Les débuts de la lutte antiaérienne

Les débuts de la lutte antiaérienne

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Bataille de Fleurus - 26 juin 1794 - premier emploi du ballon captif d’observation

Lorsque les aérostiers s’en mêlent

Paris 1870 - Départ de l'Armand Barbes Musée Carnavalet
Paris 1870 – Départ de l’Armand Barbes
Musée Carnavalet

La première utilisation d’un ballon d’observation dans l’histoire militaire revint aux français (Fleurus-1794). Cette initiative ouvrit de nouvelles perspectives aux combattants mais l’effet de surprise n’entraina aucune riposte particulière de la part des coalisés (Royaume-Uni, Autriche et Hanovre).

Les campagnes napoléoniennes ne furent pas propices au développement des ballons d’observation. L’idée fut rapidement abandonnée à cause d’une logistique trop imposante. Il faut attendre la seconde partie du 19ème siècle pour voir les ballons d’observation en tant que partie intégrante d’une armée (USA, Union Army Balloon Corps – 1861 / France, Compagnie des Aérostiers Militaires – 1870). Avec le développement de l’artillerie moderne, cela eut pour effet immédiat l’augmentation considérable de la profondeur des champs de bataille.

Canon Krupp antiaérien  1870
Canon Krupp antiaérien 1870

La guerre franco-prussienne voit apparaître la première arme antiaérienne. Face aux ballons français, les forces allemandes vont mettre en service un canon spécialement modifié par les usines Krupp. Ce 37mm modifié (ballonkanone) devait empêcher les tentatives de ravitaillement ou de départ par les airs de Paris assiégé.

On en était toujours à l’observation visuelle mais pour la première fois, la riposte était spécifique et immédiate. Les militaires de deux camps avaient compris l’importance de cette nouvelle arme et il était hors de question de laisser le moindre avantage à l’adversaire. Cette fin de 19ème siècle verra les prémices de la détection acoustique. D’abord de conception civile, cette nouvelle technologie sera très vite mise au service des militaires.

Les premiers pas de la détection acoustique

Le premier appareil digne de ce nom fut inventé et breveté en 1880 par le professeur Mayer du Stevens Institute of Technology à Hoboken, New Jersey. Le Topophone a été conçu afin de faciliter la navigation sous une visibilité réduite (Brouillard). Son utilisateur pouvait localiser l’origine et la direction d’une source sonore invisible (autre bateau, sifflet à vapeur, corne de brume, etc…) et quelques observations successives permettaient, avec une certaine marge d’erreur et de l’expérience, d’en estimer la distance.

En 1896, toujours aux Etats Unis, David Porter Heap, officier du Corps des ingénieurs de l’Armée, déposa à son tour le brevet d’un topophone amélioré. Le dossier était sans équivoque.

Extrait (Ref :Application filed October 22, 1896. Serial N° 609,664) :

« Le but principal de cette invention est de permettre aux navires de changer la direction ou de mouvement par rapport à des objets dangereux, tels que d’autres bâtiments, des icebergs, des terres ou des obstacles similaires et d’assurer leur circulation en toute sécurité donc d’éviter tout contact ou collision avec eux. Ce but est atteint au moyen d’un instrument par lequel la direction ou la source des sons produits ou réfléchis peut être déterminée dans le temps permettre au navire d’échapper, si nécessaire au danger.

Le dit objet (obstacle) ne pouvant pas être perçu visuellement, comme la nuit, par temps de brouillard, ou en raison de la distance. L’instrument peut servir à d’autres applications comme lors d’une guerre, quand il est souhaitable de déterminer l’emplacement d’un corps (présence humaine) ou la position d’un canon dangereux et autres même lorsqu’ils ne sont pas visibles.».

Londres - Crystal Palace - Tentative de communication avec un aérostier - 1898
Londres – Crystal Palace – Tentative de communication avec un aérostier – 1898

Bien entendu, les Etats Unis n’ont pas l’exclusivité dans le domaine de la détection et de la localisation acoustique. En Europe, chaque état et plus particulièrement chaque grande puissance s’intéresse au sujet avec des résultats relativement similaires et pour cause, en ce début de 20ème siècle, les fondements scientifiques et technologiques ne diffèrent guère d’un continent à l’autre.

Conjointement, c’est durant ces premières années du 20ème siècle que débuteront les toutes premières expérimentations sur l’utilisation des ondes électromagnétiques. La véritable éclosion de ces recherches n’aboutira qu’à l’aube du second conflit mondial avec l’apparition du radar (Radio Detection And Ranging) et du sonar (Sound Navigation and Ranging). Pour sûr, les grandes oreilles et les cornets acoustiques ont encore de belles années devant eux.

Les années 1900 – la menace de l’air

Après la multiplication des ballons captifs, l’entrée en scène des dirigeables et des premiers aéroplanes marquent ce début de ce 20ème siècle. D’abord de conception civile, ces derniers font très vite l’objet d’un intérêt grandissant de la part des militaires. Les gains en vitesse et en altitude de cette nouvelle arme entrainent inévitablement un accroissement des moyens de défense terrestre ce qui incite les artilleurs à rechercher de solutions pour contrecarrer ce nouveau danger.

En France, le premier document attestant l’intérêt de la création d’un moyen de défense antiaérien date d’Avril 1900. Rédigé par des officiers artilleurs, il est question d’un programme de recherche sur les possibilités d’attaquer les dirigeables. Ensuite, des études de tir sur aéronefs sont entreprises dans le courant de l’année 1904 et deux ans plus tard, une demande est introduite afin de développer un matériel et des munitions spécifiques à la lutte antiaérienne.

Outre-Manche, la Grande Bretagne a également reconnu la nécessité d’une capacité antiaérienne. L’aviation n’étant pas encore suffisamment performante, le danger principal émane des dirigeables et plus particulièrement du Zeppelin. A cette fin, le gouvernement britannique décide l’implantation de points d’écoute et de défense le long de ses côtes ainsi qu’autour de certains sites stratégiques comme les installations navales et autres points vulnérables tels que Londres.

Plus singulièrement, l’engouement est général. Toutes les grandes nations élaborent de nouveaux types d’armement antiaérien  sur supports fixes ou mobiles ainsi que le matériel attenant tel que les dispositifs d’écoute, la télémétrie, les projecteurs de recherche et de guidage, etc… Mais en cette année 1913, tout est loin d’être parfait, le matériel fait défaut et les manques de cohésion ou de stratégie handicapent fortement cette nouvelle arme qui s’avérera pourtant efficace et redoutable durant les années à venir.

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De mon vrai nom Patrick Debaisieux, j’ai gardé comme speudo « Mercator » célèbre cartographe (1512-1594) issu de mon plat pays. Forcément, j’apprécie tout ce qui touche de près ou de loin à l’aviation et plus particulièrement l’époque 1918-1939. Amateur de « Bons mots » et de lecture, je me définis plus comme homme des bois que des villes et je suppose qu’avec mes 57 balais, je ne changerai plus guère.