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devoitine520
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Participant

Le Skylander à quitte ou double
Seule une rallonge financière de dernière minute peut sauver aujourd’hui les 159 emplois de l’avionneur Sky Aircraft à Chambley
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j e n’ai rien à dire. Parce que plus on parle de ce dossier et moins on a de chance de le sortir… Chacun fait son boulot, mais je le répète la messe n’est pas dite (notre édition d’hier) ». S’il n’est guère loquace, Jean-Pierre Masseret n’en multiplie pas moins les contacts. La survie du programme de l’avion biturbopropulseur lorrain Skylander en dépend. Le temps presse. Faute de réunir les fonds nécessaires pour régler les 378 000 € de salaires et de charges impayés de novembre, ou, à défaut, d’apporter la caution d’un industriel auquel adosser le projet, le tribunal de commerce de Briey prononcera, cet après-midi, la liquidation judiciaire de la société Sky Aircraft. Ce qui mettrait un point final au programme développé, depuis fin 2008, sur l’ex-base de Chambley par la filiale de Geci international de Serge Bitboul. Encore qu’un appel d’offres à cession de la société court, lui, jusqu’au 20 décembre. Du cash ou le crash… Aux abois, Bitboul envisagerait l’émission d’obligations pour 2 M€ afin de desserrer l’étau. Mais quel crédit accorder à cette hypothèse dans le contexte de suspension de cotation en Bourse des titres du groupe Geci International et de sa filiale Geci Aviation, depuis le 7 juin ?
Partie de poker menteur
Sur leur blog (quilvole.com), les salariés interpellent les pouvoirs publics et s’insurgent contre la partie de poker menteur qui se jouerait dans leur dos : « Ces acteurs qui détiennent les clés ne dialoguent pas ensemble, jouent la désinformation et cherchent à se disculper : pourquoi notre direction indique-t-elle ne pas être informée des solutions proposées par la région ? Comment devons-nous comprendre ce manque de communication entre les différents acteurs ? Comment accepter la demande de Serge Bitboul du paiement des salaires de novembre par la Région ? »
Et de lancer cet ultime SOS : « Nous vous le disons, notre avenir est dans leurs mains mais nous ne renoncerons pas. Notre dignité est mise à mal, mais nous nous battrons pour préserver nos emplois au travers de ce magnifique projet. Aidez-nous à convaincre de l’urgence de notre situation, aidez-nous à éviter que le rêve de 160 personnes ne se transforme en horrible gâchis ».
Depuis plus de six mois, le manque de surface financière du programme paralyse le projet, pourtant jugé, d’avis d’experts, techniquement bon. Le besoin réel de financement est estimé à près de 300 M€ (pour un passif actuel de 104 M€), soit trois fois l’estimation initiale avancée par Serge Bitboul. L’avionneur aurait aussi surévalué les perspectives commerciales, confondant marques d’intérêt et commandes réelles, au point de doucher les ardeurs de l’État. Lequel conditionne désormais l’injection d’argent public au soutien d’un industriel aux reins solides.
À défaut, ce mirage laissera le souvenir d’un beau gâchis. Une issue fatale que d’aucuns pronostiquent depuis belle lurette : « En se posant en Lorraine au lieu du Portugal, le projet a pris un virage dangereux, la technique de l’avion et le business plan n’avaient plus rien à voir avec ce qui était prévu, les coûts n’étaient plus les mêmes », confesse un ancien pionnier, revenu, depuis, de cette aventure.
Xavier BROUET.