franc-jeu dans cette affaire. Ce colonel X, sorte de Deep Throat belge, a révélé que l’avionneur américain avait envoyé en avril 2017 une note secrète aux dirigeants belges affirmant que les F-16MLU belges pouvaient parfaitement tenir leur place encore pendant cinq ou six ans, permettant ainsi de repousser leur remplacement à l’horizon 2023-2024.

Et là la crise est devenue politique entre la droite et la gauche belge mais aussi entre Flamands et Wallons, entre néerlandophones et francophones. En fait le gouvernement est accusé de vouloir dépenser des millions d’euros pour maintenir la Composante Air à un niveau (fantasmé) équivalent à celui de l’Armée de l’Air, de la Luftwaffe, ou de la Royal Air Force en achetant de nouveaux jets… forcément onéreux.

Mais au fait pourquoi Lockheed-Martin se sabrerait-il ainsi en repoussant le contrat de cinq ou six ans ? Pour beaucoup il s’agissait d’un signe flagrant de défaite du F-35 Lightning II face au Rafale, ce qui serait reconnaissons-le une grande première. Une demi-décennie de plus pourrait permettre aux Américains de peaufiner leur dossier et d’attendre que leur jet furtif soit enfin combat proven. Ce que le Rafale de son côté est depuis plusieurs années.

Alors franchement force est de constater que la Belgique n’a peut-être pas forcément besoin de ce programme de modernisation ! Peut-être pas, mais fondamentalement n’est-il pas du rôle d’un gouvernement d’avoir une vision à moyen et long terme plutôt qu’à court terme ? Et là alors oui le remplacement des General Dynamics F-16MLU semble alors une belle nécessité. Tout dépend de l’angle sous lequel on désire voir cette affaire.

Le programme de remplacement des F-16MLU concernerait alors entre trente et trente-cinq avions de nouvelle génération, devant entrer en service entre 2023 et 2028. Des avions qui permettrait à la Composante Air de demeurer une des principales forces aériennes d’Europe, malgré sa taille modeste.
Pour mémoire si on excepte le F-16 conçu et commercialisé à l’origine par General Dynamics, Lockheed-Martin a déjà vendu (à l’époque on parlait de Lockheed seulement) des chasseurs à la Belgique. Il s’agissait de F-104G Starfighter. De son côté l’avionneur français a vendu quelques années plus tard des Mirage 5BA au royaume belge !
Ces deux constructeurs sont donc bien connus des militaires belges.

À l’heure actuelle on ne sait toujours pas quelle décision sera prise à Bruxelles autour de cet imbroglio militaro-politique, quoiqu’il en soit les Belges commencent sérieusement à en avoir marre.

Photo © US Department of Defense.

13 COMMENTAIRES

  1. Le risque est une sortie par le bas, en faisant comme certains pays (Nouvelle Zélande, Irlande, …) de supprimer leurs avions à réaction lors de la mise au rebus des F16.

    • Nous sommes pas mieux nous Français. Pas moyen d’avoir une action militaire et diplomatique internationale sans l’aval des américains. Nous étions plus indépendants militairement jusqu’à qu’un certain Nicolas Sarkozy nous face réintégrer le commandement intégré de l’OTAN et que nous redevenions un pays vasal des États-Unis autant que le Royaume-Uni.

  2. Pour info, le rafale n´a pas du tout la cote, car le gouvernement Français a cru jouer un coup en faisant une offre de partenariat EN DEHORS de l´appel d´offre initial. Ne fut-ce que juridiquement, ça a peu de chance de passer.

    Donc, reste Le F35 & l´Eurofighter. Moi je prendrait un avion Européen. Même si il faut reconnaître que le F35 est sans doute le choix de notre armée. ( qui après tout, doit s´y connaître mieux que moi )

  3. C’est amusant d’entendre o ulire ici et là que le Rafale commence à devenir un vieil avion alors que le F-35 est dans le jeunesse de l’age, alors que de nos jours il n’est pas rare de voir des avions avoir une carrière de plus de 40 ans, voir plus grace aux modernisations.
    Le Rafale bénéfice de régulière mise à jour et à ce titre il a autant de chance que le F-35 d’avoir devant lui encore une longue carrière. Certes le F-35 est jeune mais il a encore de gros défauts dont certains pourraient ne pas etre corrigeable et surtout il a en plus d’un tarif le pus élevé également un cout de maintien en opérationnalité le plus élevé. Ca compte beaucoup sur une longue carrière. Les médias ont trop tendance à tord à ce concentrer sur l’unique prix d’achat.

    Pour la Belgique, vu la situation économique en europe, je pense qu’ils feront comme tous, ils chercheront à gagner du temps et retarder l’achat, ce qui se fera bien sur au bénéfice du F-35.

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