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Me262
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F-35 Joint Strike Fighter : Bilan

La dernière fois que nous avons publié un bilan, c’était à propos du 787 Dreamliner. Et si au fond, celui-ci n’était pas très élogieux, la beauté racée du dernier-né de Boeing y était honorée.
Malheureusement, ce serait manquer d’honnêteté que d’en dire autant du F-35 Joint Strike Fighter (JSF) Lightning II de Lockheed Martin, car cet appareil est étonnement laid !

Vu de dessus, nous pourrions encore lui pardonner son physique disgracieux. Et si la perspective de face dissimule mal l’allure pesante et ramassée de cet avion, c’est de profil que les choses se gâtent… Franchement grossières, les deux dérives semblent avoir été rabotées à la pelle par les ingénieurs de Lockheed qui avaient certainement leurs raisons, que seules les arcanes de la technologie stealth expliquent. Et puis ce nez est franchement raté. La cause en est, encore une fois et très certainement, les contraintes qui régissent les lois de la furtivité. Dommage !

Mais puisque les goûts et les couleurs ne se discutent pas, cessons là de déprécier cette esthétique, pour revenir à un discours plus objectif et concentrons-nous sur les problèmes plus sérieux qui gravitent autour du programme F-35.

Commençons par le commencement : les premiers F-35 devaient être opérationnels début 2010. Or, récemment, Lockheed Martin a fixé cette échéance à 2019… 9 ans de retard !
Ensuite, un des avantages du F-35 JSF de Lockheed Martin, et non des moindres, était de s’inscrire dans une stratégie de faibles coûts d’exploitation. En effet, cet avion à décollage et atterrissage vertical devait à la fois être peu coûteux à l’achat et à l’entretien, tout comme le F-16, le best seller de la firme, un des plus vendus au monde avec pas moins de 4 500 exemplaires construits et 2 309 encore en service en 2012.
Quel échec retentissant ! Surtout lorsque l’on sait que le prix d’un F-16 avec son package « Liste d’Approvisionnement Initial (LAI), services annexes et formation des pilotes », s’élève à 100 millions de dollars, alors que le prix unitaire d’un F-35B est estimé aujourd’hui à près de 300 millions de dollars.
Pire encore, le coût d’un F-35 peut grimper jusqu’à des valeurs délirantes, dès lors que l’on inclue les dépenses engagées sur l’ensemble de sa durée de vie (plus ou moins 50 ans). On ose à peine l’écrire : plus d’1 milliard de dollars par appareil !

Des prix exorbitants donc, et ce, à cause des défaillances techniques découvertes tout au long de son développement, et qui ont fait s’envoler le coût du programme F-35, sur une période de 50 ans (durée de vie estimée, incluant son développement, sa construction, son exploitation, sa modernisation et sa maintenance) vers des valeurs tout aussi astronomiques. Ainsi, si le programme a déjà coûté 534 milliards de dollars, une récente estimation porterait son coût global à un total de… 1 500 milliards de dollars, soit plus que le PIB de l’Espagne !

Et ce chiffre pourrait être revu à la hausse si d’ici là, le programme F-35 devait connaître de nouveaux problèmes. Car des défaillances techniques, Dieu-sait que le F-35 en a déjà connu tout un « package ».
Pour ne citer que les dernières en date :

— Début janvier 2013, on apprenait que les réservoirs de carburant étaient susceptibles d’exploser en cas de foudroiement. C’est embarrassant lorsque l’on sait qu’aussi vrai qu’un avion de cette catégorie doit posséder des ailes pour être certifié, il doit également être capable de voler par mauvais temps.

— Le 22 février 2013, l’US Army clouait au sol la cinquantaine de F-35 en phase de test, après qu’une fissure ait été découverte sur une aube de turbine. La pièce délinquante fut envoyée illico chez Pratt & Whitney pour y être examinée. Le motoriste conclut à un défaut de fabrication (et non de conception) et les appareils purent reprendre les airs, le 1er mars 2013. Cette interdiction eut des conséquences sur la confiance des futurs acquéreurs, notamment l’US Air Force elle-même, qui annonça revoir à la baisse sa commande initiale de 2 500 avions.
Premier coup de couteau dans le dos de Lockheed…

Le deuxième coup de couteau allait faire beaucoup plus mal au programme F-35 et viendrait également de son propre camp…
En effet, daté du 13 mars 2013, un rapport du Pentagone révèle que l’avion présente de graves défauts de conception. Sa conclusion était claire et sans appel.
Extraits :
« Les défauts que présente le F-35 rendent cet avion de chasse inopérant pour le combat ou l’entraînement au combat (…) Tout pilote qui monte à bord, se met en danger avant même d’aller au combat. (…) Aucune mission de formation ne peut pour le moment être exécutée en toute sécurité à bord de cet avion. ».
Pire encore, ce rapport d’évaluation cite les commentaires des pilotes d’essai du F-35, eux-mêmes. Morceaux choisis :
— « La visibilité hors cockpit à bord du F-35A est inférieure à celle d’un autre avion de combat de l’Air Force » dit-l’un.
(Un comble pour un appareil à décollage et atterrissage vertical.)
— « L’appui-tête est trop grand et nuit à la visibilité vers l’arrière et à la capacité de survie lors des missions au sol et dans les airs (…) la visibilité vers l’arrière est telle que vous aurez un pilote abattu à chaque combat aérien », explique un autre.

Reconnaissant d’une part que ces points constituent des « problèmes considérables », le Pentagone pointe d’autre part, le manque de maturité de l’avion qui, d’après lui, « réduirait chez les pilotes, la conscience d’une situation de danger ».

Tous ces points noirs ne jouent bien entendu pas en faveur du JSF et, suite à un rapport d’expertise comptable rendu par le cabinet d’études KPMG, évaluant le coût réel de l’achat de soixante-cinq F-35 à 45 milliards de dollars (et non 9 milliards comme préalablement annoncé), le Canada s’est récemment dégagé de l’achat de ces appareils et a relancé une compétition entre le Gripen, le F-18 Super Hornet, l’Eurofighter et le Rafale.
Le Danemark a également récemment annoncé envisager l’annulation pure et simple de sa commande de 30 appareils. Les Pays Bas ont quant à eux, réduit la leur de 25 %.
Enfin, le 25 juillet dernier, on a appris que le parlement Italien a décidé de « ne procéder à aucune phase d’acquisition ultérieure sans que le Parlement ne se soit exprimé à ce sujet ». Voilà une belle langue de bois qui semble signifier à mots feutrés qu’on ne sait plus trop comment se débarrasser de cet encombrant F-35, et qui bloque temporairement l’assemblage du premier exemplaire italien, qui aurait dû débuter récemment.

La Hollande semble, elle aussi, piégée. Ainsi, le 26 juillet dernier, lors d’une belle cérémonie qui s’est tenue en grande pompe à l’usine Lockheed Martin situé à Fort Worth, dans l’Etat du Texas, les Pays-Bas ont pris livraison de leur premier F-35A. Mais visiblement, les coupes de Champagne, petits fours et autres beaux discours n’auront pas convaincu le Gouvernement Hollandais de rapatrier son bel avion tout neuf dans son pays. En effet, bien que son armée de l’Air soit toujours équipée de « vieux F-16 », ses dirigeants ont décidé de « déposer » ce premier JSF Néerlandais, quelque part, sur la Base Aérienne d’Eglin, en Floride. La raison invoquée ? Il doit y subir toute une série de tests au sol.
Étranges Hollandais, qui ne montrent aucune urgence à ramener chez eux un appareil qui semblait pourtant tellement célébré et attendu…

Parallèlement, le 25 juillet 2013, Lockheed Martin a promptement annoncé qu’une « batterie haute puissance » fabriquée par SAFT, leader mondial de la conception et de la fabrication de batteries de haute technologie pour l’industrie, ferait partie intégrante de l’architecture du F-35. Batterie qui fait appel à la technologie… lithium-ion.
Dois-je vraiment vous préciser le fond de ma pensée ?
Peut-être pas, finalement. Je vous apparaîtrais certainement acariâtre et pessimiste…

Bastien Otelli – AeroMorning