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Me262
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Ce que le Mali nous révèle sur la vie des éléphants

Il y a des jours où le vieux Prussien que je suis voudrait un peu plus encore être né en France. Serval, c’est un concentré de culture militaire française : rapide, félin, manœuvrier, motivé et agressif juste ce qu’il faut. Bon, d’accord, un peu « système D » aussi. Mais bon, ça fait partie de notre folklore et, de toute façon, si ça marche, c’est que c’est une bonne solution. Bon, d’accord, on a aussi entendu un beau florilège de bêtises éhontées – ça, c’est pour notre culture du débat – dont on aimerait que les auteurs rejoignent le cimetière des éléphants.

Florilège. A tout seigneur, tout honneur. Valery Giscard d’Estaing déclarant que Serval pose la question d’un risque néocolonialiste, brûlant ce qu’il a adoré et ne réalisant pas vraiment qu’on a compris que ce serait dur, long et que la tentation de nous barrer agitera certainement la sphère politique après l’unanimité de façade. Ce député européen également, cité par Le Monde et indiquant que le problème de l’UE, c’est qu’il n’y a pas de forces européennes. Bien essayé, il y en a juste 33. C’est juste qu’on les vide de leur substance à coup de réductions budgétaires et qu’en prime, on ne les utilise pas. Allez, au plan politique toujours, quelques perles, mais cette fois au niveau des chefs d’Etat.

Commençons par notre propre com’ : l’ennemi est un terroriste. Pas un islamiste, pas un djihadiste, non, un terroriste. Bon, les gars, vous avez intégré la leçon « construire la menace » mais Serval vous a pris au dépourvu avant le module « art de la guerre ». Ce qu’AQMI, MUJUAO et les sardines en folie font, c’est de la guérilla. C’est d’ailleurs pour ça qu’on peut les « détruire » (le très poutinien F. Hollande – on ne sait pas si ce sera jusque dans les commodités. En même temps, dans le désert…) sans que Vergès la ramène.

Au moins l’amiral Guillaud relève-t-il le niveau, parce qu’il y en a qui dorment au fond de la classe, n’est-ce pas, François ? Politique toujours, la plus grosse farce sera allemande : Merkel faisant la leçon aux Européens, les islamistes étant « une menace pour l’Europe » mais accordant généreusement l’envoi de deux Transall. Dès lors que, pour l’Allemagne « la situation dans la région fait partie de sa propre situation sécuritaire », Moltke, Scharnhorst et moi-même présentons nos condoléances à la Raison, à l’Allemagne et au peuple allemand.

Au fait, la prochaine fois, venez à poil : avec deux Transall, vous êtes déjà en string. D’ailleurs, présentons aussi nos condoléances à nos voisins européens : autant de dépenses pour quelques C-130 et de la logistique tout en se gargarisant de la prochaine mission de formation de l’armée malienne (formation terminée en septembre), c’est… comment dire ? Si ces pays s’en fichaient, je ne râlerais pas. Mais non, ils ont conscience de l’urgence. Les gars, vous vous rendez compte que vous êtes déjà morts ? Vous avez les banques, les services et de beaux Etats-providence surendettés. Mais vous n’avez plus que cela.

Attendez, il y en a aussi pour une autre catégorie d’éléphants : les journalistes ! Passons sur l’AFP(resque) signalant des combats et corps à corps entre forces spéciales et islamistes. Amusant. Un autre : le gros problème pour la France serait une concentration des forces ennemies. Banane. Triste banane. On n’attend que ça (mais on peut rêver) ! Il y a également le traditionnel « risque d’enlisement », avec un record à la clé : apparu après seulement 48 heures d’opérations, il démontre qu’on a un vrai problème avec l’enseignement primaire.

Moins amusant, la pathétique course au scoop qui risque de mettre en danger nos propres hommes en révélant, même indirectement des positions. Lorsque les reportages ne signalent pas le départ d’une colonne de nos forces pour tel endroit. Rien de neuf malheureusement. Mon redac’ chef relatait une conversation avec une journaliste de France 24 durant Harmattan, durant laquelle la brave dame lui racontait que le droit à l’information primait toute autre considération. Bel esprit. Carl est un ami des animaux et l’éléphant est très sympathique. Mais franchement, un éléphant, vous lui filez des cacahuètes, de l’amour et beaucoup de sopalin. Vous n’en faites pas une élite…

Carl Von C.