Drapeau Etats-Unis

  • Nom : Mock
  • Prénom : Geraldine, dit "Jerrie"
  • Année de vie : 1925-2014
  • Nationalité : Etats-Unis
  • Constructeur associé : 

Histoire

Geraldine, dit "Jerrie" Mock :
“l’héroïne méconnue”

Quand on pense à une aviatrice américaine légendaire, le nom d’Amelia Earhart vient immédiatement à l’esprit de la plupart des gens. Pourtant, il y a une aviatrice, aujourd’hui méconnue, qui a réussi là où Amelia a échoué soit le premier tour du globe d’une femme aux commandes d’un avion.

Née le 22 novembre 1925 à Newark dans l’Ohio, Geraldine Lois Fredritz a son baptême de l’air à l’âge de sept ans. Avec son père, elle effectue ce premier vol à bord d’un Ford Tri-Motor et, dès l’atterrissage, annonce qu’elle deviendra pilote un jour. À l’école, la jeune Geraldine est fascinée par les cours de géographie et raconte qu’elle fera le tour du monde lorsqu’elle sera grande. En 1943, elle devient la première femme à étudier en génie aéronautique à l’université d’État de l’Ohio.

Elle interrompt toutefois ses études en 1945 afin d’épouser Russell Mock, un gestionnaire dans le domaine de la publicité. Le couple s’installe dans une maison à Bexley, une banlieue cossue de Columbus. Geraldine devient une femme au foyer et enfante deux fils et une fille. Le couple apprécie les voyages, l’opéra et la cuisine fine. Elle et son époux prennent des leçons de pilotage et acquièrent même un petit monomoteur Cessna. Geraldine obtient son brevet de pilote en 1958. Elle mène une vie confortable et enviée par la plupart des femmes dans cette Amérique traditionnelle du Midwest. Mais elle s’ennuie… Attablés autour d’un repas une soirée de décembre 1962, alors qu’elle exprimait son désir de faire quelque chose de plus excitant, son mari lui lance, mi- blagueur : Jerrie, si tu t’ennuies, tu n’as qu’à sauter dans un avion et faire le tour du monde ! Elle répond du tac au tac : D’accord, je vais le faire ! Les deux ont bien rigolé, mais l’idée de réaliser ce qu’aucune femme n’avait réussi à ce jour est rapidement apparu comme un défi stimulant.

Avec l’aide d’amis membres de l’USAF, Jerrie planifie son itinéraire et se rend à Washington pour faire le tour des ambassades afin d’obtenir les permissions nécessaires pour le survol des pays à traverser. Son mari se charge de trouver des commanditaires, ainsi que de modifier leur vieux Cessna 180. L’entreprise Javelin Aircraft fabrique sur mesure trois réservoirs de carburant installés dans la cabine à la place des passagers. Cet ajout de 692 litres de carburant permet d’allonger la distance franchissable du petit appareil jusqu’à 5 633 kilomètres. Un nouveau moteur de 225 CH, ainsi qu’un système de communication à longue distance, complètent l’équipement de l’avion qui est également repeint à neuf pour cacher son âge. Les préparatifs durent 18 mois, durant lesquels Jerrie obtient sa qualification de vol aux instruments et signe un accord d’exclusivité avec le quotidien The Columbus Dispatch afin de relater son voyage. Le petit Cessna est baptisé Spirit of Columbus, bien que Jerrie préfère utiliser son indicatif Three-Eight Charlie comme surnom.

Durant les préparatifs Jerrie apprend que Joan Merriam Smith, une pilote professionnelle, s’apprête également à effectuer un tour du monde en solo à bord d’un bimoteur Piper Apache. Face à une telle concurrente, bien peu croient aux chances de succès de celle que les médias surnomment The Flying Housewife. Mais Jerrie compte tout de même sur ses 750 heures d’expérience de pilotage, bien qu’elle n’ait jamais effectué de longs vols au-dessus de l’eau. Le 19 mars 1964, une petite foule d’amis et de journalistes est présente à l’aéroport Port Columbus pour le départ de son périple. Dès le départ, elle a des ennuis techniques avec sa radio et ses instruments de navigation, dont des fils sont mystérieusement débranchés. Elle réussit tout de même à se poser à Kindley Air Force Base aux Bermudes, malgré des vents exécrables. Suite à une semaine d’arrêt pour réparer ce qui a toutes les apparences d’un sabotage, et attendre une embellie météorologique, elle reprend l’air vers les îles Açores. Durant ce vol de 13 heures et de 3 627 km, un brouillard se lève de la mer et de la glace se forme sur son appareil, la forçant à voler plus haut. Elle doit également effectuer son premier atterrissage solo aux instruments.

Malgré ces débuts difficiles, le reste du périple est moins angoissant, bien que ponctué de quelques aventures. En pensant atterrir sur la piste d’un aéroport civil au Caire, elle pose en fait son avion sur une base militaire secrète où elle est prestement ordonnée de reprendre l’air. Lors d’une escale en Arabie Saoudite, où les femmes sont systématiquement voilées et interdites de sortir sans accompagnement, des hommes incrédules l’applaudissent lorsqu’ils se rendent compte qu’elle pilote seule son avion. Alors qu’elle survole le Vietnam, elle est subjuguée par la quiétude du paysage, alors que la guerre fait rage au sol. L’intérêt des médias grandit lorsqu’elle effectue son vol de Guam vers l’île Wake, à proximité de laquelle Amelia Earhart serait mystérieusement disparue. Deux vols encore plus longs au-dessus du Pacifique suivront, soit 3 701 km de Wake jusqu’à Honolulu en 15 heures 46 minutes et subséquemment 3 877 km vers Oakland en Californie en 17 heures et 38 minutes. Le 17 avril 1964, elle pose son Cessna à Columbus où des milliers de personnes ainsi que le Gouverneur de l’Ohio sont venus l’acclamer. Au terme d’un voyage de 29 jours, durant lesquels elle parcourt 36 790 km, Geraldine Mock entre dans les pages de l’histoire de l’aviation.

Geraldine est reçue à la Maison-Blanche par le président Lyndon B. Johnson qui lui remet la médaille d’or de la Federal Aviation Agency. Elle est aussi la première femme à recevoir la médaille Louis Blériot, décernée par la fédération aéronautique internationale. En 1970, le livre intitulé Three-Eight Charlie relatant son périple est publié. Malgré son air téméraire et enjoué, Jerrie est plutôt humble et réservée, alors que son époux veut faire d’elle une célébrité médiatique. Elle n’aspire qu’à retourner à une vie plus paisible et disparaît graduellement des feux des projecteurs.

Bien qu’elle conserva une passion pour l’aviation, elle ne pilota plus jamais le Spirit of Columbus qui fut acquis par la Cessna Aircraft Company qui l’exposa à ses installations de Wichita jusqu’en 1976. Cessna en fit alors don au National Air and Space Museum à Washington où on peut aujourd’hui l’admirer. En reconnaissance de son exploit, et de la publicité incroyable pour son image de marque, l’avionneur fit don à Jerrie d’un appareil Cessna 206 tout neuf avec lequel elle établira divers records de vitesse. En 1992, elle déménage à Quincy en Floride avec un de ses fils et mène une vie de retraite anonyme.

Pratiquement oubliée du grand public, son livre fut réédité pour souligner les 50 ans de son exploit. Aussi, à l’instigation de sa sœur, une levée de fonds fut organisée pour couler une statue de bronze inaugurée en 2013 dans sa ville natale de Newark. Une seconde statue fut également inaugurée en avril 2014 à l’aéroport Port Columbus. Un peu surprise de cette attention, mais tout de même contente, Jerrie est décédée quelques mois plus tard à l’âge de 88 ans. Elle survivra toutefois comme une immortelle du panthéon de l’aviation.

Autres biographies

PARTAGER
Article précédentJean NAVARRE
Article suivantElizabeth « Elsie » MacGILL
Marcel

Fils d’un militaire de l’armée de l’air canadienne (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l’aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.