Plus encore que la guerre du Vietnam vingt ans auparavant la guerre du Golfe lancée en 1990-1991 fut véritablement marquée par un choc technologique entre des avions ultra-modernes à l’image du Lockheed F-117A NightHawk furtif et d’autres nettement plus rustiques tels les North American OV-10D Bronco à turbopropulsion. Au milieu de cet arsenal invraisemblable auquel venait s’adjoindre les avions britanniques, français, ou encore saoudien on trouvait des machines plus traditionnelles telles le chasseur standard de l’US Navy à cette époque : le Grumman F-14 Tomcat.

Un Tomcat paré au décollage.

On le sait désormais les militaires irakiens redoutaient d’avoir à affronter le Tomcat au-dessus de leur territoire. Même leurs plus récents et plus évolués avions de combat, des Mikoyan-Gurevitch MiG-29 Fulcrum d’origine soviétique et des Dassault Mirage F1EQ de facture française ne faisaient pas le poids face au chasseur américain à géométrie variable. Du coup c’est auréolé d’une image de force brute que le Tomcat fit son apparition dans le Golfe.

Il faut dire qu’au matin du 17 janvier 1991 quand les hostilités furent lancées pas moins de quatre escadrilles de l’US Navy étaient en alerte sur Tomcat : les VF-14, VF-32, VF-103, et VF-211. Les deux premières depuis le pont du porte-avions USS John Fitzgerald Kennedy (CV-67) et les deux autres depuis une base en Arabie Saoudite. Pourtant aucun d’entre eux ne prit part aux opérations aériennes dans les vingt-quatre premières heures. En cause ? Une brouille diplomatique entre l’état-major de l’US Navy et celui de l’US Air Force.

Des Tomcat à bord de l’USS John Fitzgerald Kennedy.

La mission de CAP (pour combat air patrol, c’est-à-dire l’interdiction air-air d’un espace aérien) était alors réservée aux McDonnell Douglas F-15 Eagle et aux General Dynamics F-16 Fighting Falcon de l’US Air Force ainsi qu’à plusieurs types d’avions de la coalition internationale dont les Dassault Mirage 2000C de l’Armée de l’Air. Chasseur pur le Tomcat n’était pas donc non plus engagé dans les missions de CAS (pour Close Air Support, soit appui aérien rapproché) au profit des troupes terrestres.

Au bout de vingt-quatre heures quand enfin les pilotes de Tomcat purent être catapultés le ciel irakien avait déjà été largement nettoyé de toute menace ennemie tangible. Cependant les Tomcat assurèrent leur mission le plus proprement possible. Quand ils n’assuraient pas l’interdiction du ciel ils escortaient les vagues d’avions d’armes de l’aéronavale américaine, les fameux camions à bombes Vought A-7E Corsair II et les tueurs de radars Grumman EA-6B Prowler.

Une photo très « Top Gun » du Tomcat.

Le 24 janvier 1991 alors que huit Tomcat appartenant au squadron VF-103 décollèrent d’Arabie Saoudite en accompagnement d’un raid aérien mené par des Corsair II et appuyés par un avion-espion Lockheed ES-3A Shadow. Ce dernier type d’avion était alors ultraconfidentiel n’ayant officiellement pas encore été accepté au service. De ce fait deux des huit avions de chasse avaient la charge de le protéger. C’est au-dessus de la base irakienne d’Al-Asad dans le centre du pays que les Corsair II larguèrent leurs bombes et tirèrent leurs missiles AGM-65 Maverick. L’objectif était la cinquantaine d’avions de combat Mikoyan-Gurevitch MiG-21 Fishbed, Mikoyan-Gurevitch MiG-25 Foxbat, et Sukhoi Su-22 Fitter qui y étaient habituellement stationnés. Cependant la base était fortement protégée par la DCA irakienne. Plusieurs missiles anti-aériens SA-2 Guideline furent tirés et l’un d’entre eux accrocha le Grumman F-14A Tomcat numéro BuNo 161430 obligeant son équipage à s’éjecter. Le biréacteur fut intégralement pulvérisé par les 200kg de la charge de combat du missile.

Immédiatement une opération de sauvetage au combat fut montée par l’US Air Force, accompagnée de commandos d’élite américains du 1st Special Forces Operational Detachment de l’US Army, autrement mieux connu sous le nom de Delta Force. Ils réussirent à récupérer sain et sauf le pilote mais son coéquipier avait déjà été capturé par les forces irakiennes. Il fut fusillé quelques jours seulement avant la reddition de l’Irak.
Ce drame est la seule perte d’un F-14 Tomcat durant la guerre du Golfe.

La guerre terminée, les Tomcat survolèrent les puits de pétrole enflammés par les armées de Saddam.

Pour autant le puissant avion de combat ne brilla guère dans les cieux irakiens. Aucun avion ne fut abattu par l’un d’entre eux, même pas un appareil de transport. Au final les pilotes et équipages du gros matou durent se contenter de deux hélicoptères : un Mil Mi-8 de transport abattu suite au tir d’un missile air-air AIM-9B Sidewinder et un Aérospatiale SA-342 Gazelle d’appui aérien rapproché descendu au canon de 20mm. Certaines sources font aussi état d’un MBB Bö 105 sans que cela ne puisse être vérifié. Ce n’est donc pas forcément un résultat des plus glorieux pour celui qui était alors encore considéré comme un des meilleurs chasseurs au monde.

Au final l’US Navy utilisa plus son puissant avion de combat à des fins de propagande que comme réel chasseur. Il est à noter que les Grumman F-14 Tomcat volèrent au-dessus de l’Irak et du Koweït encore trois semaines après la fin des hostilités. Equipés d’une nacelle de reconnaissance TARPS (pour Tactical Airborne Reconnaissance Pod System) ils assurèrent des missions de surveillance au-dessus des puits de pétrole enflammés autant que des missions post-strike aux côtés des McDonnell Douglas RF-4C Phantom II de l’US Air Force.

La nacelle de reconnaissance TARPS, emporté sous les Tomcat.

Ainsi se termina le déploiement de chasseurs largement sous employés. Surtout cette manière de faire démontra bien que la guerre du Golfe avait été pensée par et pour l’US Air Force et sûrement pas pour l’aéronavale. Car l’affaire des Tomcat n’est que la partie visible de l’iceberg.

Autres parties du dossier

Explorez l'ensemble du contenu du dossier...



Autres dossiers à consulter