#33383
devoitine520
devoitine520
Participant

ON Y CROIRAIT PRESQUE !

ÉCONOMIE | CHAMBLEY
Sky Aircraft : ils veulent aller au bout de l’aventure
Alors que le financement de l’entreprise devient un problème national, les deux cents salariés de Sky Aircraft, à Chambley, alertent l’opinion. Le Skylander, lancent-ils, « est autant une affaire de cœur qu’une affaire d’argent ».

J’ ai des copains qui ont une vie plus confortable chez Airbus, mais je ne les envie pas : ce que nous faisons ici, c’est unique. » Matthieu Ricaud fait partie de ces quelque deux cents salariés, généralement très qualifiés et tous fanas d’aéronautique, qui rêvent de mener jusqu’au bout l’aventure du Skylander. Ingénieur méthodes, il est monté il y a deux ans de Toulouse pour participer à l’épopée de l’avion lorrain. « Nos sous-traitants sont prêts, et nous aussi. On peut entrer en phase de production dès que l’argent sera là. Je ne peux même pas imaginer que Sky Aircraft s’arrête. »
Hier, en fin de matinée, une bonne centaine d’employés de l’entreprise a accueilli une poignée de journalistes dans le grand hangar de Chambley, où, un jour, devraient être assemblés les premiers exemplaires du Skylander SK-105. « Pour alerter l’opinion, pour rappeler que derrière les chiffres, il y a deux cents cœurs de femmes et d’hommes qui battent », explique avec un peu d’emphase la déléguée syndicale de la CFE-CGC, Nathalie Hannis.
« Rien d’une coquille vide »
Opération de communication ou cri d’espoir ? Un peu des deux. « C’est une initiative des salariés », affirment en chœur techniciens et ingénieurs. Mais une initiative qui tombe à point nommé, au lendemain d’une réunion cruciale à l’Hôtel Matignon (lire ci-dessous). Sky Aircraft est au bord de l’asphyxie financière, sous le coup d’une procédure d’alerte qui limite son horizon à bien peu de choses.
Donc, répètent les salariés, l’avenir du projet imaginé par Serge Bitboul, PDG de Geci International, devrait être l’affaire de celles et ceux qui y consacrent toute leur vie depuis trois ans et demi. La plupart ont quitté leur région d’origine pour s’installer avec femmes et enfants en Lorraine, et affirment ne pas le regretter. « Un choix de vie », pour Juliette Belloir, qui travaillait jusqu’en 2011 dans la région parisienne. « Concevoir et réaliser un avion de bout en bout, une expérience qui ne se reproduira pas », s’enthousiasme Anton Myran, recruté à Charleroi.
« C’est vrai, reconnaît Nathalie Hannis, qu’on nous considérait un peu comme des phénomènes quand nous avons démarré. Aujourd’hui, les Lorrains ont intégré le projet dans leur paysage, Tout comme Sky Aircraft est devenu un écosystème régional complet. » « Les investisseurs et les financiers ne font confiance qu’aux géants, alors que ce sont des PME comme la nôtre qui créent de l’emploi et du dynamisme », ajoute avec amertume un technicien.
Jusqu’à présent, les salariés de Sky Aircraft s’étaient abstenus d’élever la voix. Parce qu’ils affirment avoir aveuglément confiance dans la validité du projet Skylander, « qui n’a rien d’une coquille vide, à condition qu’on nous fasse confiance ». Mais alors que les échéances se font de plus en plus incertaines, « nous sommes prêts à faire ce qu’il faudra », avertit Nathalie Hannis. En espérant très fort que le message résonnera jusque dans les antichambres ministérielles.