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Me262
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F-35 Joint Strike Fighter – Acte II

Retards de plus de 7 ans, coûts de développement, d’achat et d’exploitation faramineux, pilotes d’essais mécontents, mauvaise conception le rendant vulnérable à la foudre, premier missile tiré et première bombe larguée à l’automne dernier et ce, alors qu’une centaine d’appareils ont déjà été construits, rapports du Pentagone accablants, etc., le F-35, STOVL de Lockheed Martin (Short Take Of Vertical Landing) fait régulièrement parler de lui, mais rarement en bien.

Après de nombreux pays acquéreurs, le corps des Marines et l’US Air Force (USAF), c’est désormais la Marine Américaine, l’US Navy, qui cherche à retarder la livraison de ses F-35C (versions navalisées) qu’elle juge ni performants, ni fiables.
En effet, la semaine dernière, « Politico », célèbre et très sérieuse organisation Américaine de journalisme politique, rapporte que la Navy souhaite voir la livraison de ses F-35C retardée de 3 années supplémentaires. Cette demande ayant été refusée par le bureau du Secrétaire de la Défense, la Navy projetterait désormais d’acheter de nouveaux F/A-18E/F « Super Hornet » dans le but d’arriver à ses fins, notamment. On ne peut décemment pas contester le caractère légitime de cette décision, puisque renouveler une partie de sa flotte avec des F/A-18 – appareils dont la fiabilité et les performances ne sont plus à démontrer – est plus judicieux que d’acquérir une sorte de version « beta » d’un avion dont le (très) long développement révèle régulièrement de nouveaux défauts de conception (363 identifiés à ce jour). Autre avantage et non des moindres pour le F/A-18 : là où un Super Hornet affiche un tarif de 65 millions de dollars, un F-35C flirte avec les 300 millions (hors LAI). A ce prix, on peut aisément comprendre que l’aéronavale Américaine puisse exiger un appareil irréprochable. Malheureusement, sur ce point, Lockheed Martin, le constructeur, semble encore loin du compte…

Les défenseurs du F-35 ont comme principaux arguments la modernité et la furtivité de l’appareil, et ils ont raison… Mais à cela, l’Amiral Jonathan Greenert, chef des Opérations Navales, rétorque que ces « qualités » incluront irrémédiablement la mise en place de nouvelles plateformes et, ainsi, des coûts de développement et d’exploitation encore revus à la hausse. Ces nouvelles technologies devront bien entendu être testées et validées avant d’être déclarées opérationnelles. Cela engendrera immanquablement de nouveaux retards et de nouvelles dépenses pour la Navy et le contribuable Américain… Car si le porte-avions de dernière génération USS Gerald R. Ford (CVN-78), dont la livraison est prévue pour 2016, est conçu pour accueillir ces appareils, les navires de classe « Nimitz » qui recevront des F-35C, devront être modernisés.

De manière globale, le programme F-35 JSF, que beaucoup s’accordent désormais à qualifier ironiquement de « too big to fail », n’en a pas fini avec les mauvaises surprises. Ainsi, dernièrement, « Air Force Times » rapportait les déclarations du chef de l’Air Force Command, le général Michael Hostage. Ce dernier révèle que, contrairement à ce que prétendait initialement Lockheed Martin, le F-35, toutes versions confondues, n’est pas et ne sera probablement jamais un appareil de supériorité aérienne. Un comble pour un avion qui, dans sa dénomination même, « Joint Strike Fighter », se veut parfaitement multirôles…
En effet, Michael Hostage explique que pour se protéger contre d’éventuels agresseurs, un F-35 ne pourra pas se passer de la présence d’un F-22 « Raptor », pour jouer les anges gardiens.
L’USAF étant la seule armée à posséder des Raptor – appareils qui ne seront jamais proposés à l’export – que deviendront les pays acquéreurs de F-35 ? Pour les mettre en œuvre, ces pays seront-ils obligés d’effectuer de conséquentes modernisations de leurs intercepteurs ? Ces mises à jour seront-elles proposées dans le catalogue de Lockheed Martin ? Ou bien engager un F-35 Hollandais par exemple, inclura-t-il systématiquement la présence d’un ou plusieurs F-22 et donc des Etats-Unis ?

Là où les théoriciens du complots s’en donnent à cœur-joie sur leurs blogs et autres forums en dénonçant une habile manipulation étasunienne destinée à assurer la pérennité de l’alliance Nord-Atlantique, ou encore, un putsch politico-commercial, la réalité est toute autre : peut-être trop en avance sur son temps, le F-35 est certainement et définitivement, un avion mal-né.
Mais tant qu’il n’est pas mort-né…

Bastien Otelli – AeroMorning – 21-02-2014