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Me262
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L’A 400M, un avion inexportable ?

Je sais qu’en écrivant cette chronique,je risque de déclencher la polémique. Je sais parfaitement qu’il y a des sujets tabous dans le secteur aéronautique. Ce secteur n’est d’ailleurs pas le seul à pratiquer le déni .Alors, je me jette à l’eau.

J’écrivais au lendemain de la remise du premier A 400M à l’Armée de l’Air française que les 8 pays qui ont commandé l’avion (Belgique, France, Allemagne, Luxembourg, Espagne, Turquie, Royaume-Uni et Malaisie) pouvaient éprouver un légitime sentiment de fierté à l’égard de cet A 400M. Je remarquais que le nouvel appareil avec ses ailes hautes et ses 4 turbopropulseurs équipés d’hélices géantes était impressionnant. Rien à voir avec le vieux Transall qu’il remplace. Je mettais aussi le doigt sur les performances exceptionnelles de la nouvelle machine qui vole
à plus de 700 km à l’heure et qui peut emmener une charge de 30 tonnes sur 4500 km.

Reste que l’avion n’est commandé qu’à 174 exemplaires. « A cet instant le programme de 20 milliards d’euros investis n’est pas rentable », regrettait Marwan Lahoud, le patron de la stratégie d’EADS. Celui-ci estime le potentiel de l’avion à l’export à 400 exemplaires. Les vendeurs de l’A400M rendront bientôt visite aux armées du Golfe et à celles d’Asie-Pacifique. Même dans les pays que l’on dit moins touchés par la crise, il ne sera pas facile de vendre un avion qui doit coûter autour de 135 millions d’euros l’unité.

Et puis l’A 400M est extrêmement complexe. On se souvient encore des retards pris pour la mise au point du logiciel régulant les 11 000 chevaux développés par chacun des turbopropulseurs. Il possède des capacités de vol à basse altitude sans visibilité extérieure grâce à un suivi de terrain sur fichier numérique. Pour utiliser pleinement ses capacités, il faut former des pilotes et des navigateurs. La base 123 d’Orléans a d’ailleurs prévu une école pour aguerrir les spécialistes.

Et là on ne peut s’empêcher de penser au syndrome Rafale. L’A 400M est polyvalent comme l’est le Rafale. Il est cher comme le Rafale et lui aussi nécessite des compétences pour le faire voler. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, nous disait qu’il n’y aura pas de concurrence pour l’Airbus militaire avant 10 ans. C’est possible mais il ne faut pas oublier que Lockeed Martin continue de vendre des C 130 à des pays émergents à des prix cassés. Le C 130 a 50 ans, il est donc amorti depuis longtemps et continue d’occuper le marché grâce à quelques modernisations à la marge. L ‘Inde vient d’ailleurs d’en commander 6 exemplaires.

Et puis le commerce des armes est l’un des plus dépendants de la conjoncture. Officiellement, Dassault doit vendre 126 Rafale à l’Inde. Le contrat devait être finalisé d’ici la fin de l’année. Ce sera désormais pour le début 2014 car l’homme qui menait les négociations du coté indien est décédé. Et voilà que la roupie a perdu 25 % de sa valeur, sans que quiconque ait vu le phénomène arriver et tous ces éléments changent la donne !

Alors, si les mêmes causes produisent le mêmes effets, j’ai bien peur que l’A 400 M reste pour longtemps le compteur bloqué à 174 exemplaires. Et je ne parle pas même pas des éventuelles annulations qui pourraient venir des 8 clients qui ont permis de lancer ce très beau programme européen !

Gérard Jouany – AeroMorning – octobre 2013