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Le Canada envisage de renoncer à sa commande de JSF

De facto, le Canada est en train de s’inscrire à nouveau parmi les acheteurs potentiels du Rafale. Mais l’avion de combat français ne sera pas le seul dans son cas, Eurofighter/Typhoon et Gripen, ses éternels rivaux, étant prêts à bondir sur l’occasion. De même que le F/A-18 de Boeing. Pourquoi ? Tout simplement parce que les autorités d’Ottawa prennent peur en constatant que le prix du Lockheed Martin F-35 Joint Strike Fighter continue inexorablement de monter, au point de remettre en cause un engagement d’achat de 65 avions de combat de ce type.
Le Premier ministre Stephen Harper a demandé à des consultants indépendants d’étudier le dossier avec recul et objectivité. Leurs conclusions sont d’ores et déjà attendues avec intérêt et curiosité, d’autant que d’autres partenaires du JSF se demandent s’ils n’auraient pas intérêt de quitter le navire tant qu’il en est encore temps. Le JSF risque, qui plus est, de souffrir sérieusement de coupes claires qui s’abattent sur le budget du Pentagone, un programme de dimensions sans précédent qui suppose, pour les seuls Etats-Unis, des engagements d’un total de près de 400 milliards de dollars.

Le Canada pourrait-il «oser» le Rafale ? La question relève largement de la psychologie géopolitique. En effet, les liens entre le Canada et les Etats-Unis, inévitablement omniprésents, souvent encombrants, polluent d’entrée toute discussion sur ce thème. Chacun a pu le constater, une fois de plus, dès qu’a été rédigé à Ottawa le besoin opérationnel NGFC, Next-Generation Fighter Capability consistant à choisir la meilleure manière de remplacer 78 CF-18 vieillissants. Le choix s’est porté, sans surprise, sur le F-35, bien qu’on puisse estimer que ses capacités, sa sophistication, vont au-delà des besoins opérationnels canadiens. Par exemple en matière de furtivité.

L‘industrie aéronautique canadienne, forte de liens multiples avec des entreprises américaines (certaines d’entre elles ont établi sur place des filiales) est assurée de tirer un bon parti d’une commande de JSF. Mais elle sait aussi qu’elle sera courtisée par tout autre candidat, en cas de retour à la case départ. Et, ce qui ne manque pas de sel, le F-18 est aujourd’hui candidat à sa propre succession. Ou plus exactement le F/A-18 Super Hornet, appareil relativement ancien, modernisé, relancé en 2010 par deux nouvelles commandes de la Marine américaine (au total, 161 exemplaires). Le prix catalogue du biréacteur serait de 55 millions de dollars environ, grosso modo inférieur de 50% à ceux des chasseurs dits de cinquième génération. Un repère qui suffit évidemment à alimenter la réflexion que viennent d’entamer les Canadiens.

Ottawa ne perd pas de vue les intérêts légitimes de son industrie, même s’il ne saurait en aucun cas être question d’acheter des compensations économiques. L’AIAC, Association des industries aéronautiques canadiennes, ne se résume pas aux avions régionaux de Bombardier. Elle occupe, en effet, plus de 87.000 personnes et réalise un chiffre d’affaires annuel de 22 milliards de dollars environ, pour les trois quarts sur des marchés civils. Bien entendu, CRJ, Q400 et, bientôt, le C.Series, y sont pour beaucoup.

Le grand réalisme dont les Canadiens font preuve, et qui leur a permis de redresser brillamment les comptes de la nation, suscite un grand intérêt, à travers le cas difficile du JSF. Bien entendu, les experts sont prêts à expliquer qu’il serait malvenu de comparer JSF et F/A-18, séparés par une «génération» entière de progrès techniques. Et tel est bien le cas, mis à part qu’il n’est peut-être bas indispensable de faire appel au très haut de gamme quand les besoins opérationnels ne le justifient pas. Surtout en ces temps de basse conjoncture économique et de disette budgétaire.

Pierre Sparaco – AeroMorning – avril 2013