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Me262
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F-22, T-50, J-20 et… Rafale : « efficacité » rime avec « furtivité » ?

Ce serait la grande course de ces dernières années : la sacro-sainte furtivité !

Américains, Russes et Chinois conçoivent leurs appareils militaires de manière à réduire, voire quasiment effacer, leurs surfaces équivalentes radar (SER). C’est la base de l’architecture de ces avions de dernière génération. Leurs formes générales sont conçues afin de réfléchir le moins possible les ondes radar, et leurs « surfaces mouillées » (en contact avec le flux d’air extérieur) sont constitués de matériaux et de revêtements absorbants.
Exemples de SER sur des avions furtifs américains :
— La SER d’un F-117 « Nighthawk » équivaut à 0,0030 m2,
— La SER d’un B-2 « Spirit » équivaut à 0,0015 m2.
— La SER d’un F-22 « Raptor » équivaut à 0,0010 m2,

Côté américain donc, le F-22 « Raptor » constitue le fer de lance de l’US Air Force (USAF). Cet appareil, qui a connu de très nombreuses péripéties et problèmes de jeunesse, semblerait doucement arriver à maturité. Les Etats-Unis le présentent comme étant LE chasseur le plus performant au monde, dans son domaine de prédilection : la supériorité aérienne. L’USAF et le constructeur Lockheed Martin se targuent d’avoir créé un appareil imbattable en dogfight (combat tournoyant entre deux chasseurs). Nous verrons plus loin que ce pari a d’ores et déjà été perdu…

Côté Russe, le dernier-né du constructeur Sukhoï, le T-50, serait, selon Vladimir Poutine, « bien supérieur au F-22, plus manœuvrant et 2 à 3 fois moins cher »… Le T-50 conjugue les capacités d’un avion de frappe et d’un chasseur classique. Les chiffres de la SER de cet avion n’étant pas communiqués, on n’a aucune preuve de la réelle efficacité de sa furtivité. Toutefois, en observant les formes du T-50, on devine que sa signature radar est relativement faible. Quant à ses capacités en dogfight, puisque la réputation de manœuvrabilité des appareils russes n’est plus à faire, et avec les déclarations aux relents de Guerre froide du premier ministre Russe, tout porte à croire que l’appareil serait effectivement redoutable.

Côté Chinois, le Chengdu J-20, est un appareil de grande taille, d’un rayon d’action très étendu, très agile et qui dispose dans ses soutes, d’une capacité d’emport d’armement très importante. On ne connaît pas la vocation exacte du J-20, mais de part sa taille et si on accorde tout le crédit que souhaite se voir attribuer le constructeur quant à la manœuvrabilité de son appareil, une vocation de chasseur-bombardier sonnerait comme une évidence.
Niveau SER, avec notamment son nez angulaire (très largement inspiré du F-22 américain), tout semble indiquer au néophyte que l’avion est bel et bien furtif. Ce n’est malheureusement pas le cas et le J-20 fait davantage figure d’épouvantail bricolé qu’autre chose : rien que les plans canards de l’avion garantissent une belle visibilité au radar. Qui plus est, lorsqu’on observe une représentation polychrome, issue de simulations basées sur un algorithme de simulation physique optique, réalisées à plusieurs niveaux de fréquences, on ne peut que constater l’échec des travaux de furtivité de l’appareil de Chengdu. Pour faire simple, sur ce genre de représentation polychrome, plus les couleurs sont chaudes, plus la signature radar est forte… Et pour le J-20, « c’est très chaud » !

F-22, T-50, J-20… En 2013, il faudrait dont être furtif à tout prix ? Notre Rafale serait, de ce fait, complètement obsolète ? Bien sûr que non. Ne pas être furtif ne signifie pas être moins performant pour autant.
Si, dès le départ, Dassault n’a pas conçu un avion furtif au sens strict du terme, c’est pour une raison évidente : les années 80, époque à laquelle ont été tracés les premières courbes de Rafale, n’étaient pas l’ère de la furtivité.
Et pourtant, dès la planche à dessin, Dassault a entrepris de diminuer la signature radar de son appareil. En effet, si les plans canards et l’emport d’armement sous les ailes constituent un handicap majeur à cette qualité, l’emploi de matériaux composites a contribué à réduire la SER de Rafale. Puisque les aubes de compresseurs constituent une importante source de réflectivité radar, les entrées d’air ont été placées de manière à rendre impossibles toutes vues directes sur les moteurs. L’appareil utilise également des matériaux qui absorbent les ondes radar : par exemple, la verrière est recouverte d’une fine couche d’or, presque invisible à l’œil nu. De plus, récemment, la société Snecma qui conçoit et fabrique le moteur de Rafale, a annoncé avoir « pris des mesures pour réduire la signature infrarouge sur ses moteurs », sans en révéler les détails. Secret défense oblige !
En somme, on peut largement qualifier Rafale, d’appareil semi-furtif…
L’autre atout majeur de Rafale, par rapport aux trois autres avions furtifs précédemment cités, est son aspect multi-rôle : supériorité aérienne, bombardement tactique, bombardement stratégique, appui aérien rapproché, attaque antinavire, frappe nucléaire… Rafale sait tout faire ! C’était, dès le lancement du programme, le but de Dassault. L’avion existe en deux versions principales : Air et Marine, déclinées elles-mêmes en plusieurs sous-versions dédiées.

D’autre part, les F-22 Raptor, rois auto-proclamés de la supériorité aérienne, ont connu de cuisantes défaites en dogfights contre des Rafale, lors de l’exercice ATLC en 2009. Cet événement constitue un véritable tabou au sein de l’USAF, et une véritable fierté pour les pilotes Français et Dassault…
Qui plus est, lors de l’opération « Odyssey Dawn » – contribution américaine à l’intervention militaire de 2011, en Libye – l’USAF n’a pas réussi à engager ses F-22, comme elle le souhaitait. En effet, le Raptor, fierté des USA, a révélé son incapacité à communiquer avec les aéronefs de l’OTAN, du fait d’une absence de connexion au réseau « liaison 16 » (standard de liaison de données tactiques de l’OTAN )… ce que réalise à la perfection, l’appareil de Dassault.
Afghanistan, Libye, Mali, contrairement à tous ces « bijoux de furtivité », Rafale a largement fait ses preuves au combat et ça, ça n’a pas de prix !

Pour terminer sur une note un peu moins chauvine, même équipés de F-22 pas si supérieurs que ça ou autres F-35 calamiteux, les USA demeurent la première puissance aérienne mondiale, pour une raison fort simple et mathématique : tout le système global de l’US Army et le nombre littéralement hallucinant d’appareils que l’US Air Force pourrait engager dans un conflit, ne laisseraient strictement aucune chance à une force étrangère… même équipée de Rafale !

Le nombre fait la force. C’est là, l’enseignement du monde des insectes, notamment des fourmis…

Bastien Otelli – AeroMorning – octobre 2013