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Me262
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Opération Serval : Quelles options opérationnelles au Mali ? (IRSEM : note 3)

Au treizième jour de l’opération, nous sommes encore dans une phase que l’on qualifiera de « bouclier » dont l’objectif premier est de protéger Bamako ou au moins Mopti de toute offensive ennemie, en attendant la fin de la montée en puissance du dispositif français et africain.

Face à nous, les possibilités des rebelles et djihadistes s’inscrivent désormais dans un combat psychologique appuyé par des actions de combat, à l’inverse de ce qu’ils pratiquaient jusque-là et qui reste notre cadre d’action (des actions de combat relayées par un discours politique et médiatique). Du fait de la faible densité des forces (la zone de front fait presque 400 km de large), il leur reste toujours la possibilité de s’infiltrer par petits groupes ou d’utiliser des cellules dormantes pour tenter des « coups » comme des attentats à Bamako et/ou des agressions contre des ressortissants français. Ils peuvent par ailleurs tenter ce genre d’opérations hors du Mali et bénéficier aussi de la solidarité d’autres organisations. Au plus près des opérations, les djihadistes peuvent tenter des actions de harcèlement contre les forces de Serval considérant l’impact stratégique de chaque mort français ou, au contraire, refuser le combat contre les Français pour s’en prendre aux forces maliennes, plus vulnérables.

La seconde phase de l’opération Serval aura, conformément aux objectifs définis par le Président de la République et à la résolution 2085 du CSNU, de rétablir l’autorité de l’Etat malien sur l’intégrité du territoire, en d’autres termes de reconquérir le Mali du Nord. Cette phase peut débuter assez rapidement dans quelques jours si le critère premier est la vitesse, auquel cas les forces françaises seront les plus impliquées, ou plus tardivement et plus probablement s’il s’agit surtout de mettre en avant des forces africaines encore en cours de mise en place.

L’objet premier de ce Serval 2 sera bien entendu la prise des villes le long du fleuve Niger. Trois axes de progression au sol sont possibles : Diabali-Nampala-Tombouctou-Gao ; Sévaré-Gao (RN 15) et Niamey-Gao (RN 17). Les moyens aéromobiles (a priori 8 hélicoptères de manoeuvre répartis entre le Mali et le Burkina) sont pour l’instant trop limités pour imaginer autre chose que des actions de complément d’une manœuvre au sol.

En considérant qu’il y aura très certainement une action alliée depuis le Niger (à dominante tchadienne) vers Goa, celle-ci peut être soit conjuguée à un effort franco-africain depuis Sévaré par la RN15, soit à une progression parallèle de deux groupements le long de l’axe passant par Tombouctou et de la RN15. La première option permettrait de profiter d’un rapport de forces très favorable et d’axes de meilleure qualité. Cela permettrait aussi de frapper d’abord un mouvement djihadiste, le MUJAO, et donc de laisser encore une possibilité de négociation aux Touaregs d’Ansar Dine. A partir de Gao, il serait ensuite possible de poursuivre vers Kidal, le fief d’AQMI dans le Nord et/ou vers Tombouctou à l’Ouest.

Face à cette manœuvre, tout en ayant toujours la possibilité de tenter ses actions symboliques dans la profondeur, l’ennemi peut essayer de nous harceler le long des axes ou nous freiner à partir des localités où il peut toujours s’appuyer classiquement sur les deux diviseurs de notre puissance de feu que sont les infrastructures et la population. A partir de ces « petits Falloujah » (Gao compte théoriquement 80 000 habitants, Tombouctou, 50 000 et Kidal, 25 000), il peut s’efforcer de résister suffisamment longtemps pour tenir tête aux forces africaines si ce sont elles qui sont en première ligne ou infliger des pertes aux Français. L’ennemi peut décider aussi de refuser un combat jugé trop défavorable pour lui et se réfugier dans la zone désertique et l’Adrar des Ifoghas. Dans tous les cas, il préférable que l’offensive alliée sur le fleuve Niger se termine avant le mois de mai et le début de la saison des pluies, susceptibles de réduire nos possibilités de manœuvre et d’appui.

Une fois la reconquête du fleuve Niger terminée, il s’agira ensuite de considérer la poursuite de la lutte dans une zone sahélienne et saharienne plus grande que la France et face à des groupes qui, non seulement connaissent parfaitement cette région mais ont également la possibilité de se réfugier dans les pays voisins. A l’instar des opérations aéromobiles dans le Tibesti tchadien en 1970, cette phase risque d’être la plus difficile. Il faudra peut-être alors se poser la question de son coût-efficacité et de la possibilité de se contenter, là encore comme au Tchad, de la restauration de l’autorité de l’Etat sur le « Mali utile », Kidal incluse, et de laisser les groupes rebelles gouverner des cailloux. Il faudra aussi se poser la question de l’alliance plus ou moins ouverte avec le MNLA susceptible de nous aider dans cette guerre du désert et qui impliquerait certainement des concessions politiques de la part de l’Etat malien.

La dernière phase, qui débutera aussi après la reconquête du fleuve Niger, et qui sera la plus longue, sera celle de la stabilisation. Il ne suffit pas en effet de libérer les villes, il faut aussi les tenir face à des raids ou une guérilla urbaine à partir d’éléments rebelles camouflés pendant la reconquête. Ce sera là, logiquement, la mission des forces maliennes mais en faisant en sorte que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets et que ces forces ne pratiquent pas d’exactions, ce qui délégitimerait l’ensemble de l’opération, ou ne s’effondrent pas à nouveau. Une présence militaire française sera donc sans doute nécessaire, pendant plusieurs années, pour aider les forces locales, protéger les intérêts de la France et en premier lieu ses ressortissants tout en maintenant la pression sur les groupes djihadistes et sans apparaitre comme une force occupante.

En résumé, la difficulté majeure sera sans doute de savoir où s’arrête ce qui suffit et de ne pas aller au-delà du point culminant de la victoire.

IRSEM « Nouveaux conflits »

Ces analyses, faites « à chaud », n’engagent pas le ministère de la Défense