Comment éviter un missile ?

Comment éviter un missile ?

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Comme le dirait Newton, le principe d’action-réaction s’applique aussi au missile, mais pas seulement à la propulsion, car tout avancée dans le domaine entraîne le développement d’une parade.

Mais que faire lorsque on a un missile au basque ? Si vous êtes croyant, une petite prière ne vous ferait pas de mal car la probabilité que vous retrouviez votre créateur, quel qu’il soit, est non négligeable. A défaut vous pouvez toujours croiser les doigts… de pied de préférence, car il est très compliqué d’appuyer sur des boutons du manche avec l’index et le majeur croisé. Vérifiez aussi que votre siège éjectable soit bien armé grâce à la poignée noire rayée de jaune située à droite du siège qui permet de désactiver le siège au sol ou dans les hangars… sinon vous aurez beau tirer sur la poignée d’éjection, le câble jaune et noir entre les jambes, ça ne marchera pas.

La plupart des armées de l’air ne sont pas très enclines à dévoiler leurs recettes pour éviter les missiles des autres. Il existe plusieurs manières de procéder selon la configuration du combat. Des tactiques faisant appel à diverses technologies mais également à la dextérité du pilote.

Pour mieux les comprendre et vous familiariser avec le jargon typique du pilote de combat, nous allons imaginer un scénario dans lequel vous serez placé en situation réelle. Vous vous retrouvez donc aux commandes d’un Rafale en configuration de supériorité aérienne avec 2 très coûteux Meteor sous le fuselage, 4 MICA-EM sous les ailes et 2 MICA-IR en bout d’ailes.

un E-3F, version française du celebre AWACS americain
Un E-3F, version française du celebre AWACS americain

D’abord bravo ! Après un exploit digne de François Pignon, vous avez réussi à vous retrouver tout seul à plus de 300 km du reste de votre formation. Alors que vous êtes en discussion très animée avec votre leader qui veut rester avec le Mirage 2000 que vous escortez, l’AWACS qui dirige les opérations dans le secteur vous contacte : « Bandit au 350 à 55 ».

Là vous sortez votre manuel « Pilote de chasse pour les nuls », au chapitre « Discussions radio ».

Ah voilà: « Bandit : expression signifiant qu’un nombre inconnu d’appareils de type inconnu a été détecté »… Bon, ça commence mal.

Le nombre qui suit est en degrés: « 350, ils ont dû se gourer, ça caille ici ! » En fait, cette valeur exprime l’angle qui sépare les bandits de l’axe de votre avion. OK, donc 350°. C’est normal et, en clair, ils sont en face de vous et un peu à gauche.

Le dernier nombre est la distance exprimée en nautiques : 1 nautique égalant environ 1,800 km, 55 nautiques font donc à peu près 100 km.

« Confirmation, deux Flanker hostiles ». Flanker étant le code OTAN pour le Sukhoï Su-27, un chasseur particulièrement redoutable.

un SU-27 flanker, un adversaire a ne pas prendre a la léger.
Un SU-27 flanker, un adversaire a ne pas prendre a la léger.

Ah voilà, votre radar de bord a été un peu long à la détente mais il finit tout de même par les détecter. Ni une ni deux, vous décidez de dilapider l’argent du contribuable en tirant deux Meteor. Vous savez cependant que les Su-27 vont les détecter lorsque vos missiles allumeront leurs radars. Vous choisissez donc de les guider grâce à votre liaison avion-missile (LAM) jusqu’à quelques kilomètres de leurs cibles pour ne pas leur laisser le temps de réagir.

vympel R-77
Vympel R-77

Les Su-27 se rapprochent à moins de 80 km, et tirent chacun deux R-77, juste avant d’être détruits par vos Meteor. L’AWACS détecte les missiles. Les 4 R-77 se dirigeaient vers votre position au moment du tir et, étant donné que les pilotes des Su-27 sont suspendus à leurs parachutes (les sièges éjectables russes sont très efficaces), ils auront du mal à remettre à jour vos coordonnées. Il vous faut donc vous éloigner le plus possible de votre ancienne position et pour cela, le mieux est de piquer et de tourner légèrement sur le côté mais sans faire un virage à 90°. Vous tournez alors vers la droite et, tout en vous rapprochant du sol, vous apercevez quatre traînées blanches s’étirer dans le ciel bleu.

Soudain une alarme retentit dans votre cockpit: les missiles ennemis viennent d’allumer leurs radars! C’est le moment de redoubler vos prières… Le missile le plus à droite vous a détecté et vous fonce dessus !

Le système de brouillage et de protection du Rafale, nommé SPECTRA, analyse les ondes émises par le radar et les compare à celles de sa bibliothèque de menaces. Il en conclut que le brouillage est une mauvaise solution. Les R-77 sont capables d’arrêter d’émettre pour remonter la source d’un brouillage, vous devrez donc les leurrer.

le système spectra est composer de nombreux élément. En bas a gauche, le détecteur d’alerte laser qui signal au pilote si un ennemi effectue une télémétrie laser avant le tir. Les blocs noires en haut a gauche et sur la dérive sont les RWR , voir fox1, qui analyse tout les type de radar le prenant pour cible . Les blocs vert sur l’entré d’air et a la base de la dérive sont les brouilleurs a proprement parlé. La petit vitre qui sort sur le coté de la dérive (DDM-IR) est le détecteur de départ missile, voir plus loin, qui comme sont nomme l’indique, vous préviens que vous été mal. La trappe bleu derrière les ailes cache les leurres thermiques, et juste derrière (pas visible sur cette image) il y a les tubes lance paillette.
Le système SPECTRA est composé de nombreux éléments.

Détails du système SPECTRA :

  • en bas à gauche, le détecteur d’alerte laser qui signal au pilote si un ennemi effectue une télémétrie laser avant le tir
  • les blocs noires en haut à gauche et sur la dérive sont les RWR , voir Fox-1, qui analyse tout les type de radar le prenant pour cible
  • les blocs vert sur l’entrée d’air et à la base de la dérive sont les brouilleurs à proprement parlé.
  • la petite vitre qui sort sur le coté de la dérive (DDM-IR) est le détecteur de départ missile
  • la trappe bleu derrière les ailes cache les leurres thermiques
  • juste derrière (non visible sur l’image), il y a les tubes lance-paillettes

Vous pouvez déjà essayer de diminuer la quantité d’ondes radar se réfléchissant sur votre avion. Pour cela, mieux vaut éviter de leur montrer le ventre de l’avion car les munitions sous les ailes « accrochent » beaucoup les ondes radar. Évitez également d’exposer l’arrière de votre avion car ce sont alors les turbines de vos réacteurs qui vont énormément les refléter. Évitez aussi le côté car vous aurez du mal à manœuvrer et ne leur foncez pas dessus car vous vous trouveriez alors entre les missiles et les leurres que vous pourriez utiliser. Évitez de leur montrer le dos de l’avion car il s’agit d’une grande surface facilement détectable… enfin bref, évitez tout d’abord de vous faire pourchasser par un missile ! Malgré tout, la moins mauvaise des solutions est quand même d’exposer le dos de votre avion, pour pouvoir couper la trajectoire du missile, comme nous le verrons plus tard.

"debout sur l'aile" position ideal pour un virage serré (les lances paillette sont entouré de rouge)
« Debout sur l’aile » position idéale pour un virage serré (les lances paillette sont entouré de rouge)

Sur le Rafale, le leurrage électromagnétique se fait grâce aux lance-paillettes spirales. Il est composé de deux tube de chaque coté de l’avion. Des pastilles métalliques pré-découpées sont envoyées contre une lame de taille réglable. Selon la taille de la lame la pastille se désagrège plus ou moins créant des paillettes dont la taille est parfaitement adapté à la longueur d’onde du radar à leurrer. Le largage crée un petit nuage de paillettes qui réfléchit plus d’ondes que l’avion et attire donc le missile qui explose juste derrière vous. Après une grosse secousse, une vérification de vos écrans de contrôle vous rassure. Votre avion n’est pas endommagé mais votre piqué pour échapper aux missiles vous a ramené à 300 mètres du sol.

un mig-29 fulcrum, pas tout jeune mais efficace
Un MiG-29 Fulcrum, pas tout jeune mais efficace

Vous admirez la forêt qui défile sous votre avion lorsque l’alarme du DDM (Détecteur de Départ Missile qui repère la chaleur de l’allumage d’un missile) vous prévient que vous êtes mal. Un regard à gauche : rien… Un regard à droite : c’est confirmé, vous êtes aussi chanceux que John McClane dans « Die Hard ». Vous vous retrouvez en plein sur la trajectoire de deux MiG-29 qui patrouillaient à basse altitude et se confondaient avec les échos parasites du sol, ce qui les rendait invisibles pour l’AWACS.

un missile Vympel R-73
Un missile Vympel R-73

Les MiG se trouvent à 5 heures. Pour comprendre cette manière de se situer, imaginez que vous êtes au centre d’une montre et que devant vous c’est 12 h (ou 0 h)… 5 h veut dire qu’ils sont derrière vous sur la droite. L’un des deux tire un R-73 à guidage infrarouge. Déjà ne songez même pas à couper vos réacteurs pour « faire le mort », ça ne marche que dans les films ! En réalité, il faudrait plusieurs dizaines de minutes pour que vos réacteurs refroidissent suffisamment et encore ça ne tromperait pas un missile moderne. Oubliez aussi les poursuites interminable au cours desquelles le missile reste plusieurs minutes à une centaine de mètres derrière vous. Normalement, vous devriez vous traîner à Mach 0,5 (environ 600 km/h) voire moins, alors que le missile vole à Mach 3 (environ 3700 km/h). La poursuite ne va donc durer que quelques secondes tout au plus. Le premier réflexe à avoir est de couper la trajectoire du missile en virant du côté d’ou vient le missile, sur la droite dans le cas présent. Cela l’oblige à tourner plus serré et parfois cela suffit à le faire sortir d’un virage trop large et de plus vous vous retrouverez à la perpendiculaire du missile, ce qui diminuera sa perception de la chaleur de vos réacteurs.

leurre thermique tiré par un F-15
Leurre thermique tiré par un F-15

Normalement, vous devriez être à la vitesse de combat idéale du Rafale : la vitesse à laquelle l’avion tourne le plus vite et le plus serré. Si vous allez trop vite, n’hésitez pas à couper la postcombustion ou PC. Il est possible de leurrer le missile même avec la PC allumée, mais mieux vaut ne pas chauffer inutilement et mettre toutes les chances de votre côté. Vous devez aussi alléger votre avion au maximum car vous allez devoir virer très serré. Pour cela, il y a un bouton spécial sur le Rafale : il s’agit d’un des boutons d’urgence rayé de noir et de jaune. Ce bouton placé en position A-A permet de larguer tout ce qui n’est pas utile au combat air-air.

Une fois à la perpendiculaire du missile, vous larguez les leurres thermiques. Ce sont comme des petits feux d’artifice extrêmement chauds, plus souvent utilisés pour faire de belles photos que pour leurrer un missile. Sur le Rafale, ils sont placés de part et d’autre des réacteurs, juste derrière les ailes. Attiré par la chaleur extrême des leurres, le missile se précipite dessus et explose, laissant encore une fois votre avion intact. Vous n’avez plus qu’à terminer votre virage pour vous retrouver face aux deux MiG et leur envoyer vos deux MICA-IR, eux aussi à guidage infrarouge… avant de rejoindre la base pour fêter vos quatre victoires (plus qu’une et vous êtes un as !) et surtout votre survie face à des R-77 et un R-73, deux des missiles les plus efficaces au monde.

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Thibaut
Je tien d’abords a remercie mes amis du forum (ou je réponds au pseudo de phenix) qui m’ont aidé dans mes rédactions. Pour ma part, ma passion de aviation (surtout les appareils de combat moderne) ma poussé à quitter l’Ardèche pour une entrer dans une école d’ingénieure aéronautique a Toulouse.