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Me262
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La France va s’équiper de Reaper de General Atomics.

Le nom est bien choisi pour un engin qui porte la mort, depuis 15.000 mètres d’altitude, Reaper, c’est-à-dire faucheuse, appareil sans pilote développé par General Atomics. C’est un spécialiste californien reconnu des UAS, Unmanned Aircraft Systems, selon l’appellation en vigueur au Pentagone. Non encore officialisée, et moins encore annoncée par l’industriel, cette commande porte sur deux exemplaires seulement de l’appareil, au prix unitaire catalogue de 56,5 millions de dollars. Le moins que l’on puisse dire est que la France aborde à reculons l’usage des drones, continuant ainsi d’afficher un incompréhensible retard. Jusqu’à présent, l’armée de l’Air s’était contentée d’un drone de Sagem et de quelques appareils de conception israélienne quelque peu francisés et sensiblement moins performants.

Pourquoi ce retard ? La question attend vainement une réponse, d’autant que les contraintes budgétaires ne constituent qu’une bien fragile excuse. Une guerre entre industriels, Dassault Aviation contre EADS, a fait perdre beaucoup de temps et d’énergie pour déboucher sur l’absurde, c’est-à-dire un achat sur étagère aux Etats-Unis. Et cela à supposer que Washington approuve la transaction qui devrait porter sur des Reaper non armés. Ce qui ne devrait pas empêcher d’ensuite les «améliorer» après livraison, si telle doit être la doctrine. Aux Etats-Unis, ces appareils d’une masse maximale au décollage de 4,7 tonnes, d’une envergure d’un peu plus de 20 mètres, et capables de tenir l’heure pendant 24 heures, sont généralement armés de bombes guidées Paveway, de Hellfire air-sol ou encore de missiles guidés par laser de type non précisé. Ils détectent leurs cibles grâce à des moyens très sophistiqués connus sous l’appellation de Multi-Spectral Targeting System. Leur équipage de deux hommes pilotent évidemment le Reaper à distance, au sol, ce qui confère à leur usage un caractère virtuel. D’autant que l’ennemi apparaît au mieux sous forme d’une image sur écran, un ennemi sans visage.

Cette semaine, le philosophe Grégoire Chamayou, se livrant à notre consoeur de Libération Alexandra Schwartzbrod, n’a pas hésité à affirmer que «le drone apparaît comme l’arme du lâche, celui qui refuse de s’exposer, il ne requiert aucun courage, il désactive le combat». Mais le chasseur-tueur UAS/drone, ajoute Grégoire Chamayou, constitue dorénavant l’arme anti-terroriste officieuse des Américains, chargée de tuer en excluant toute possibilité de faire des prisonniers. Ainsi va le monde, le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air française, ayant rappelé il y a quelques jours, lors d’un colloque de l’Académie de l’air et de l’espace, que l’heure est aux drones, «éventuellement armés», et aux drones de combat.

Ainsi évolue la doctrine. Les Forces armées américaines se sont converties de longue date aux UAS, le plus médiatisé d’entre eux étant le Predator qui, lors de vols savamment médiatisés, a rejoint une destination située à l’autre extrémité du globe depuis sa base habituelle, une démonstration de force d’un type nouveau. L’inventaire de l’Air Combat Command, outre des types plus anciens, compte actuellement plus d’une centaine de Reaper, capables d’accomplir des missions où que ce soit dans le monde, amenés à pied d’œuvre en C-130 avec leurs impedimenta, ou, plus simplement, volant de manière autonome vers leur théâtre d’opération à la vitesse croisière de 370 km/h. Le Reaper est doté d’un turbopropulseur Honeywell TPE331 de 900 ch.

Ainsi apparaissent des problèmes inédits, rarement techniques, plutôt éthiques. En ces temps de disette budgétaire, et en attendant la nouvelle loi de programmation militaire, ces Reaper français apparaissent de ce fait comme chargés de valeur symbolique. Ce qui n’est sans doute pas tout à fait suffisant.

Pierre Sparaco – AeroMorning – mai 2013