Une des spécialités les plus étonnantes de l’aviation militaire américaine est celle des DACT (pour Dissimilar Air Combat Training) consistant en un entraînement avancé des pilotes de combat aérien dans des conditions les plus proches possibles de la réalité. Mise en lumière en 1986 par le film hollywoodien Top Gun les DACT s’appuient sur une flotte de machines ultra-spécialisées, souvent d’ailleurs des avions de combat utilisés pour agresser les pilotes.

Bien entendu durant la guerre froide il était impossible pour les dirigeants américains de disposer d’une flotte entière d’avions de combat de facture soviétique type MiG-21 Fishbed ou MiG-23 Flogger, et ce malgré des tentatives toutes plus infructueuses les unes que les autres. À la même époque l’US Department of Defense s’intéressa également à l’acquisition d’avions de conception française Mirage III mais là encore sans succès.

F-21A Kfir sous livrée standard de l’US Navy.

C’est pourtant bien avec un avion à aile delta que l’aéronavale américaine allait s’équiper pendant quatre années. En effet début 1985 un accord fut passé avec l’avionneur Israel Aircraft Industries en vue de la fourniture, en location, d’un lot de vingt-cinq monoplaces Kfir C2. Ces avions avaient alors le mérite d’être totalement inconnus des pilotes américains, mais aussi de simuler au mieux les avions ennemis fournis par l’URSS à ses état satellites.
Par ailleurs, par essence proche du Mirage 5, les Kfir pouvaient au mieux simuler les chasseurs delta de Dassault eux aussi fournis à des états en opposition permanente avec les États-Unis tels le Liban ou la Libye. Dans la nomenclature américaine ces avions allaient devenir des F-21A tandis que le patronyme de Kfir demeurerait.

L’accord prévoyait dans un premier temps la livraison de douze avions à l’US Navy afin de doter le squadron VF-43 basé à NAS Oceana en Virginie. Cependant pour des raisons purement logistiques ses avions volaient la plus part du temps depuis NAS Fallon dans le Nevada à plusieurs milliers de kilomètres plus à l’ouest. Cette dernière est en effet le siège de l’US Navy Fighter Weapons School, le vrai nom de Top Gun ! À la différence des autres Kfir exportés par Israël les F-21A n’emportaient aucun armement, ni en interne ni en externe.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que les F-21A Kfir changeaient radicalement la donne dans la formation avancée des pilotes de chasse embarqué. Jusque là ils devaient affronter des Douglas A-4F Skyhawk et des Northrop T-38A Talon, deux modèles d’avions bien connus d’eux tandis que désormais ils se retrouvaient nez à nez avec des machines inconnues pour eux.

Trois F-21A Kfir de la VMFT-401 en patrouille.

Cependant la plus grosse surprise fut bien pour les pilotes du squadron VF-43 qui durent dompter leur nouvelle monture et notamment s’habituer aux évolutions à basse altitude sur aile delta. Les premières phases d’atterrissage furent particulièrement périlleuses. Un F-21A passa même onze mois en ateliers après qu’au retour d’une mission un instructeur ait cassé son train d’atterrissage avant et terminé sa course dans l’herbe de NAS Oceana.

En face les pilotes américains, qui majoritairement volaient sur alors Grumman F-14 Tomcat ou sur les (alors) ultramodernes McDonnell Douglas F/A-18A & B Hornet, furent particulièrement surpris par les capacités d’évolutions serrées des F-21A Kfir. Ils devaient donc réapprendre le combat aérien en dogfight face à un appareil dont ils ne savaient rien. Il faut dire qu’à l’époque aucune convention d’échange n’existait entre Heyl Ha’Avir et l’aéronavale américaine, les avions israéliens étant alors totalement inconnus aux pilotes de l’US Navy.

F-14 Tomcat Vs F-21 Kfir : toute une époque !

C’est en juin 1987 que leurs collègues de l’US Marines Corps en firent eux-aussi la découverte. À cette époque le squadron VMFT-401 perçut ses premiers F-21A Kfir, en fait le second lot de douze avions. Ils furent basés à MCAS Yuma en Arizona. Un treizième exemplaire fut bien livré, mais par une pure superstition typiquement américaine il ne servit jamais en unité, étant même rétrocédé en avril 1988 à l’US Navy… qui ne l’accepta pas plus au sein du squadron VF-43. Finalement ce (deux fois) treizième Kfir fut utilisé comme plastron au sol pour la formation des mécanos.

C’est parfois frappés d’une étoile rouge rappelant celle des avions soviétiques que les F-21A Kfir de l’US Navy et de l’US Marines Corps volèrent alors. Même si certains avions étaient porteurs d’une livrée basse visibilité unie grise certains volèrent cependant dans une camouflée qui n’était pas sans rappeler celle des appareils de certains pays moyen-orientaux.

Un F-21A à la pompe, une image récurrente à l’époque.

Malgré des qualités indéniables, notamment en combat aérien serré, les IAI F-21A Kfir n’étaient pas sans défaut pour les généraux et amiraux américains. Le fait qu’ils étaient incapables d’être ravitaillés en vol par les Lockheed KC-130R Hercules de l’US Marines Corps raccourcissaient grandement leur rayon d’action et donc leur disponibilité. D’autant que les évolutions serrées en dogfight face aux Tomcat et aux Hornet entamaient vraiment leurs réserves de carburants.

L’année 1989 fut marquée par le retrait du service de ces avions après respectivement 5500 et 4000 heures de vols pour les machines des squadrons VF-43 et VMFT-401. La majorité des F-21A fut rendue à IAI qui les rénova et surtout les réarma. Six d’entre eux furent livrés six ans plus tard à la Sri Lanka Air Force tandis que trois furent livrés à l’Équateur en 1996. Les autres prirent le chemin des stocks de Heyl Ha’Avir.

Le F-21A dans toute sa splendeur, PC allumée.

Les IAI F-21A furent remplacés dans l’US Navy par des General Dynamics F-16N Fighting Falcon et dans l’US Marines Corps par des Northrop F-5E Tiger II. Des avions beaucoup moins exotiques pour les pilotes américains qui devaient les affronter au-dessus du Nevada et de l’Arizona.

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