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Me262
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La France seule en première ligne au Mali: et alors ?

Il semble y avoir une quasi-unanimité dans les médias pour déplorer l’absence d’engagement significatif européen pour épauler les Français, en particulier au sol. Faut-il réellement s’en plaindre ? Et si contribution européenne il devait y avoir, quelle forme devrait-elle prendre ?

Les retours d’expérience découlant des opérations asymétriques de la dernière décennie sont unanimes : l’action militaire ne peut être couronnée de succès que si les forces projetées ont une compréhension fine de l’environnement humain. En clair, ce facteur clé est l’intelligence de situation et permet d’éviter de produire des effets militaires contre-productifs qui finissent par nous aliéner une population tendant, dès lors, à se ranger du côté de nos opposants.

Sans verser dans l’arrogance facile, l’armée française est encore celle qui est la mieux acculturée au théâtre africain francophone. Nos alliés belges ne sont pas non plus en reste mais leur armée est aujourd’hui réduite à la portion congrue. Ce sont donc les marsouins, paras et légionnaires aujourd’hui déployés qui ont le plus de chance de comprendre ce qui se passe et de s’adapter rapidement. La population apparaît d’emblée très favorable. Nous avons toutes les chances de maintenir cet état d’esprit positif, si fondamental pour la réussite à terme de l’opération.

Si les Maliens comprennent et soutiennent le déploiement français, comment interpréteraient-ils l’arrivée de combattants allemands, danois, polonais, roumains ou autres ? Cela brouillerait assurément les perceptions et donnerait quelque consistance à l’éternelle manœuvre médiatique de nos adversaires dénonçant la croisade des « mécréants ». Pas évident non plus que ces contingents soient à l’aise dans un environnement qui leur est totalement étranger et dont la compréhension ne s’acquiert pas en 3 semaines de séminaire ! Le problème de la langue se poserait immédiatement, alors que les Français (ou les Belges) peuvent, eux, dialoguer avec la population, ou tout au moins ses cadres locaux, ce qui s’avère souvent décisif pour désamorcer des tensions, comprendre les réalités locales et, si la confiance s’instaure, collecter du renseignement.

Enfin, si on peut imaginer une structure de commandement francophone avec nos partenaires africains (il resterait néanmoins à régler le cas des Nigérians anglophones), l’interopérabilité changerait de nature dès lors que des Européens participeraient aux combats à nos côtés. La langue opérationnelle deviendrait l’anglais. Il faudrait donc faire un grand écart entre une logique « rustique » et une logique « sophistiquée ». Certes, des solutions techniques existent pour pallier cette difficulté, mais elles engendreraient une complexité supplémentaire dans un contexte par nature délétère. La friction en serait indéniablement accrue.

Soyons aussi pragmatiques : plus il y a d’acteurs, plus il y a d’opinions différentes, plus il faut passer du temps à convaincre ses alliés de la justesse de ses vues tactico-opératives et, plus difficile encore, des finalités à poursuivre. Comme disait Foch en 1918, « j’ai moins de respect pour Napoléon depuis que je commande une coalition ». En clair, notre atout-maître – la célérité et la relative simplicité de notre chaîne décisionnelle politico-militaire – serait émoussé par les nécessaires compromis à obtenir.

Une fois ce principe de subsidiarité bien compris, il est sûr que le soutien européen demeure par ailleurs primordial pour notre légitimité, qu’il s’agisse du soutien politique ou du soutien militaire. Le soutien aérien de nos alliés européens dans des domaines (hélas nombreux) où nous avons des carences capacitaires, comme le transport aérien stratégique ou intra-théâtre, le ravitaillement par air, ou les moyens ISR, est assurément utile.

Cela ne poserait pas le problème du contact avec la population. S’il faut aussi afficher au sol le soutien politique européen, ces renforts pourraient occuper des fonctions de soutien (logistique, formation, génie infrastructure…), loin du front, à Bamako.

Nécessité faisant loi, il semble que l’on s’achemine vers ce type de solution avec des moyens aériens promis par un nombre croissant de pays. Plutôt que de critiquer la prétendue pusillanimité de nos partenaires européens à s’engager davantage militairement, il faut comprendre leur point de vue et leur réticence somme toute logique à déployer des hommes, et le cas échéant, à assumer des pertes, dans un environnement qu’ « ils ne sentent pas ». Que la France assume ses responsabilités en prenant toute sa part du combat, et elle finira par obtenir un soutien important et adéquat de la part de ses partenaires.

Source : blog Ultima Ratio