Les Corsair en Algérie, appui aérien au-dessus des djebels

Les Corsair en Algérie, appui aérien au-dessus des djebels


S’il est un chasseur qui dans l’inconscient collectif est totalement rattaché à la guerre du Pacifique c’est bien le Vought F4U Corsair, popularisé dans les années 1970 et 1980 par la série télé Les Têtes Brûlées. Pourtant limiter l’action de cet excellent chasseur-bombardier à la seule Seconde Guerre mondiale serait une grave erreur historique. En effet, sous les couleurs américaines, il participa également aux opérations en Corée tandis que les Français eurent recours à ses services en Indochine, aux abords du canal de Suez, puis enfin en Algérie. C’est à cette dernière facette de sa carrière opérationnelle que nous allons nous intéresser : les Corsair employés par l’aéronavale française dans la guerre d’Algérie.

Alors cassons ici un mythe. Oui la France a eu recours massivement à l’aviation de combat en Algérie dans ce qui s’apparentait alors à une guerre civile, qui n’était pourtant reconnu par l’état que comme une (vaste) opération de maintien de l’ordre et qui finalement fut la plus sanglante guerre d’indépendance de la seconde moitié du vingtième siècle. Parmi tous les aéronefs d’arme employés là-bas le F4U Corsair fait figure d’avion à part.

Certes il n’était pas le plus moderne quand il fit son apparition dans le conflit en décembre 1956, mais il n’était pas plus obsolète non plus que les vieux Republic P-47 Thunderbolt et North American T-6 Texan utilisés alors par l’Armée de l’Air pour des missions d’appui aérien rapproché au profit des troupes terrestres.
Pour transporter bombes, paniers à roquettes, et bidons de napalm il n’était nullement besoin d’avoir des jets ultramodernes.

Mais alors si ces deux types d’avions existaient dans la région pourquoi faire appel à un troisième, qui plus est rattaché à la marine ?

Justement parce que la Marine Nationale avait décidé de déployer régulièrement depuis le mois d’août 1955 ses troupes d’élite, et notamment les commandos de Penfentenyo et Trepel. Ces hommes, aguerris aux missions à haut risque, avaient pour mission de traquer et de capturer les résistants de l’ALN (l’Armée de Libération Nationale) afin de les remettre aux autorités coloniales françaises. Seulement voilà les guerres de clochers entre marins et aviateurs existaient, et l’appui aérien se faisait souvent attendre.

De ce fait quand en décembre 1956 les premiers Vought F4U-7 Corsair font leur apparition dans le ciel algérien ils provoquent un véritable ouf de soulagement par les commandos de marine. Désormais ils vont posséder leurs propres avions de couverture aérienne. Et c’est là tout le secret du Corsair en Algérie : il n’y a jamais servi comme chasseur ou comme chasseur-bombardier mais uniquement comme avion d’attaque et d’appui aérien rapproché. Très rapproché même si on en croit les témoignages d’anciens pilotes et d’anciens combattants. Les Corsair étaient en effet en Algérie des champions du vol en radada, que ce soit au-dessus du relief accidenté des djebels ou plus plat du désert saharien.

Vought F4U-7 sur le tarmac de Telergma.
Vought F4U-7 sur le tarmac de Telergma.

Il faut savoir que la majorité des F4U-7 Corsair de l’aéronavale servit depuis le sol. C’est depuis la Base Aérienne 211 de Telergma, à une vingtaine de kilomètres au sud de Constantine, dans le nord-est algérien que les avions frappés du hameçon opéraient généralement. Cependant quelques appareils furent employés depuis le pont d’envol du Bois-Bellau, seul porte-avions français ayant fait opérer des Corsair en Algérie.

Le gros des missions des Corsair était donc l’appui aux troupes de marines, commandos mais aussi les hommes de la demi-brigade de fusiliers-marins (ou DBFM) qui assuraient eux des missions dans l’Oranais non loin de la frontière avec le Maroc. Les Corsair opéraient généralement par patrouille de trois ou quatre avions, et les pilotes étaient en liaison radio constante avec le sol. Il n’était pas rare qu’un quadrimoteur de reconnaissance maritime Consolidated PB4Y Privateer assure lui-aussi la mission en tant que poste de commandement aéroporté.

Même si les Corsair ne décollaient jamais en configuration lisse, les quatre canons de 20mm d’ailes de ces avions représentaient une puissance de feu considérable contre les troupes de l’ALN. Il n’était pas rare que l’aéronavale emploie ses F4U-7 pour des missions de nuit à la recherche des katibas, ces formations d’une centaine de combattants algériens qui se déplaçaient à la lueur de la lune. Outre les obus de 20mm dans ces cas là les monomoteurs emportaient des roquettes HVAR de 127mm placées directement sous les ailes ou bien des roquettes Thomson de 68mm en paniers.

Mais pour certaines opérations plus lourdes il arriva que ces avions emportent sous les ailes des bombes lisses de 454kg. Cependant une arme était souvent employée : le bidon de napalm. Malgré une certaine opposition dans l’opinion publique française ces armes à très haut pouvoir incendiaire furent employés pour bombarder et détruire des caches de résistants de l’ALN et du FLN (Front de Libération Nationale, la branche politique de l’ALN) notamment dans les zones difficiles d’accès des djebels, notamment kabyles.

Il existe d’ailleurs une anecdote intéressante sur les bidons de napalm. Quand les Corsair rentraient à Telergma avec certains d’entre eux non largués, les pilotes devaient s’en débarrasser juste avant. Ils avaient pris l’habitude de « bombarder » une petite colline au sud de la base, que les militaires français avaient fini par surnommer la « colline de verre » en référence à la vitrification qui résultait du sol après son exposition au napalm. On ignore combien de tonnes de napalm furent déversées par les Français en Algérie, tout juste sait-on que les pilotes de Corsair y ont largement pris leur part.

Il est à signaler qu’en 1958 les pilotes de F4U-7 reçurent en plus des AU-1. Cet avion était une version spécifique d’attaque du Corsair, initialement destiné à l‘US Marines Corps et employé d’abord en Corée puis en Indochine. Une soixantaine d’avions fut cédée à l’aéronavale par l’US Navy dont certains étaient des avions rétrocédés justement après l’Indochine. Le Vought AU-1 était notamment spécialisé dans l’attaque à basse altitude et le bombardement en ressource.

Un Corsair français embarqué... en Algérie.
Un Corsair français embarqué… en Algérie.

On ne peut pas ici citer toutes les missions de combat auxquels les Corsair prirent part mais soulignons-en deux particulières. En août 1959 les hommes de la DBFM étaient sérieusement accrochés dans l’est oranais au petit matin par les combattants d’une katiba, ils réclamèrent un appui aérien qui prit la forme de six Corsair de la Flottille 12F. Les avions étaient principalement armées de roquettes de 127mm sous les ailes. Leurs pilotes ouvrirent, par le feu, un corridor permettant aux marsouins de s’extraire du piège tendu par la résistance algérienne. Dans le même temps deux hélicoptères Piasecki H-21 déposèrent deux sticks de commandos qui avaient pour mission de reprendre un piton rocheux non loin de là. Les combat durèrent deux jours, nécessitant quatre rotations de six Corsair à chaque fois. Au final le piton fut repris mais au prix de plusieurs dizaines de morts, des deux camps.

Corsair français configuré en chasseur.
Corsair français configuré en chasseur.

Dans la soirée du vendredi 21 avril 1961 quatre Corsair sont en patrouille de combat non loin de Telergma quand ils reçoivent l’ordre d’immédiatement rejoindre la base. Les bombes et roquettes sont immédiatement déposées et on installe des réservoirs de carburant supplémentaires. À Alger plusieurs points sensibles sont tombés aux mains des légionnaires et parachutistes français, c’est le début du putsch des généraux. Les amiraux de l’aéronavale eux décident de rester fidèles à la république et au Président Charles de Gaulle. Pour la première et seule fois de la guerre d’Algérie les Vought AU-1 et F4U-7 Corsair vont assurer des missions de chasse. La crainte des marins, mais aussi des autorités politiques à Paris c’est que l’Armée de l’Air ne décide de rallier les putschistes.

Les Corsair des Flottilles 12F et 14F vont alors procéder à des missions de chasse à basse altitude au-dessus d’Alger et notamment de son aéroport tombé aux mains des paras légionnaires du 1er REP. Les pilotes de l’aéronavale n’hésitent pas à réaliser plusieurs survols à très basse altitude afin de montrer les crocs.
Jusqu’au matin du lundi 24 avril les vieux monomoteurs assurent des missions de défense aérienne aux côtés des aviateurs de l’Armée de l’Air, puis se retirent et reprennent leurs vols d’appui aérien.

Rétrospectivement on peut se demander ce que des pilotes d’AU-1 et de F4U-7 auraient bien pu faire contre des aviateurs aux commandes de Super Mystère B2 et de Vautour alors ultramodernes. Fort heureusement l’Armée de l’Air (comme l’aéronavale) est demeurée fidèle à la République Française et n’a pas suivi les généraux putschistes et les terroristes de l’OAS.

Finalement les Corsair ont quitté l’Algérie peu de temps après les accords de cessez-le-feu signés à Évian le 18 mars 1962. Ainsi se terminait la très sanglante guerre d’indépendance de l’Algérie et par la même occasion l’action armée des Corsair sous la cocarde à hameçon. Deux ans plus tard la Marine Nationale réformait ses derniers AU-1 et F4U-7. Le rôle tenu à cette époque par les Corsair est celui aujourd’hui dévolu aux hélicoptères de combat et aux drones d’appui aérien.

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