L’Armée de l’Air à l’automne 1978 : organigramme et unités

L’Armée de l’Air à l’automne 1978 : organigramme et unités


Il y a près de quarante ans, en octobre 1978 l’Armée de l’Air franchissait un cap historique : 100 000 heures de vol sur l’avion de combat Dassault Mirage III. En fait, c’est un Mirage IIIE de l’Escadron de Chasse 3/2 Alsace qui franchit ce cap lors d’une simple mission d’entraînement. En moins de vingt ans ce jet monoréacteur avait révolutionné la chasse française. Quelques mois auparavant, le 10 mars 1978 c’est le tout nouveau jet de combat Dassault Mirage 2000A qui avait réalisé son premier vol, celui-là même qui devait ensuite prendre le relais des Mirage III.

Plongeons donc dans les entrailles de cette Armée de l’Air à l’automne 1978, une force aérienne très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui.

Et pour cause, la Guerre froide battait encore son plein, et la France était parmi les alliés indéfectibles des États-Unis dans la lutte contre le communisme universel, alors vacillant. À l’étranger, l’Armée de l’Air était surtout présente dans ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne, avec cependant des capacités de projection reflétant piteusement les doctrines d’emploi d’une guerre aérienne de centre-Europe.

L'omniprésent chasseur Dassault Mirage IIIE.
L’omniprésent chasseur Dassault Mirage IIIE.

Nous vous proposons donc de nous intéresser à l’organigramme des unités de l’Armée de l’Air et à leurs montures de l’époque. Pour chaque commandement les unités sont données dans l’ordre numérique de leur désignation.

Le Commandement Air des Forces de Défense Aérienne

Le premier des grands commandement était alors le CAFDA qui avait pour rôle, primordial en période de conflit larvé avec le Pacte de Varsovie et ses puissantes forces aériennes, d’assurer la défense aérienne du territoire métropolitain français, mais aussi d’une partie de ses dépendances ultramarines. Il était organiquement installé sur la Base Aérienne 921 de Taverny en banlieue parisienne. Partiellement souterraine, enfouie sous la forêt de Montmorency, cette base avait été affectueusement surnommée « le trou » par le Président de la République Charles de Gaulle.

  • Escadron de chasse 1/5 Vendée, installé sur la Base Aérienne 115 d’Orange, volant alors sur Dassault Mirage F1C.
  • Escadron de chasse 2/5 Île-de-France, installé sur la Base Aérienne 115 d’Orange, volant alors Dassault Mirage F1B et sur Mirage F1C.
  • Escadron de chasse 1/10 Valois, installé sur la Base Aérienne 110 de Creil, volant alors sur Dassault Mirage IIIC.
  • Escadron de chasse 2/10 Seine, installé sur la Base Aérienne 110 de Creil, volant alors sur Dassault Mirage IIIC.
  • Escadron de chasse 3/10 Vexin, installé sur la Base Aérienne 188 de Djibouti, volant alors sur Dassault Mirage IIIC.
  • Escadron de chasse 1/12 Cambrésis, installé sur la Base Aérienne 103 de Cambrai, volant alors sur Dassault Mirage F1C.
  • Escadron de chasse 2/12 Cornouaille, installé sur la Base Aérienne 103 de Cambrai, volant alors sur Dassault Mirage F1B et sur Mirage F1C.
  • Escadron de chasse 2/30 Normandie-Niemen, installé sur la Base Aérienne 112 de Reims, volant alors sur Dassault Mirage F1C.
  • Escadron de chasse 3/30 Lorraine, installé sur la Base Aérienne 112 de Reims, volant alors sur Dassault Mirage F1C.
Chargement d'un missile air-air R530D sur un Mirage F1C.
Chargement d’un missile air-air R530D sur un Mirage F1C.

Bien entendu on aura remarqué qu’en 1978 la défense aérienne française reposait sur deux modèles d’avions de combats, les Mirage IIIC et Mirage F1C, deux modèles aujourd’hui totalement disparus des stocks français.

La Force Aérienne Tactique

La FATac est le deuxième grand commandement de l’Armée de l’Air à cette époque. Il est tourné essentiellement vers les missions d’attaque, d’appui aérien, et de suppression des défenses ennemies. Organiquement son état-major de force se trouve alors sur la Base Aérienne 128 de Metz.

  • Escadron de chasse 1/2 Cigognes, installé sur la Base Aérienne 102 de Dijon, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 2/2 Côte d’Or, installé sur la Base Aérienne 102 de Dijon, volant alors sur Dassault Mirage IIIB et Mirage IIIBE.
  • Escadron de chasse 3/2 Alsace, installé sur la Base Aérienne 102 de Dijon, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 1/3 Navarre, installé sur la Base Aérienne 133 de Nancy, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 2/3 Champagne, installé sur la Base Aérienne 133 de Nancy, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 3/3 Ardennes, installé sur la Base Aérienne 133 de Nancy, volant alors sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de chasse 1/4 Dauphiné, installé sur la Base Aérienne 116 de Luxeuil, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 2/4 La Fayette, installé sur la Base Aérienne 116 de Luxeuil, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 1/7 Provence, installé sur la Base Aérienne 113 de Saint-Dizier, volant alors sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de chasse 2/7 Argonne, installé sur la Base Aérienne 113 de Saint-Dizier, volant alors sur SEPECAT Jaguar A et Jaguar E.
  • Escadron de chasse 3/7 Languedoc, installé sur la Base Aérienne 113 de Saint-Dizier, volant alors sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de chasse 1/8 Saintonge, installé sur la Base Aérienne 120 de Cazaux, volant alors sur Dassault Mystère IVA.
Jaguar A au ravitaillement.
Jaguar A au ravitaillement.
  • Escadron de chasse 2/8 Nice, installé sur la Base Aérienne 120 de Cazaux, volant alors sur Dassault Mystère IVA.
  • Escadron de chasse 1/11 Roussillon, installé sur la Base Aérienne 136 de Toul, volant alors sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de chasse 2/11 Vosges, installé sur la Base Aérienne 136 de Toul, volant alors sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de chasse 3/11 Corse, installé sur la Base Aérienne 136 de Toul, volant alors sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de chasse 4/11 Jura, installé sur la Base Aérienne 188 de Djibouti, volant alors sur North American F-100D Super Sabre.
  • Escadron de chasse 1/13 Artois, installé sur la Base Aérienne 132 de Colmar, volant alors sur Dassault Mirage IIIE.
  • Escadron de chasse 2/13 Alpes, installé sur la Base Aérienne 132 de Colmar, volant alors sur Dassault Mirage 5F.
  • Escadron de chasse 3/13 Auvergne, installé sur la Base Aérienne 132 de Colmar, volant alors sur Dassault Mirage 5F.
  • Escadron de reconnaissance 1/33 Belfort, installé sur la Base Aérienne 124 de Strasbourg, volant alors sur Dassault Mirage IIIR.
  • Escadron de reconnaissance 2/33 Savoie, installé sur la Base Aérienne 124 de Strasbourg, volant alors sur Dassault Mirage IIIR.
  • Escadron de reconnaissance 3/33 Moselle, installé sur la Base Aérienne 124 de Strasbourg, volant alors sur Dassault Mirage IIIRD.
Un des derniers F-100D Super Sabre français.
Un des derniers F-100D Super Sabre français.

Quand on regarde de plus près la position géographique des bases de la FATac on découvre qu’elles étaient majoritairement dans l’est du pays, et pour causes elles étaient ainsi plus près de l’ennemi :  le Pacte de Varsovie.

Les Forces Aériennes Stratégiques

Troisième grande composante de l’époque, et pas des moindres les FAS ont la charge de l’arme atomique et de sa mise en œuvre mais aussi de sa logistique. Son état-major était également situé dans le « trou » de Taverny.

  • Escadron de bombardement 1/91 Gascogne, installé sur la Base Aérienne 118 de Mont-de-Marsan, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron de bombardement 2/91 Bretagne, installé sur la Base Aérienne 120 de Cazaux, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron de bombardement 3/91 Cévennes, installé sur la Base Aérienne 110 de Creil, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron de ravitaillement en vol 1/93 Aunis, installé sur la Base Aérienne 125 d’Istres, volant alors sur Boeing C-135F.
  • Escadron de ravitaillement en vol 2/93 Sologne, installé sur la Base Aérienne 702 d’Avord, volant alors sur Boeing C-135F.
  • Escadron de ravitaillement en vol 3/93 Landes, installé sur la Base Aérienne 118 de Mont-de-Marsan, volant alors sur Boeing C-135F.
Boeing C-135F dans sa livrée d'origine.
Boeing C-135F dans sa livrée d’origine.
  • Escadron de bombardement 1/94 Guyenne, installé sur la Base Aérienne 702 d’Avord, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron de bombardement 2/94 Marne, installé sur la Base Aérienne 113 de Saint-Dizier, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron de bombardement 3/94 Arbois, installé sur la Base Aérienne 116 de Luxeuil, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron de reconnaissance et d’instruction 1/328, installé sur la Base Aérienne 106 de Mérignac, volant alors sur Dassault Mirage IVA.
  • Escadron d’entraînement 2/328, installé sur la Base Aérienne 106 de Mérignac, volant alors sur Dassault Mirage IIIB.
  • Escadron de transport et d’instruction 3/328, installé sur la Base Aérienne 106 de Mérignac, volant alors sur Nord N2501 Noratlas et sur Lockheed T-33 T-Bird.
Sentiment de puissance à la vue de ce Mirage IVA.
Sentiment de puissance à la vue de ce Mirage IVA.
Le Commandement du Transport Aérien Militaire

Comme son nom l’indique le CoTAM avait pour mission la projection des forces mais aussi les missions de soutien, de liaisons, d’évacuations sanitaires, et de calibration radar. Son commandement était organiquement situé sur la Base Aérienne 123 d’Orléans.

L'increvable Noratlas.
L’increvable Noratlas.
  • Escadron de transport outre-mer 1/58 Guadeloupe, installé sur la Base Aérienne 365 de Pointe-à-Pitre, volant alors sur Nord N2501 Noratlas et sur Sud-Est SE-313 Alouette II.
  • Groupement de liaisons aériennes ministérielles 1/60, installé sur la Base Aérienne 107 de Villacoublay, volant alors sur Aérospatiale SA-316B Alouette III, Aérospatiale SA-330B Puma, Dassault Mystère 20, et Sud Aviation Caravelle.
  • Escadron de transport 3/60 Estérel, installé sur la Base Aérienne 107 de Villacoublay, volant alors sur Douglas DC-8.
  • Escadron de transport 1/61 Touraine, installé sur la Base Aérienne 123 d’Orléans, volant alors sur Transall C160F.
  • Escadron de transport 2/61 Franche-Comté, installé sur la Base Aérienne 123 d’Orléans, volant alors sur Transall C160F.
  • Escadron de transport 3/61 Poitou, installé sur la Base Aérienne 123 d’Orléans, volant alors sur Transall C160F.
  • Escadron de transport 2/63 Vercors, installé sur la Base Aérienne 101 de Toulouse, volant alors Nord N2501 Noratlas.
  • Escadron de transport 1/64 Béarn, installé sur la Base Aérienne 105 d’Évreux, volant alors sur Nord N2501 Noratlas.
  • Escadron de transport 2/64 Anjou, installé sur la Base Aérienne 105 d’Évreux, volant alors sur Nord N2501 Noratlas.
  • Escadron de transport 3/64 Bigorre, installé sur la Base Aérienne 105 d’Évreux, volant alors sur Nord N2501 Noratlas.
  • Escadron de transport léger 1/65 Vendôme, installé sur la Base Aérienne 107 de Villacoublay, volant alors sur Dassault Mystère 20 et sur Nord N262A.
Le Douglas DC-8, autant transport présidentiel que bonne à tout faire à long rayon d'action.
Le Douglas DC-8, autant avion présidentiel que bonne à tout faire à long rayon d’action.
Le Transall, alors déjà là.
Le Transall, alors déjà là.

On remarque qu’en 1978 le Transall n’était pas encore le principal avion cargo de l’Armée de l’Air, un rôle qui revenait alors au Noratlas. Les Puma et Twin Otter étaient eux déjà bien présents.

Le Commandement des Écoles de l’Armée de l’Air

Élément essentiel au bon fonctionnement de l’Armée de l’Air, le CEAA avait la charge de la formation des pilotes et personnels mais aussi de l’expérimentation des matériels au sein du Centre d’Expertises de l’Arme et du Matériel, le CEAM. Les unités de présentation dépendent aussi de ce commandement. Son état-major était alors situé sur la Base Aérienne 701 de Salon-de-Provence.

  • Équipe de voltige de l’Armée de l’Air, installé sur la Base Aérienne 701 de Salon-de-Provence, volant alors Mudry Cap-20.
  • Escadron de chasse 24/118, installé sur la Base Aérienne 118 de Mont-de-Marsan, volant alors sur Dassault Mirage IIIE, Dassault Mirage F1B et F1C, et sur SEPECAT Jaguar A.
  • Escadron de transport et liaisons 26/118, installé sur la Base Aérienne 118 de Mont-de-Marsan, volant alors sur Dassault Flamant, Nord N262A, Nord N2501 Noratlas, et sur Transall C160F.
  • Escadron de transport et d’instruction 4/312, installé sur la Base Aérienne 701 de Salon de Provence, volant alors sur Nord N2501 Noratlas.
  • Escadron d’instruction au vol 5/312, installé sur la Base Aérienne 701 de Salon-de-Provence, volant alors sur Lockheed T-33 T-Bird.
  • Escadron de formation des moniteurs 1/313, installé sur la Base Aérienne 745 d’Aulnat, volant alors sur Fouga CM-170 Magister.
  • Escadron de formation et d’instruction des personnels navigants 2/313, installé sur la Base Aérienne 745 d’Aulnat, volant alors sur Mudry Cap-10.
  • Escadron d’instruction au vol 1/314, installé sur la Base Aérienne 705 de Tours, volant alors sur Lockheed T-33 T-Bird.
  • Escadron d’instruction au vol 2/314, installé sur la Base Aérienne 705 de Tours, volant alors sur Lockheed T-33 T-Bird.
Jet d'entraînement standard de l'époque, le Lockheed T-33 américain.
Jet d’entraînement standard de l’époque, le Lockheed T-33 américain.
  • Escadron d’instruction au vol 3/314, installé sur la Base Aérienne 705 de Tours, volant alors sur Lockheed T-33 T-Bird.
  • Escadron d’instruction au vol 4/314, installé sur la Base Aérienne 705 de Tours, volant alors sur Lockheed T-33 T-Bird.
  • Escadron d’instruction au combat 5/314, installé sur la Base aérienne 705 de Tours, volant alors sur Dassault Mystère IVA.
  • Escadron d’instruction au vol 1/315, installé sur la Base Aérienne 709 de Cognac, volant alors sur Fouga CM-170 Magister.
  • Escadron d’instruction au vol 2/315, installé sur la Base Aérienne 709 de Cognac, volant alors sur Fouga CM-170 Magister.
  • Escadron d’instruction au vol 1/316, installé sur la Base Aérienne 101 de Toulouse, volant alors sur Dassault Flamant et sur Nord N2501 Noratlas.
  • Escadron d’instruction au vol 1/319, installé sur la Base Aérienne 702 d’Avord, volant alors sur Dassault Flamant.
  • Escadron d’instruction au vol 2/319, installé sur la Base Aérienne 702 d’Avord, volant alors sur Dassault Flamant.
  • Patrouille de France, installé sur la Base Aérienne 701 de Salon-de-Provence, volant alors sur Fouga CM-170 Magister.
Doit-on encore présenter le Fouga Magister ?
Doit-on encore présenter le Fouga Magister ?

Pas encore d’avion à moteurs à pistons ou à turbopropulsion dans les rangs du CEAA, la crise pétrolière était encore trop fraiche pour avoir portée ses fruits sur les programmes d’entraînement et d’instruction.

Désormais vous avez toutes les cartes en main pour mieux appréhender les évolutions réalisées en près de quatre décennies. Il est intéressant de voir le nombre de bases qui ont disparus, mais aussi celui des unités alors présentes dans l’Armée de l’Air et aujourd’hui disparues. Il faut dire que onze ans après cette Armée de l’Air un souffle de liberté venu de Berlin-est allait radicalement changé la donne et faire fondre comme neige au soleil les budgets de défense.

Avant l'actuel Alpha Jet il y avait le Magister.
Avant l’actuel Alpha Jet il y avait le Magister.

L’époque n’était pas à la rationalisation des flottes aériennes, on le voit à l’arsenal pléthorique que possédait alors notre Armée de l’Air et qui tranche radicalement avec l’actuel parc aérien de ce milieu des années 2010.

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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.