Myasishchev M-50 ‘Bounder’

Myasishchev M-50 ‘Bounder’


Fiche descriptive

Appareil : Myasishchev M-50 ‘Bounder’
Constructeur : V. M. Myasishchev Design Bureau
Désignation : M-50
Nom / Surnom :
Code allié / OTAN : Bounder
Variante : M-52
Mise en service : 1959
Pays d'origine : U.R.S.S.
Catégorie : Bombardiers après 1950
Rôle et missions : Bombardier stratégique

Histoire

Myasishchev M-50 ‘Bounder’ :
Le bombardier soviétique sacrifié

Durant la guerre froide, l’une des préoccupations premières des états-majors américains et soviétiques était de savoir qui frapperait en premier l’autre en cas de conflit nucléaire. De ce fait chacun développa des vecteurs de frappe toujours plus évolués. Dans ce cas précis, la course à l’armement tourna vite en faveur des missiles balistiques intercontinentaux qui d’une certaine manière tuèrent plusieurs programmes particulièrement avancés de bombardiers stratégiques. Parmi ceux-ci l’un des plus célèbres, et surtout des plus avancés, fut celui du quadriréacteur soviétique Myasishchev M-50.

Développé dans le plus grand secret par les équipes de Myasishchev, ce programme devait permettre au début des années 1960 à l’aviation soviétique de disposer d’un bombardier stratégique supersonique à même de frapper n’importe quelle grande ville des côtes est et ouest américaines. Dans l’esprit des généraux soviétiques, cet avion était une arme de première frappe, voire de première riposte en cas de frappe ennemie. Tirant les enseignement du développement du bombardier M-4, les ingénieurs conçurent un avion à l’architecture surprenante.

Sous la désignation de Myasishchev M-50, il s’agissait d’un quadriréacteur à aile en flèche doté d’un train d’atterrissage monotrace et de balancines, un peu à la manière du chasseur de supériorité aérienne Yakovlev Yak-25 alors en dotation dans le pays. Les quatre réacteurs Dobrynin RD-7 avaient la particularité de n’être dotés de post-combustions que pour deux d’entre-eux, tandis que les deux autres fonctionnaient sans. Leur installation même sur l’avion était surprenante : deux en position classique sous les ailes et deux dans des nacelles d’extrémité de voilure, un peu à la manière de l’avion expérimental français Sud Ouest SO.9050 Trident.

Le pilote et le copilote prenaient place dans un cockpit biplace côte à côte pressurisé et totalement protégé (en théorie) contre le flash de lumière causé par une explosion atomique. L’armement justement de l’avion se composait de 30 tonnes de bombes conventionnelles et/ou nucléaires. À la différence de nombre de ses contemporains, le M-50 ne disposait d’aucun armement défensif, pas de canon-mitrailleur télécommandé, notamment. C’est dans cette configuration qu’il réalisa son premier vol le 27 octobre 1959.

En fait, les généraux soviétiques pensaient que sa vitesse de croisière le mettait à l’abri des chasseurs de l’OTAN. Parallèlement au développement du M-50 l’aviation militaire soviétique passa commande pour un exemplaire de présérie sous la désignation M-52. Les principales différences entre les deux avions concernaient l’avionique de bord, et la présence sur ce nouvel avion d’un cockpit intégralement éjectable.

C’est au tout début de l’année 1958 que l’OTAN découvrit ce nouvel avion. Il n’avait pas encore volé mais faisait déjà l’objet de toutes les convoitises par les services de renseignements occidentaux. Pour les généraux américains et européens, le Myasishchev M-50 représentait en fait une des pires menaces depuis le début de la guerre froide. Le quadriréacteur soviétique reçut le nom de code occidental de Bounder.

Mais déjà en URSS la mode n’était plus, à l’instar de ce qui se faisait alors aux États-Unis, uniquement aux bombardiers mais aussi aux missiles balistiques intercontinentaux. L’industrie soviétique avait alors développé le fameux R-7 Semyorka, alias SS-6 Sapwood dans la nomenclature de l’OTAN. Cette nouvelle arme avait la faveur des décideurs soviétiques, car jugé bien moins facile à intercepter par la DCA occidentale que les bombardiers, fussent-ils alors aussi avancés que le Myasishchev M-50.

Au printemps 1958, le Myasishchev M-50 fut au centre d’un étonnant scandale. Bien qu’encore uniquement statique, le bombardier stratégique soviétique fut révélé par le magazine Aviation Week comme le prototype d’un bombardier à propulsion nucléaire. En fait, ce principe était dans l’air du temps depuis que des indiscrétions avaient révélées que le Pentagone travaillait sur un concept similaire sous la désignation de Convair X-6, un bombardier B-36 Peacemaker profondément modifié mais qui n’atteignit jamais le stade du vol inaugural. En 1960, il fut révélé qu’à aucun moment le M-50 ne pouvait représenter un pendant soviétique au X-6.

Le 1er mai 1961, c’est sous les yeux de Nikita Khrouchtchev et de centaines de milliers de Moscovites que le Myasishchev M-50 fut officiellement présenté au public. Au-dessus de la capitale soviétique, encadré de deux ultramodernes chasseurs Mikoyan-Gurevitch MiG-21, le bombardier impressionnait autant par ses dimensions que par la finesse de son architecture générale. Pourtant à l’état-major soviétique on savait déjà que jamais le programme n’irait plus loin.

Finalement le sort fut scellé à l’été 1961, alors même que le M-52 n’avait même pas volé. Le programme du M-50 fut officiellement abandonné. Deux ans plus tard, le surprenant bombardier soviétique entrait au musée de Monino, où il se trouvait toujours au début de l’année 2016.

Aujourd’hui le Myasishchev M-50 demeure un des plus surprenants et des plus majestueux avions d’arme de la guerre froide, toutes nations confondues. Il demeure aussi un des plus grands échecs de l’industrie aéronautique soviétique, incapable de s’opposer politiquement aux pro-missiles balistiques intercontinentaux. Dommage car c’était vraiment un très bel avion.

Photos

Caractéristiques techniques

Modèle : Myasishchev M-50 Bounder
Envergure : 35.10 m
Longueur : 57.48 m
Hauteur : 8.27 m
Motorisation : 2 réacteurs à post-combustion Dobrynin RD-7F
Puissance totale : 2 x 14013 kgp. + 2 réacteurs Dobrynin RD-7 sans post-combustion de 10896 kgp.
Armement : 30 tonnes de bombes conventionnelles et/ou nucléaires.
Charge utile :
Poids en charge : 175000 kg
Vitesse max. : 1950 km/h à 11000 m
Plafond pratique : 16500 m
Distance max. : 7400 Km à charge maximale.
Equipage : 2
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Plan 3 vues

Plan 3 vues du Myasishchev M-50 ‘Bounder’

Profil Couleur

Profil couleur du Myasishchev M-50 ‘Bounder’

Vidéo

Présentation publique du M-50 en 1961

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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.