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Le Vikramaditya livré à l’Inde : la continuité de l’aéronavale assurée

Le porte-avions Vikramaditya est entré dans les eaux indiennes, où se sont déroulée les premières opérations avec des Sea Harrier. Livré au terme d’une véritable saga politico-industrielle, le navire avait fait l’objet d’une fiche technique complète dans DSI n°97 (novembre 2013), que nous reproduisons ici en partie

L’enjeu de la conversion du Gorshkov en Vikramaditya est celui de la continuité, en Inde, d’une aéronavale embarquée. Alors que le Vikrant sort de service en 1997, la question du remplacement du Viraat, qui doit initialement intervenir en 2008, ne manque pas de se poser. Certes, il voit sa carrière prolongée jusqu’en 2018. Mais c’est essentiellement du fait des retards observés sur le nouveau bâtiment. Or, l’Inde avait, a priori, le temps nécessaire à une modernisation capacitaire sans heurt. L’ex-Bakou, porte-aéronefs soviétique de classe Kiev rebaptisé Gorshkov après la chute de l’URSS, avait déjà été proposé à l’Inde en 1994, à la suite du grave accident durant lequel ses turbines avaient littéralement explosé.

Delhi avait alors refusé mais une nouvelle offre s’était présentée en 1998, selon laquelle l’Inde n’aurait à payer que la reconfiguration du navire en STOBAR, par l’adjonction d’un tremplin et de brins d’arrêts. La marine indienne pourrait ainsi mettre en œuvre des appareils embarqués classiques – elle envisageait alors déjà de remplacer ses Harrier par une version navalisée de l’appareil de combat national Tejas – et d’autres appareils, la Russie proposant le Mig-29K. Un pré-accord sur cette solution interviendra en somme en octobre 2000, le contrat étant signé le 20 janvier 2004.

À ce stade, la facture adressée à l’Inde est fixée à 800 millions de dollars, la coque étant fournie gratuitement. Un accord portant sur 16 Mig-29K est signé parallèlement, pour 1 milliard de dollars, les premiers appareils étant livrés en septembre 2008. Six Ka-31 d’alerte avancée et divers équipements étaient également commandés. Au même moment, le bâtiment devait être livré à la marine indienne.

Las ! Le travail à effectuer a été totalement sous-estimé. Quatre après la signature, la facture réclamée par Moscou est de 3,4 milliards de dollars et le projet devient une pomme de discorde entre Delhi et Moscou. Entre autres travaux qui n’avaient pas été pris en compte dans le devis initial figuraient le remplacement de l’ensemble des câbles électriques – un travail de Sisyphe.

C’est finalement au niveau politique que le dossier se débloque en 2009 : l’Inde paiera 2,35 milliards de dollars. Entre-temps, elle décide de prolonger la carrière du Viraat, d’abord à 2014 puis à 2018. A ce moment, les deux parties espèrent toujours un transfert en 2012. Mais 2012 sera finalement l’année des premiers essais à la mer, avec de nouveaux retards à la clé : la propulsion tombe en panne, le travail d’installation ayant été mal réalisé – la partie russe finissant par reconnaître que la faute lui incombait.

Au final, la date de livraison à l’Inde ne cesse d’être reportée pour être finalement fixée à la mi-novembre 2013. Au moins l’intégralité de son futur groupe aérien a-t-elle été reçue entre-temps. Mais livraison ne signifie pas pleine capacité opérationnelle. Seule une poignée de pilotes indiens ont eu l’occasion de s’entraîner à des opérations d’appontage avec brin d’arrêt que leurs aînés n’ont plus mené depuis le début années 1980 – lorsque sont arrivés les Harrier – et l’ensemble des réflexes aéronautique est donc est à acquérir.

Au passage, le navire servira également à l’entraînement des pilotes du « nouveau » Vikrant – tête de sa classe et toujours en cours de construction – et sans doute aux essais embarqués de la variante navale du Tejas. De même, il faut que les marins s’approprient le bâtiment. In fine, s’il sera, en toute probabilité, officiellement mis en service en 2014, le Vikramaditya sera encore loin de donner toutes ses possibilités et conserver le Vikrant jusqu’en 2018 est sans doute une mesure sage en termes de continuité de disposition d’une aéronavale embarquée.

Source : DSI