Les Specifications de l’Air Ministry britannique

Les Specifications de l’Air Ministry britannique


Alors que la Première Guerre mondiale ne semblait pas vouloir se terminer le gouvernement britannique décida de fusionner toutes ses composantes administratives de l’aéronautique au sein d’une même entité, l’Air Ministry. Nous étions alors en novembre 1917. L’aviation n’était alors quasiment qu’une affaire militaire. Le transport aérien civil n’avait pas encore été réellement inventé, mais quelques responsables politiques et avionneurs britanniques décidèrent d’anticiper l’après-guerre.

Aussi lorsque l’armistice fut signé le 11 novembre 1918, le Royaume-Uni était prêt à appréhender le nouveau monde aéronautique, la dimension civile. Beaucoup en Grande Bretagne avaient pronostiqué que les bombardiers présents en masse dans les rangs de la toute jeune Royal Air Force allaient donner naissance à des avions de transport de passagers très convenables. On ne parlait pas encore d’avions de ligne.

Cependant dans les mois qui suivirent l’Armistice les programmes d’état, principalement des programmes militaires, relevaient d’une telle anarchie qu’il fut rapidement décidé d’y mettre bon ordre. Ainsi naquirent les fameuses « Specifications ».

Derrière ce mot se cachait en fait un véritable cahier des charges visant à réglementer le développement et la production des aéronefs militaires, mais aussi d’une partie des aéronefs civils. Ces derniers étaient ceux destinés à servir dans les rangs d’Imperial Airways, puis plus tard pour la British Overseas Airways Corporation ou BOAC, la compagnie nationale étatique britannique.

Le trop méconnu bombardier léger Vickers Wellesley issu de la Specification 22/35.
Le trop méconnu bombardier léger Vickers Wellesley issu de la Specification 22/35.

Le fonctionnement des Specifications était assez simple : l’Air Ministry annonçait rechercher un type d’aéronef précis, avec un choix de motorisation particulier, éventuellement les matériaux de construction, ainsi que bien entendu l’armement pour les machines militaires. Libre ensuite aux avionneurs d’y répondre ou non.

Généralement la Specification était désignée sous la forme d’un groupe de chiffre séparé par une barre en diagonale. Le premier groupe de chiffre indiquait le numéro d’ordre de la Specification, tandis que le second groupe désignait l’année d’émission de celle-ci. Ainsi la Specification 9/28 était donc la neuvième Specification émise en 1928.

Au fil des ans une lettre est parfois venue s’ajouter, avant le premier groupe de chiffres, elle indiquait la mission désignée de l’appareil. Cependant ceci n’a jamais vraiment été une habitude au sein de l’Air Ministry.

Par décision de l’Air Ministry, en date de l’année 1922, les Specification étaient réservées aux seuls aéronefs conçus et assemblés au Royaume-Uni. Les seuls avions militaires « non britanniques » utilisés par la RAF ou la Fleet Air Arm le furent du fait de défections, notamment françaises en 1940, ou par le biais de la loi de Prêt-Bail.

Dois-on encore présenter le Spitfire ?
Doit-on encore présenter le Spitfire ?

Pour une même Specification il n’était pas rare que plusieurs constructeurs se mettent sur les rangs. Dans certains cas, très rares c’est vrai, certains d’entre eux proposaient même deux machines, en provenance de deux bureaux d’études différents.

Ainsi en 1930, l’Air Ministry émit la Specification F7/30 relative à un chasseur monomoteur léger destiné à des missions de défense aérienne. Plusieurs constructeurs y répondirent :

  • Armstrong Whitworth et son AW.35 Scimitar, un biplan à train fixe et cockpit ouvert.
  • Blackburn et son F.3, un biplan à train fixe et cockpit fermé.
  • Bristol et son type 123, un biplan à train fixe et cockpit ouvert.
  • Bristol et son type 133, un monoplan à train semi-rétractable et cockpit fermé.
  • Fairey et son Fantome, un biplan à train fixe et cockpit ouvert.
  • Gloster et son SS.37 Gladiator biplan à train fixe et cockpit fermé.
  • Hawker et son PV3, un biplan à train fixe et cockpit ouvert.
  • Supermarine et son type 224, un monoplan à train fixe et cockpit ouvert.
  • Westland et son PV4, un biplan à train fixe et cockpit fermé.

On remarquera qu’à l’époque la Royal Air Force n’avait pas encore fait son choix entre biplan et monoplan. Pour la petite histoire le Supermarine type 224 qui fut refusé au profit du biplan de Gloster est à l’origine du plus célèbre chasseur britannique de tous les temps, le fameux Spitfire.

Le Westland PV.4, défait par le Gloster Gladiator.
Le Westland PV.4, défait par le Gloster Gladiator.

Pour bien comprendre l’importance des Specifications de l’Air Ministry dans l’histoire aéronautique voici quelques-uns des aéronefs britanniques de cette époque et la Specification à l’origine de leur développement.

  • Airspeed Oxford, issu de la Specification T23/36 relative à un avion d’entraînement des équipages.
  • Armstrong Whitworth Whitley, issu de la Specification B3/34 relative à un bombardier lourd terrestre.
  • Avro Manchester, issu de la Specification 13/36 relative à un bombardier moyen terrestre.
  • Blackburn Botha, issu de la Specification 15/35 relative à un bombardier moyen de reconnaissance.
  • Bristol Bulldog, issu de la Specification F9/26 relative à un chasseur monoplace terrestre.
  • De Havilland Mosquito, issu de la Specification B1/40 relative à un bombardier rapide terrestre.
  • English Electric Canberra, issu de la Specification B3/45 relative à un bombardier rapide terrestre.
  • Fairey Swordfish, issu de la Specification 15/33 relative à un bombardier torpilleur embarqué.
  • Gloster Gauntlet, issu de la Specification 24/33 relative à un chasseur monoplace terrestre.
  • Handley-Page Halifax, issu de la Specification 13/36 relative à un bombardier lourd terrestre.
  • Hawker Audax, issu de la Specification 7/31 relative à un avion de reconnaissance à vue et d’observation.
  • Miles Magister, issu de la Specification T37/37 relative à un avion d’entraînement basique.
  • Percival Proctor, issu de la Specification 9/41 relative à un avion d’entraînement radio.
  • Saro Lerwick, issu de la Specification R1/36 relative hydravion bimoteur de reconnaissance côtière.
  • Short Stirling, issu de la Specification 12/36 relative à un bombardier lourd terrestre.
  • Supermarine Sea Otter, issu de la Specification 7/38 relative à un amphibie de reconnaissance et de sauvetage.
  • Vickers Wellington, issu de la Specification B9/32 relative à un bombardier moyen terrestre.
  • Westland Lysander, issu de la Specification 39/34 relative à un avion de coopération terrestre.
Le Hawker Henley, chasseur raté issu de la Specification 4/34.
Le Hawker Henley, chasseur raté issu de la Specification 4/34.

La fin de la Seconde Guerre mondiale, et la démocratisation du matériel aéronautique verra la fin progressive des Specifications. En 1949, dans une industrie aéronautique britannique en pleine mutation, elles disparaissent. Désormais les cahiers des charges ne seront plus réservés uniquement aux constructeurs britanniques, le Royaume-Uni est entré dans l’OTAN et doit laisser arriver dans les rangs de sa RAF les aéronefs américains.

Le Gloster Javelin fut le dernier chasseur britannique issu d’une Specification, la F4/48.

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Arnaud
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