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Le M-346 témoigne d’une volonté de renouveau.

La décision d’Israël de confier l’entraînement avancé de ses pilotes militaires au M-346 d’Alenia Aermacchi constitue une victoire importante pour le constructeur italien en même temps que l’ensemble du groupe Finmeccanica. Lequel est apparemment sorti de sérieuses difficultés de gouvernance et cherche un souffle nouveau et les moyens d’une croissance redynamisée. Avec un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros et un effectif de 70.000 personnes, Finmeccanica constitue une valeur sûre de l’industrie aérospatiale européenne, caractérisée par une stratégie qui ne manque pas d’originalité.

C’est précisément une notion que l’on retrouve dans le cadre du programme M-346, appareil russo-italien véritablement inclassable. On pourrait en effet le croire purement italien, issu de la lignée des MB-326 et MB-339 d’Aermacchi alors qu’il a été conçu en Russie par Yakovlev. Né Yak-130 (premier vol en 1996), devenu M-346 dans le cadre d’un accord technico-commercial avec Alenia, repreneur de Macchi, cet avion a vécu un curieux dédoublement de nationalité. Il poursuit en effet deux carrières parallèles, discrètes mais solides, sur un marché potentiel prometteur, celui le remplacement d’avions d’entraînement vieillissants, notamment l’Alpha Jet de Dassault, curieusement laissé sans successeur français ou franco-allemand.

Côté russe, le Yak-130 a connu un démarrage lent et compliqué. Son lancement remonte en effet à 1991, il a été préféré par Moscou à son concurrent MiG-AT (que soutenait Snecma) et a volé en 1996. Cinquante-cinq exemplaires ont été commandés par les Forces russes, lesquelles, à terme, pourraient en acheter environ 250 de plus. De premiers succès ont été obtenus à l’exportation, à commencer par l’Algérie et deux pays plus difficiles, si l’on ose dire, la Syrie et la Libye. Yakovlev, entre-temps, est passé dans le giron d’Irkut, que préside avec poigne Alexey Fedorov, l’un des hommes forts de l’industrie aéronautique russe réorganisée.

Côté italien, le M-346, quelque peu occidentalisé, bénéficie d’efforts de promotion persévérants. Une petite commande nationale passée par l’Aeronautica Militare a permis de lancer la série, Singapour a suivi. Israël apparaît d’ores et déjà comme un client de référence, qui recevra à la mi-2014 les premier des trente avions commandés il y a quelques jours.
L’état-major d’Alenia Aermacchi y voit un sérieux encouragement, au moment où Finmeccanica cherche à se relancer. En témoignent les compagnes commerciales dont bénéficient le M-346 ou encore l’avion de transport C-27J. Alessandro Pansa, directeur général de Finmeccanica, multiplie les déclarations visant à remotiver ses troupes dans un contexte apaisé. Et il ne parle pas uniquement d’une gamme de produits qui recèle de solides potentiels, du retour cette année à l’équilibre financier mais aussi d’une manière de faire plus rigoureuse que dans un passé récent. Il utilise une image que ne renieraient sans doute pas les patrons de Peugeot : «nous devons devenir plus allemands»…

Avant le retour à une gouvernance plus orthodoxe, Finmeccanica avait déjà commencé à déployer des efforts considérables pour se construire une image de marque dynamique. En témoigne le rouge vif «Ferrari» attirant l’attention sur ses chalets généreusement dimensionnés plantés au cœur des grands salons internationaux de l’aéronautique. Dans le même esprit, les démonstrateurs M-346 (notre illustration) arborent des couleurs vives dignes de la Formule 1. Tout un symbole.

Pierre Sparaco – AeroMorning – juillet 2012

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